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À 10 000 heures du succès

Malcolm Gladwell... (Photo: AP)

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Malcolm Gladwell

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Caroline Rodgers
La Presse

Pas besoin d'être un génie exceptionnel pour connaître un succès exceptionnel. C'est ce qu'affirme Malcolm Gladwell, journaliste et auteur de livres à succès. Son dernier essai, Les prodiges, vient d'être publié en français.

Si vous rêvez de devenir le prochain Bill Gates dans votre domaine, préparez-vous à y consacrer 10 000 heures de travail. Mais ce n'est pas tout: il faut aussi être au bon endroit au bon moment et savoir saisir cette occasion, croit Malcolm Gladwell.

 

Le «self-made man», ce héros qui construit sa propre réussite à force de talent, d'intelligence et d'ambition, est un mythe, selon lui.

«Évidemment, les gens qui ont un succès extraordinaire, comme Bill Gates ou les Beatles, sont nés avec quelque chose de spécial, dit-il. Mais on exagère l'importance de ce talent dans l'explication de leur réussite. Il y a d'autres facteurs.»

La chance, la culture, la génération, la famille et tout ce qui compose l'histoire d'un individu contribuent à son succès autant que ses aptitudes, croit le journaliste.

«Il y a beaucoup de gens qui sont plus intelligents que Bill Gates, mais très peu ont eu les occasions exceptionnelles dont il a profité», dit-il.

Cette chance, pour Bill Gates, a été d'avoir accès très jeune à un terminal d'ordinateur vraiment perfectionné pour son époque, grâce au club d'informatique de l'école privée réservée aux familles aisées où il étudiait. Ailleurs, on programmait encore largement avec le vieux système de cartes perforées.

Le jeune Gates a sauté sur l'occasion et a pratiquement élu domicile dans cette salle. Quand il a atteint l'université, il avait déjà largement dépassé les 10 000 heures de pratique requises pour devenir un expert.

Mais pourquoi 10 000 heures?

Selon une étude réalisée dans les années 90, explique M. Gladwell, c'est le temps passé à pratiquer leur art par ceux qui excellent.

«Les gens arrivés au sommet ne travaillent pas seulement plus ni même beaucoup plus que tous les autres, dit-il. Ils travaillent beaucoup, beaucoup plus.»

Pas une affaire d'intelligence

Malcolm Gladwell s'en prend à une autre idée reçue: celle que les gens avec le quotient intellectuel le plus élevé ont les meilleures chances de réussir.

«On surestime grandement l'importance de l'intelligence, dit-il. Avoir du succès demande un grand nombre de qualités qui ne se mesurent pas. La créativité, par exemple. Quelqu'un peut avoir un QI très élevé sans être très créatif, et vice-versa.»

Dans le monde du travail, beaucoup d'entreprises font passer des tests cognitifs ou de QI aux candidats à l'embauche. Choisir quelqu'un qui a un QI de 140 en pensant qu'il réussira mieux que celui qui a un QI de 120 est une erreur, selon lui.

«Les êtres humains sont complexes, dit-il. Quand on choisit les gens grâce à des mécanismes trop simples, on leur enlève des opportunités. On devrait plutôt passer plus de temps à construire un environnement permettant au plus grand nombre de réussir, au lieu de choisir seulement ceux dont on croit qu'ils ont les meilleures chances.»

Un tel environnement passe par un travail gratifiant et qui a du sens, explique l'auteur.

«Un travail complexe, qui engage l'esprit et les habiletés de la personne et où elle peut voir un lien entre ses efforts et la gratification qu'elle reçoit, dit-il. C'est ce qui va chercher le meilleur d'un individu.»

Et la société nord-américaine fait un très mauvais boulot de ce côté-là, croit-il. «Quand on voit à quel point le succès est rare, on comprend que nous n'avons pas une société donnant à tous la chance qu'ils devraient avoir.»

Cela est dû, entre autres, aux croyances profondément ancrées dans notre culture à propos du succès. Dont celle que la réussite est une question de volonté individuelle. En témoignent les centaines de titres en librairie promettant à chacun la recette du succès.

«Il y a des conseils qui peuvent aider les gens, je ne dis pas que ces livres sont inutiles, mais il ne faut pas se baser sur la prémisse que le succès dépend entièrement d'un individu, dit-il. Quelque chose de plus grand que vous-même doit aussi vous aider, la société doit vous aider.»

Et ce n'est pas nécessairement une question de politique ou de financement, mais, surtout, une question d'attitude et de culture. Il prend l'exemple des mathématiques.

«Ici, nous pensons que réussir en maths est relié au talent individuel, dit-il. En Asie, on enseigne plutôt aux enfants que s'ils travaillent vraiment fort, ils auront du succès en maths. C'est une stratégie culturelle assurant un plus grand niveau de succès en général.»

Les résultats le prouvent: les étudiants asiatiques ont les meilleurs résultats aux tests de mathématiques internationaux que ceux des sociétés occidentales. Parce qu'ils sont plus doués? Non, parce que leur approche des maths est différente. Ils apprennent dès le plus jeune âge à bûcher sur un problème tant qu'ils n'obtiennent pas la bonne réponse.

Ce n'est qu'une histoire parmi tant d'autres que Malcolm Gladwell raconte dans son livre pour dire que le talent ne suffit pas à expliquer le succès.

«Le succès est impossible à prédire. C'est l'un des thèmes principaux de mon livre, dit Malcolm Gladwell. Je veux que les gens arrêtent de croire que c'est facile d'expliquer le succès.»

 




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