On entend beaucoup parler de décrochage scolaire au Québec. Mais, parmi les décrocheurs, certains trouvent le courage de retourner sur les bancs d'école pour terminer leur scolarité. Le programme Jeunes ambassadeurs du savoir permet à certains de ces «raccrocheurs» de témoigner de leur expérience.

Mis à jour le 30 juin 2011
Caroline Rodgers, collaboration spéciale LA PRESSE

Frédéric Fortin, 31 ans, libraire, aurait eu toutes les raisons du monde de baisser les bras à plusieurs reprises.

Dès la première année du primaire, l'école était déjà synonyme d'enfer à ses yeux. À 15 ans, il a abandonné ses études. Environ cinq ans plus tard, employé d'usine, il a décidé qu'il méritait mieux et qu'il voulait retourner s'instruire. Une mauvaise surprise l'attendait: il a été reclassé en alphabétisation!

«J'étais capable de lire, mais souvent, je ne comprenais pas vraiment ce que je lisais, dit-il. Et quand j'écrivais, je faisais une faute tous les deux mots. Avec l'alphabétisation, je suis reparti sur des bases plus solides.»

Après un an et demi de cours du soir intensifs pour terminer ses études secondaires, alors qu'il continuait de travailler à son usine 50 heures par semaine, il a sombré dans la dépression. «J'ai fait un gros travail sur moi-même, et en même temps, je suivais des petites formations sur l'estime de soi, la gestion du stress, la confiance en soi, raconte-t-il. Ça m'a permis de me découvrir.»

Une fois cette étape difficile derrière lui, il a repris l'école, avec, cette fois, un objectif clair en tête. «Des cours d'orientation dans un Carrefour Jeunesse emploi m'ont permis de trouver ce que je voulais vraiment faire, dit-il. Quand j'étais jeune, j'achetais de la gomme à mâcher pour la revendre à mes camarades dans la cour d'école. En faisant des tests, un choix de carrière est apparu: je voulais gérer un commerce.»

Il a donc entrepris une Attestation d'études collégiales (AEC) en gestion de commerce et il a terminé avec un certificat d'excellence et 93% de moyenne, la deuxième meilleure note de tous les élèves inscrits à une AEC, toutes disciplines confondues!

Croyant pouvoir trouver un bon emploi grâce à cette distinction, il a vite déchanté. Sans expérience et ne parlant pas anglais, c'était plus difficile que prévu... Qu'à cela ne tienne: il est parti vivre à Calgary. Il a déniché un emploi dans un dépanneur de la chaîne 7 Eleven, appris l'anglais, est devenu gérant et s'est inscrit aux formations offertes par l'entreprise pour les employés à haut potentiel. Tout s'est bien passé pendant quelques années.

Une autre tuile

Mais il n'était pas au bout de ses peines: à 28 ans, il a été frappé par un AVC, et il a dû subir une opération au coeur. Il a alors décidé de revenir au Québec. «Pendant mes études, j'avais appris à aimer la lecture, et durant ma convalescence, je lisais beaucoup, dit-il. J'ai décidé de réaliser mon rêve d'être propriétaire de mon entreprise en achetant une petite librairie de livres d'occasion, à Beloeil, qui s'appelle Les Trésors du futur. C'est une façon de poursuivre ma mission dans la vie, qui est de donner le goût de la lecture aux jeunes et les encourager à persévérer dans leurs études et dans leur vie.»

Avec les Jeunes ambassadeurs du savoir, une initiative de l'Institut de coopération pour l'éducation des adultes (ICÉA), il a rencontré des jeunes pour leur raconter son histoire et souligner l'importance de l'éducation. Et il ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, puisqu'il veut même lancer une fondation pour les jeunes et la persévérance scolaire.