L'agitation sociale observée depuis la mi-avril au Nicaragua alimente les inquiétudes entourant un impact possible sur les activités de Gildan dans ce pays d'Amérique centrale où le fabricant montréalais de chaussettes et de t-shirts exploite trois installations de couture.

Richard Dufour LA PRESSE

L'agitation sociale observée depuis la mi-avril au Nicaragua alimente les inquiétudes entourant un impact possible sur les activités de Gildan dans ce pays d'Amérique centrale où le fabricant montréalais de chaussettes et de t-shirts exploite trois installations de couture.

Les soulèvements politiques contre le président du pays, Daniel Ortega, ont mené à des manifestations, des grèves, des fermetures de routes et plusieurs épisodes de violence au cours des trois derniers mois. La situation a poussé l'analyste Heather Balsky, de la firme Bank of America Merrill Lynch, à retirer hier sa recommandation d'achat (surperformance) sur Gildan.

Heather Balsky se dit préoccupée par « l'intensification » des troubles civils au point de suggérer à ses clients de larguer le titre (sous-performance). Sa cible sur 12 mois est charcutée de 20 %, passant de 43 $ à 34 $. L'action de Gildan a cédé 6 %, à 34,75 $, hier à Toronto. Le titre a glissé durant la séance à son plus bas niveau des 52 dernières semaines. L'action de Gildan accuse maintenant un repli de 15 % depuis le début de l'année.

L'analyste croit que la tourmente au Nicaragua risque d'engendrer des dépenses plus élevées chez Gildan, notamment pour des heures supplémentaires payées à des employés qui travaillent dans d'autres installations de couture de Gildan, pour des services de sous-traitance, ainsi qu'en raison de frais liés au transport.

Les activités de fabrication de Gildan sont appuyées par 13 installations de couture au total, dont trois sont au Nicaragua, quatre au Honduras et deux en République dominicaine.

« Je m'attends à ce que Gildan bouge rapidement pour mitiger les effets sur sa chaîne d'approvisionnement, mais les ajustements peuvent prendre du temps à mettre en place, affecter l'efficacité et se traduire par des coûts additionnels », dit-elle dans une note envoyée à ses clients.

En raison de la hausse des coûts et de la perte de certaines ventes à prévoir, elle abaisse de 4 % ses prévisions de profit pour l'exercice en cours ainsi que pour le prochain. Les résultats de l'exercice 2019 risquent aussi d'être touchés puisque, selon elle, des retards de production et des contraintes de stocks pourraient faire rater des occasions d'affaires.

« L'impact total des bouleversements au Nicaragua dépend de la durée de la crise, ce qui alimente l'incertitude », explique Heather Balsky.

Gildan confirme à La Presse qu'il y a eu des interruptions de production dans ses installations du Nicaragua au cours des derniers mois.

« Nous avons pu utiliser efficacement nos diverses installations manufacturières dans la région pour minimiser l'impact sur nos activités. Nous continuons de suivre la situation de près avec la possibilité d'ajuster, selon les besoins notre production manufacturière, en ayant comme priorité la sécurité de nos employés », indique le vice-président des communications chez Gildan, Garry Bell.

Le rapport de recherche publié par Bank of America Merrill Lynch arrive une semaine avant la présentation des prochains résultats trimestriels de Gildan. La direction de Gildan sera assurément appelée à répondre à des questions entourant ses activités au Nicaragua durant la conférence téléphonique prévue pour discuter de la performance financière du deuxième trimestre.

Sur la quinzaine d'analystes qui suivent les activités de Gildan, Heather Balsky est la seule à recommander la vente du titre (sous-performance).