Malgré le ralentissement des dépenses de consommation, les détaillants québécois qui veulent demeurer pertinents et prospères ne peuvent se permettre le moindre relâchement de gestion et d'amélioration, ont-ils constaté lors de leur congrès annuel qui se termine aujourd'hui à Montréal.

Mis à jour le 30 mars 2011
Martin Vallières LA PRESSE

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Pour continuer d'attirer les dollars des consommateurs de façon rentable, les défis à surmonter se bousculent: endettement élevé des ménages, hausse des coûts de transport et d'approvisionnement, essor accéléré des médias interactifs et du commerce électronique, arrivée de nouveaux détaillants de l'étranger.

«Pour les détaillants québécois, 2011 est une année de transition après une sortie de crise qui s'est avérée moins pire que celle vécue par leurs voisins. Néanmoins, ils n'ont plus le choix de s'adapter aux changements. Il n'y a plus de place pour la médiocrité dans ce marché», a résumé Alain Michaud, analyste en commerce de détail chez PricewaterhouseCoopers.

Juste auparavant, sur la même tribune au congrès du Conseil québécois du commerce de détail, l'économiste en chef de la Banque Laurentienne, Carlos Leitao, avait averti les centaines de participants d'un ralentissement inévitable des dépenses des consommateurs québécois.

Pas de ressac majeur, a-t-il dit, mais un «ralentissement souhaitable» après quelques bonnes années de consommation suscitées par l'accès au crédit à bas taux et pendant que la crise financière et la récession sévissaient davantage chez les voisins canadiens et américains.

«Le ralentissement de la consommation et de l'endettement des ménages québécois est souhaitable à court terme, pour éviter de se retrouver en risque d'excès dans deux à trois ans», a indiqué Carlos Leitao.

L'économiste a aussi averti les détaillants québécois de l'impact encore incertain de la remontée du prix de l'essence sur les moyens de dépenser des consommateurs.

«Pour le moment, on peut l'assimiler à une grosse taxe additionnelle sur le budget des particuliers, avec un effet baissier sur leurs autres capacités d'achat. Ça ne manquera pas aussi d'accentuer les pressions sur les marges bénéficiaires des détaillants», selon l'économiste de la Banque Laurentienne.

Changement de pouvoir

Parmi les détaillants en congrès, ce message plutôt gris a été accueilli sans trop de malaise. Un sondage-minute mené parmi les centaines de congressistes a montré qu'ils demeurent plutôt confiants dans les circonstances.

«Il y a un «changement de pouvoir» en cours dans le commerce de détail. Les consommateurs sont mieux informés par les médias interactifs et ils prennent le contrôle du processus de vente au détail», a souligné Alain Michaud, de PricewaterhouseCoopers.

«Les détaillants doivent s'y faire. Désormais, les consommateurs veulent acheter ce qu'ils veulent quand ils le veulent, et au prix qu'ils veulent payer.»

Pour Paula Payton, invitée au congrès à titre d'analyste en psychologie de consommation à l'Université Oxford, les détaillants doivent composer désormais avec «des consommateurs qui veulent tout: le meilleur prix, le meilleur service, la meilleure commodité de magasinage».

Les détaillants québécois ont aussi été avertis que s'ils s'adaptent mal aux nouvelles attentes des consommateurs, ils courent un risque accru de subir des mises en échec de la part de nouveaux et importants concurrents venus de l'extérieur.

Dans les coulisses du congrès, on discutait notamment de l'arrivée prochaine des magasins à rayons Target, principal concurrent de Walmart aux États-Unis.

Pour les uns, la conversion des magasins Zellers en nouveaux Target rehaussera la fréquentation de certains centres commerciaux, ce qui pourrait avantager les détaillants voisins.

Mais pour les autres, la venue de Target et d'autres détaillants étrangers risque d'alimenter l'inflation des loyers commerciaux. Et d'aviver la concurrence pour recruter et garder une main-d'oeuvre compétente, à coûts raisonnables.

Il s'agit d'ailleurs de l'un des principaux défis du commerce de détail au Québec, selon l'enquête de PricewaterhouseCoopers.

«Vous avez un enjeu d'image professionnelle, surtout pour attirer des jeunes», a dit Alain Michaud aux détaillants en congrès.

«Les jeunes doivent être séduits par ce que vous faites comme détaillants, notamment en utilisant davantage d'outils technologiques. La balle est dans votre camp pour leur donner la piqûre du commerce de détail.»

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Principaux défis des détaillants québécois

- S'adapter aux consommateurs de plus en plus informés et exigeants

- Ajuster la stratégie d'affaires à la hausse des coûts d'achat et de transport

- Attirer et garder la main-d'oeuvre qualifiée

- Intégrer les technologies interactives dans leur commercialisation

Source: Sondage de PricewaterhouseCoopers