Pour certains travailleurs, la reconnaissance des qualifications entre la France et le Québec fera toute une différence.

Martine Letarte
Martine Letarte LA PRESSE

C'est le cas de Charles-Bernard Gagnon, un Québécois qui a fait ses études dans le domaine de l'architecture en France et à la prestigieuse université d'Oxford, au Royaume-Uni. Il a ensuite adhéré à l'Ordre des architectes de France et s'est fait embaucher par un grand cabinet français. Lorsqu'il est revenu au Québec, il y a quelques années, il n'a pu adhérer à l'Ordre des architectes du Québec (OAQ).

«Le processus de reconnaissance est lourd avec les nombreuses heures de stage exigées et les examens à réussir. Avec l'entente, cela se fera automatiquement», explique-t-il.

 

L'architecture a été la première profession à signer un Arrangement de reconnaissance mutuelle entre l'Ordre des architectes du Québec et celui de France.

«C'est vraiment une belle chance de s'ouvrir sur le monde. Pour les jeunes architectes du Québec, pouvoir faire carrière en France, un pays riche en architecture, c'est quelque chose qui peut être très intéressant», affirme Jean-Pierre Dumont, directeur général et secrétaire de l'OAQ.

Mais, attention! La reconnaissance des qualifications ne donne pas automatiquement droit à un permis de travail. Ce sont deux procédures indépendantes.

Pour sa part, Marc Lachance, opérateur de machineries lourdes, a bien hâte que les choses débloquent pour lui de l'autre côté de l'océan Atlantique.

«Il y a deux ans et demi, j'ai fait un voyage en Normandie. J'ai adoré le coin et j'y ai rencontré quelqu'un. J'ai décidé de m'y installer et, depuis, je suis dans les procédures. J'ai déjà rencontré un employeur intéressé à mes services. J'espère que l'entente accélérera le processus», affirme-t-il.

À l'Ordre des ingénieurs du Québec, on se réjouit également de l'initiative des deux gouvernements.

«Nous avons toujours de nombreux Français qui viennent s'installer ici. Cela facilitera le mécanisme. Nous savons aussi que beaucoup d'ingénieurs québécois souhaitent aller travailler à l'étranger, parce que la demande d'ingénieurs est forte et les salaires peuvent être plus intéressants qu'ici», indique le président de l'Ordre, Zaki Ghavitian. Il espère d'ailleurs que si le gouvernement du Québec adopte un tel projet de loi, il mettra également des conditions de travail avantageuses sur la table pour éviter de perdre trop de travailleurs.

L'objectif de l'entente de mobilité de la main-d'oeuvre signée avec la France est d'ouvrir le Québec sur le monde.

«Nous voulons que les Québécois rayonnent encore plus à l'étranger et nous souhaitons continuer de faire avancer le libre-échange, principe auquel le gouvernement du Québec croit depuis longtemps», affirme Pierre Arcand, ministre québécois des Relations internationales.

Si une entente a d'abord été signée avec la France en raison de son système d'éducation de qualité comparable et des liens culturels forts que le Québec entretient avec ses cousins français, cela pourrait bien n'être qu'un début.

«Il serait possible qu'on fasse la même chose avec d'autres pays, mais, d'abord, nous allons nous assurer que cette entente soit mise en place et qu'elle fonctionne bien», précise Pierre Arcand.

Le gouvernement du Québec compte adopter le projet de loi d'ici la fin juin et, par la suite, les ordres professionnels qui ont déjà signé un arrangement avec leur homologue français pourront aussitôt déposer leur projet de règlement à l'Office des professions du Québec. Si tout se déroule comme prévu, les professionnels concernés pourraient en bénéficier dès la fin de 2009 ou le début 2010.

Une très bonne nouvelle, notamment pour Charles-Bernard Gagnon qui attend ce moment pour pouvoir enfin agir en tant qu'architecte québécois dans la firme de conception de bâtiment durable qu'il a créée à Québec.

PROFESSIONS ET MÉTIERS AYANT DÉJÀ SIGNÉ UN ACCORD

> Ingénieurs

> Architectes

> Comptables agréés

> Comptables généraux licenciés

> Travailleurs sociaux

> Peintres

> Briqueteurs-maçons

> Charpentiers-menuisiers

> Serruriers de bâtiment

> Carreleurs

> Opérateurs d'équipements lourds

> Mécaniciens de machines fixes

> Mécaniciens de remontées mécaniques

> Opérateurs de pelles mécaniques

> Couvreurs

> Poseurs de revêtement souple

PROFESSIONS ET MÉTIERS DEVANT SIGNER UN ACCORD SOUS PEU

> Arpenteurs-géomètres

> Avocats

> Dentistes

> Médecins

> Médecins vétérinaires

> Pharmaciens

> Sages-femmes