Remettre ses obligations au lendemain peut avoir des effets dévastateurs

Publié le 28 août 2010
Iris Gagnon-Paradis, collaboration spéciale LA PRESSE

Tout le monde procrastine. Mais pour certains, ce comportement peut devenir un problème chronique qui a des répercussions graves sur la vie professionnelle. Comment s'en sortir?

«Pourquoi faire aujourd'hui ce qu'on peut faire demain?» Si vous utilisez cette expression plus d'une fois par jour, il y a de fortes chances que vous fassiez partie des 20% de la population adulte ayant un problème de procrastination chronique. De l'inoffensive vaisselle à la remise d'un important rapport, on procrastine pour plusieurs raisons - ennui, peur de l'échec, défi de l'autorité -, mais d'abord par désir de plaisir immédiat.

«Nous aimons nous sentir bien, là, maintenant. C'est le cerveau qui est fait de cette façon! Nous fuyons donc ce qui nous stresse en le remettant à plus tard», avance le docteur en psychologie Timothy A. Pychyl, professeur à l'Université de Carleton à Ottawa et directeur d'un groupe de recherche sur le sujet depuis 1995.

Pour les procrastinateurs chroniques, les effets de ce comportement peuvent être dévastateurs: «Les gens qui remettent à plus tard sont plus stressés, ont de moins bonnes performances au travail et une santé plus précaire. En plus, ils exaspèrent leur entourage», énumère celui qui a fondé un site dédié à la procrastination, où sont répertoriées des informations venant d'à travers le monde.

Mauvais conditionnement

Marianne (nom fictif), qui travaille dans le domaine des communications, est une procrastinatrice chronique.

«Ça affecte tous les domaines de ma vie. Travailler, faire le ménage, la vaisselle, retourner mes appels, mes films... Lorsque j'arrive au travail le matin, je vais voir mes comptes Facebook, Hotmail, Yahoo, Twitter; je passe énormément de temps sur internet au lieu de travailler. Il suffit que j'aie une obligation pour que je trouve n'importe quoi d'autre à faire», confie-t-elle, avouant que sa procrastination «lui pourrit la vie», mais qu'elle ignore comment s'en sortir.

C'est que la procrastination est un mauvais pli qui ne se règle pas avec le temps, à moins d'y mettre les efforts nécessaires, croit le psychologue Mario Sirois, qui a notamment travaillé en consultation à l'UQAM.

«C'est un très mauvais conditionnement qui se passe strictement dans le cerveau émotionnel, qui refuse d'écouter le cerveau rationnel. Si vous avez tendance à procrastiner durant vos études, ce comportement va vous suivre dans votre vie professionnelle», avertit-il. De plus, comme les procrastinateurs effectuent généralement leurs tâches à la dernière minute, dans une situation de stress et d'épuisement, le cerveau émotionnel s'en souvient et devient de plus en plus rébarbatif à laisser les rênes au cerveau rationnel... Un vrai cercle vicieux.

Comment s'en sortir?

Selon Mario Sirois, se «déclarer» des laps de temps précis, dédiés à une tâche dans une situation optimale où on n'épuisera pas ses capacités physiques et mentales, aidera à faire l'équation entre travail et sentiment désagréable. À condition de respecter les engagements pris envers soi-même!

«Mon expression favorite est: «Et si tu commençais?» (Just get started), explique le docteur Pychyl. Mes études ont montré que la perception d'une tâche change énormément une fois qu'on a commencé. Plusieurs procrastinateurs utilisent l'excuse de la motivation pour ne pas passer à l'action; pourtant, la motivation vient bien souvent après, pas avant!»

«Nous avons tous des buts, ajoute le chercheur. Mais pour les réaliser, il faut une «intention d'exécution», c'est-à-dire savoir où et quand nous allons le faire. Il faut être très spécifique, par exemple: après ma pause-café, j'écrirai l'introduction de ce rapport.»

Au final, tel que l'écrit Tim Pychyl dans l'introduction de son plus récent ouvrage The Procrastinator's Digest, il s'agit d'adopter à sa façon l'idée du carpe diem.

«J'aime cette expression, car elle peut signifier faire ce dont j'ai envie, mais aussi faire ce que j'ai à faire dans le moment présent. Pour moi, la vraie spontanéité ne peut exister que dans un environnement ordonné. C'est ainsi qu'on devient un agent actif dans sa propre vie.»