La réduction de prix des médicaments génériques que préparent les gouvernements de l'Ontario et du Québec coûtera des dizaines de millions en profit aux détaillants en pharmacie dès cette année, et pour les suivantes.

Martin Vallières LA PRESSE

Les analystes qui surveillent les Jean Coutu et Shoppers Drug Mart (Pharmaprix) avertissent même leurs clients-investisseurs de «sévères contraintes» à l'encontre de leurs prochains résultats financiers.

Pour leur seul exercice courant, ces deux plus grands détaillants en pharmacie au Canada pourraient subir une ponction d'au moins 60 millions de dollars à leur bénéfice, estiment des analystes.

À Jean Coutu, dont les dirigeants refusaient encore récemment de chiffrer la mesure gouvernementale, les analystes prévoient un impact négatif de l'ordre de 24 millions, ou 10 cents, au bénéfice par action pour l'exercice qui se terminera en février 2011.

«C'est un scénario du pire, basé sur une réduction de moitié par Québec (54% à 25%) du prix des médicaments génériques par rapport aux brevetés», note l'analyste Vishal Shreedhar, du bureau torontois de la firme UBS Securities.

«Pour le moment, des mesures transitoires sont encore possibles de la part du gouvernement du Québec envers les détaillants en pharmacie.»

Parce que Jean Coutu est très centré au Québec, les estimations d'analystes ne tiennent compte que des mesures adoptées par le gouvernement québécois.

Mais chez son rival Shoppers-Pharmaprix, dont le réseau est déjà pancanadien, l'impact des baisses de prix en Ontario et qui touchent maintenant les quatre provinces les plus populeuses s'annonce beaucoup plus important à moyen terme.

Le détaillant d'origine ontarienne divulguera aujourd'hui ses résultats du deuxième trimestre de 2010, accompagnés de l'habituelle discussion entre dirigeants et analystes.

Mais déjà, ces derniers estiment autour de 16 cents par action, ou 35 millions en tout, la ponction au bénéfice net dès l'exercice courant.

Ce calcul comprend les restrictions de prix des médicaments génériques qui ont été décrétées en Ontario et qui se sont étendues depuis au Québec, en Alberta et en Colombie-Britannique.

Pour la suite, alors que ces coupes s'étendront dans toutes les provinces, l'impact négatif pour Shoppers avoisinerait les 145 millions de profits en moins pour l'exercice 2011.

Et au cinquième anniversaire de ces restrictions, au cours de l'exercice 2014, 290 millions pourraient manquer au profit de Shoppers.

«Avec ces changements, c'en sera fini chez Shoppers de la croissance du profit par action de l'ordre de 15% à 20% par année. Désormais, il faudra s'attendre de 10% à 15%», avertit l'analyste Michael Van Aelst, du courtier TD Newcrest, à Toronto.

Quant à l'impact sur sa valeur boursière, l'analyste avertit aussi que ce potentiel restreint de croissance de bénéfices «ne se reflète pas» dans le cours actuel des actions. Par conséquent, mieux vaut éviter d'acheter des actions de Shoppers à leur cote actuelle d'environ 36$. L'analyste avise d'attendre un repli «dans la basse trentaine» avant d'investir dans la chaîne ontarienne.