Même si le gouvernement Charest ne veut pas entamer de nouvelles négociations sur le prix des médicaments génériques, François Jean Coutu ne se fait pas d'illusions: il s'attend bientôt à vendre ses médicaments génériques moins cher au Québec.

Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

«Si on compare avec ce que l'Ontario a négocié, oui, c'est sûr (qu'il y a des économies à faire pour le Québec)», a dit le président et chef de la direction du Groupe Jean Coutu [[|ticker sym='T.PJC.A'|]], en entrevue à La Presse Affaires.Le gouvernement de l'Ontario négocie actuellement avec les pharmaciens afin de réduire de moitié le prix des médicaments génériques dans la province. Le prix passerait de 50% à 25% du prix du médicament d'origine. La province économiserait ainsi 500 millions de dollars par an. Au Québec, les médicaments génériques se vendent entre 50 et 64% du prix du médicament d'origine.

«C'est définitif (que le Québec aura des demandes), dit François Jean Coutu. Quand la réforme en Ontario sera en place, le Québec va sûrement réagir. Le ministre de la Santé va vouloir négocier avec les principaux intervenants pour que tout le monde trouve sa place au soleil. Nous avons un partenariat qui va bien au moment où on se parle. S'il y a des économies à faire, c'est normal que le gouvernement veuille les obtenir. En même temps, c'est important que les autres intervenants soient en santé.»

Les pharmaciens ontariens seront fixés sur leur sort le mois prochain. Même si ses 10 pharmacies ontariennes ne vendent pas de médicaments génériques, le Groupe Jean Coutu attend la décision avec impatience. Pourquoi? Parce que la Politique du médicament du Québec permet à la province d'obtenir automatiquement les meilleurs prix au Canada.

Si un médicament générique est moins cher en Ontario, son prix baisse au Québec. La Politique du médicament couvre autant les achats des consommateurs que ceux du réseau de la santé. «Nous n'avons pas l'intention de modifier la Politique du médicament, mais cette clause nous permet d'avoir les meilleurs prix au pays», dit Karine Rivard, attachée de presse du ministre de la Santé Yves Bolduc.

Résultats

Ces changements aux prix des médicaments génériques pourraient survenir alors que le Groupe Jean Coutu vient de connaître les deux trimestres les plus rentables de son histoire, selon son grand patron. «Ça démontre que nous sommes une entreprise en santé», dit François Jean Coutu.

Pour le quatrième trimestre se terminant le 27 février dernier, l'entreprise a généré un bénéfice net de 42,8 millions (0,18$ par action) sur des revenus de 637,0 millions. Pour l'année au complet, elle a généré un bénéfice de 112,6 millions (0,48$ par action) sur des revenus de 2,5 milliards. Durant l'exercice financier 2010, Jean Coutu a terminé de radier ses investissements dans Rite Aid. Le pharmacien américain a généré des pertes pour Jean Coutu de 1,3 milliard en 2009 et de 55 millions en 2010, mais il ne plombera dorénavant plus ses résultats financiers.

«Les actionnaires avaient raison de se demander si Rite Aid (continuerait d'affecter les résultats de Jean Coutu), dit François Jean Coutu. À mon avis, ce qui tardait davantage, c'était la reprise du secteur de la santé aux États-Unis.»

Même en excluant les pertes liées à Rite Aid, Jean Coutu a connu un meilleur exercice financier en 2010 qu'en 2009, générant un bénéfice net ajusté de 162,7 millions cette année contre 142,6 millions en 2009.

Hier, le titre de Jean Coutu a perdu 0,66% (6 cents) pour terminer la séance à 9$ à la Bourse de Toronto.