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Le rachat de Whole Foods par Amazon pourrait déranger le marché épicier canadien

Une succursale de Whole Foods à New York.... (Photo Shannon Stapleton, Reuters)

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Une succursale de Whole Foods à New York.

Photo Shannon Stapleton, Reuters

Aleksandra Sagan
La Presse Canadienne
TORONTO

La décision d'Amazon d'acquérir Whole Foods permettra au géant du commerce en ligne de mettre un pied dans l'industrie alimentaire canadienne et pourrait forcer certaines chaînes de supermarchés à se surpasser encore davantage pour se distinguer dans un environnement déjà fortement concurrentiel, ont estimé des experts.

Le géant du commerce en ligne a annoncé vendredi s'être entendu avec Whole Foods Market pour l'acquérir dans le cadre d'une transaction qui évalue la chaîne spécialisée dans les aliments organiques et naturels à 13,7 milliards de dollars US.

L'annonce a pesé sur les actions des sociétés canadiennes du secteur du détail alimentaire. Le titre de Loblaw, qui détient la bannière Provigo, celui d'Empire, le propriétaire de Sobeys et d'IGA, ainsi que ceux de Metro et de George Weston ont tous cédé du terrain vendredi.

«(La transaction) marque leur premier pas au Canada», a estimé Michael von Massow, un professeur adjoint de l'Université de Guelph, en ajoutant qu'Amazon avait montré qu'il était sérieux dans son engagement de faire son entrée dans le secteur alimentaire.

Le détaillant en ligne a lancé aux États-Unis, il y a environ 10 ans, un service de livraison et de ramassage, AmazonFresh. Il a en outre commencé à vendre des produits alimentaires non périssables aux Canadiens en 2013.

L'an dernier, l'entreprise a lancé à Seattle Amazon Go, une épicerie sans services caissiers où les clients sont facturés directement sur leur compte Amazon pour les produits avec lesquels ils quittent le magasin.

Amazon pourrait étendre cette technologie ou améliorer ses activités en ligne d'épicerie avec les actifs de Whole Foods, a estimé M. von Massow, qui travaille au département d'économie des aliments, de l'agriculture et des ressources de son université.

L'entente entre Amazon et Whole Foods renforce l'idée que les chaînes d'épiceries canadiennes doivent développer davantage leur offre de commerce électronique et de livraison à domicile, a estimé Irene Nattel, une analyste chez RBC Dominion valeurs mobilières, dans une note.

Les Canadiens ont peu d'options en ce qui a trait à la livraison d'épicerie, avec un petit nombre d'entreprises comme Grocery Gateway et quelques grandes chaînes qui offre un service dans un nombre limité d'emplacements.

Mais la menace potentielle que représente Amazon s'accentue en tenant compte du fait que le géant américain est connu pour ses offres à prix réduit, ce qui devrait paver la voie à une politique d'établissement de prix plus dynamique chez Whole Foods, a expliqué la patronne du secteur du détail à la firme de recherche marketing Euromonitor International, Michelle Grant, dans un communiqué.

Amazon devrait aussi offrir des options de livraison moins dispendieuses pour les aliments, a-t-elle souligné, ce qui pourrait exercer une pression sur les autres épiciers.

Whole Foods compte 13 magasins au Canada. Ceux-ci se trouvent surtout dans la grande région de Toronto et dans la vallée du bas Fraser, en Colombie-Britannique.

À court terme, il est peu probable qu'Amazon ne mette la main sur des clients des autres chaînes canadiennes, a estimé M. von Massow.

Mais Amazon ne va pas disparaître et cela va entraîner la mise en place de changements, a-t-il ajouté.

«Ce que je crois que nous verrons, certainement, est un genre d'innovation dans l'industrie, en réaction à un nouveau concurrent qui signale qu'il est sérieux dans son engagement.»

Le pionnier du bio à grande échelle

(Virginie MONTET, WASHINGTON) - La chaîne de supermarchés Whole Foods a été pionnière dans la distribution de l'alimentation bio aux États-Unis mais son étoile a pâli ces dernières années face à la concurrence et à la cherté de ses produits.

Fondée il y a 37 ans quasiment dans un garage à Austin (Texas) à la façon de Microsoft, Whole Foods a grandi par croissance externe dans les années 90 avalant les unes après les autres les chaînes régionales d'alimentation «naturelle».

Son fondateur John Mackey, 63 ans, un temps baptisé le «Bill Gates du bio», en est encore son dirigeant.

Ce libertaire au franc-parler a commencé l'aventure en ouvrant un magasin végétarien baptisé «SaferWay», un nom qui parodie la marque de supermarchés traditionnels «Safeway». Parce qu'il stockait les produits frais dans son propre appartement, il s'en fit expulser, raconte le site du groupe.

En 1980, le succès est immédiat. À l'époque les États-Unis ne comptent qu'une demi-douzaine de supermarchés bio. L'expansion commence en 1984 avec le rachat notamment de Bread and Circus dans le Massachusetts, de Bread of Life en Caroline du Nord et de Fresh Fields sur la côte Est.

La chaîne compte 100 magasins en 1999, fondés sur le credo du commerce équitable et du manger sain, sans colorants, conservateurs ni matières grasses hydrogénées. Pour 2018, la chaîne a promis d'étiqueter les produits OGM.

Pas de foie gras

Pour cause de cruauté envers les animaux, on n'y trouve pas de foie gras, ni de homards et de crabes vivants.

Aujourd'hui, le groupe exploite plus de 430 enseignes aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni, employant plus de 90 000 personnes.

Son chiffre d'affaires s'élève à 15,7 milliards de dollars mais son bénéfice à 507 millions en 2016, est en recul depuis deux ans.

Car malgré l'appétit grandissant des Américains pour les produits alimentaires de qualité, Whole Foods a du mal à faire croître son leadership sur le créneau bio.

Ses prix prohibitifs commencent à handicaper la chaîne qui est accusée d'élitisme. En 2015, une enquête du département de la protection des consommateurs de New York révèle que les produits préconditionnés sont surfacturés aux consommateurs.

Whole Foods réplique rapidement en réduisant les prix sur ses produits d'appel et en lançant un nouveau concept de magasin urbain à moindre coût, baptisé «365». Le premier a ouvert à Los Angeles en 2016 et le dernier en date, à New York au début de l'année.

Mais la fidélité des consommateurs s'étiole surtout face à la concurrence des autres chaînes alimentaires qui ouvrent des rayons bio. Le géant du discount Wal Mart, qui s'est lancé tardivement dans l'alimentation, casse les prix dans les produits de base bio en 2015 et commence à distribuer en ligne, à la façon d'Amazon.

Les rayons bio ont également essaimé chez les concurrents Target, Kroger ou Safeway, sans compter la chaîne spécialisée bien meilleur marché, Trader Joe's.

Alors qu'un fonds d'investissement détenant 9% de Whole Foods a récemment sommé la chaîne de se restructurer, son bouillant patron John Mackey les a ouvertement traités d'«avides salauds».




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