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IGA a aussi augmenté le prix de 2000 produits

Dans le cadre de l'opération Mosaïk, Sobeys a revu... (PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Dans le cadre de l'opération Mosaïk, Sobeys a revu les prix de 15 000 produits dans ses magasins IGA.

PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LA PRESSE

Sobeys a annoncé le 5 avril avoir diminué 8500 prix dans ses épiceries IGA. Or, au même moment, près de 2000 prix ont grimpé et des promotions ont été abolies ou modifiées. Des changements qui provoquent du mécontentement et de la frustration, tant chez les consommateurs que les fournisseurs.

Il est vrai que de nombreux prix ont été modifiés chez IGA au début du mois. Mais pas seulement à la baisse. En fouillant sur les pages en cache du site web de l'épicier, La Presse a pu retrouver les prix réguliers qui étaient en vigueur au cours des dernières semaines. Et les comparer avec les prix actuels.

« Les produits essentiels, à haute consommation, sont en baisse. Mais les « gugusses » qu'on n'achète pas souvent et sur lesquelles le consommateur n'a pas de référence de prix, sont en hausse », résume un courtier dont le portefeuille contient des centaines de produits. Ainsi, il y a des augmentations dans la santé/beauté, la litière à chat et l'eau, donne-t-il en exemple.

La Presse a aussi constaté des hausses dans le rayon du riz, parmi les yogourts, les barres tendres, les conserves, les garnitures à desserts, les sacs à ordures et les filtres à café, notamment.

Une autre source de l'industrie alimentaire nous a révélé qu'à peu près toutes les marinades coûtent plus cher, à l'exception de celles de marque privée. Vérifications faites, le prix des pots de betteraves, de cornichons et de petits oignons blancs Habitant ont bel et bien augmenté, de 10 ¢, 20 ¢ ou 30 ¢.

Sur les ondes du 98,5 FM, le 5 avril, le président de Sobeys Québec, Yves Laverdière, avait pourtant assuré à Paul Arcand qu'aucun prix n'avait bondi.

Jeudi, en entrevue avec La Presse, la porte-parole du détaillant n'a pas nié. Marie-Noëlle Cano a même expliqué que « quand on parle d'une baisse moyenne de 5 à 7 %, ça inclut les hausses et les produits qui n'ont pas changé de prix ». En tout, les prix de 15 000 produits ont été réévalués. Cette réorganisation a été baptisée « stratégie Mosaïk ».

« Monter 2000 prix, c'est normal. En baisser 8500, c'est énorme ! », ajoute Mme Cano.

HAUSSES DÉNONCÉES PAR LES CLIENTS

Ces hausses ne sont pas passées inaperçues auprès des clients d'IGA ayant une bonne mémoire des prix.

D'ailleurs, ils ont pris la peine d'exprimer leurs frustrations sur la page Facebook de l'épicier. « Ce matin, c'était ma dernière visite dans un IGA, indique un client. Les prix ont été augmentés afin d'offrir de pseudo-rabais sur 1000 produits (sic). Quand on attaque mon intelligence, j'aime pas ça ! ! ! »

DÉCISIONS UNILATÉRALES ?

Sur Facebook, IGA répond à ses clients mécontents. « Puisque nous avons renégocié les prix avec nos fournisseurs, certains produits peuvent en effet avoir augmenté de quelques sous. » Marie-Noëlle Cano précise que la valeur du dollar canadien et le prix des matières premières peut avoir eu un impact sur les coûtants.

La Presse a contacté une dizaine de fournisseurs, ainsi que des courtiers qui représentent globalement des centaines de marques, afin de valider ces informations.

Tous ont affirmé ne pas avoir augmenté leurs prix dans le cadre de Mosaïk.

« La décision du prix en magasin est à 100 % la décision de la chaîne », a mentionné la porte-parole des yogourts Liberté.

« On n'a rien à voir là-dedans. Ils ont décidé de changer leur stratégie », nous a dit un vice-président marketing d'un manufacturier québécois qui a refusé d'être identifié.

« Nous n'avons pas changé nos prix depuis l'été dernier », nous a précisé Smucker, qui chapeaute les marques Habitant, Shirriff, Bick's et Crisco, entre autres.

De son côté, Sobeys affirme que les hausses de prix ont été décidées en partenariat avec les fournisseurs et que c'est toujours une solution de « dernier recours ». Les hausses sont entrées en vigueur au même moment que les baisses « par souci de transparence », a expliqué Marie-Noëlle Cano.

ACHETER PLUS POUR ÉCONOMISER PLUS

Des clients ont également réagi négativement à un nouveau type de promotion appelé « achetez plus, économisez plus », lancé en même temps que les baisses de prix.

Pour avoir accès à certains rabais, il faut désormais acheter plusieurs exemplaires d'un même produit. Sinon, le prix régulier s'applique. Sur la page Facebook d'IGA, les clients parlent d' « attrape », de « tactique pour faire gonfler nos factures d'épicerie », de stratégie pour encourager « le gaspillage » et la « surconsommation ».

Certains internautes affirment avoir « laissé beaucoup de choses sur les tablettes » en faisant leur épicerie, car ils ne voulaient pas acheter deux produits pour profiter d'un rabais. D'autres dénoncent la confusion que cette promotion provoque puisqu'il y a encore des rabais du type 2 pour 5 $ (un article coûte alors 2,50 $).

Sobeys rétorque que cette formule vise « ceux qui veulent acheter en grande quantité, comme les familles. »

Au bout du compte, les clients d'IGA économiseront-ils ? La réponse dépend du type de consommateur, calcule un courtier alimentaire. Ceux qui achètent principalement les articles en solde dans la circulaire verront leur facture grimper. « De toute façon, les cherry picker [clients butineurs], souligne-t-il, ce n'est pas le genre de clientèle que Sobeys recherche. »

Des fournisseurs frustrés

La nouvelle stratégie de prix Sobeys ne fait pas seulement des mécontents parmi les clients. Si de nombreux fournisseurs sont ravis par les baisses de prix, d'autres ont leur lot de frustrations et d'inquiétudes.

Perte de volume?

Un chargé de compte majeur pour une entreprise alimentaire bien connue dénonce la hausse de prix de 20 ¢ de son produit. « Moi, je n'ai pas décidé de monter mes prix. Je vais perdre du volume. Ils imposent une loi. Ils nous promettent les mêmes volumes. Si ce n'est pas le cas, ils auront des comptes à rendre. » Il est d'autant plus inquiet qu'il envisage d'augmenter le prix de ses produits au cours des prochains mois à cause du recul du dollar canadien. Il se demande si les consommateurs pourront encaisser deux hausses coup sur coup.

Facturation modifiée

La stratégie Mosaïk simplifie la facturation des fournisseurs. En gros, ces derniers n'ont plus à payer pour chaque « programme » auxquels ils participent (visibilité dans la circulaire, accès aux bouts d'allées, rabais en magasin). En échange, ils ont accepté de vendre leurs produits moins chers à Sobeys. Au bout du compte, ils auront le même montant d'argent dans leurs poches, mais ils perdent, en quelque sorte, le contrôle et les garanties d'accès aux « programmes », ce qui en insécurise certains.

Chèque en blanc

« C'est un acte de foi. On leur fait un chèque et on leur dit de s'occuper de nos promotions », résume un fournisseur, qui se demande bien ce qu'il fera dans un an, si la promesse n'a pas été tenue. « C'est exactement ça! Il faut se fier! », ajoute un autre transformateur qui craint pour l'avenir. « Ils passent pour des dieux. Mais c'est clair qu'ils vont finir par nous refiler la facture [des baisses de prix]. »

Rencontre avec le PDG

La nouvelle stratégie de prix de Sobeys est connue des manufacturiers depuis plusieurs mois. Elle leur a été présentée, en septembre dernier, par le grand patron, Marc Poulin. Dans un hôtel près de l'aéroport de Dorval, il a dit à la centaine de personnes réunies qu'elles devaient embarquer dans le train ou rester sur le quai. Certains fournisseurs ont compris que leurs produits cesseraient d'être vendus chez Sobeys s'ils n'acceptaient pas le nouveau modèle de facturation. D'autres ont plutôt compris que leurs produits n'auraient plus accès aux programmes promotionnels.

Ça joue dur

Le directeur de ventes d'un manufacturier-importateur raconte qu'il n'a pas osé contester l'épicier de peur de se retrouver dans la « boîte de pénalité un certain temps ». « Quand tu veux lancer un nouveau produit, ils ne le vendent pas ». Ça joue tellement dur dans l'industrie (pas seulement chez Sobeys, tient à préciser ce fournisseur) « qu'on négocie toujours avec le fusil sur la tempe ». C'est bien pire que ça, dit la propriétaire d'une entreprise de transformation. « On ne négocie plus, c'est rendu des menaces! »




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