Un tremblement de terre peut avoir des répercussions inattendues à des milliers de kilomètres de son épicentre. C'est le cas de l'entreprise montréalaise Gildan (T.GIL), qui devra peut-être réévaluer ses stratégies d'approvisionnement.

Hugo De Grandpré
Hugo De Grandpré LA PRESSE

Le séisme de mardi dernier a ravagé une usine qui employait 1500 personnes. On y fabriquait jusqu'à deux conteneurs de t-shirts par jour pour cette société du boulevard De Maisonneuve.

Selon le propriétaire de l'usine, 500 travailleurs pourraient avoir perdu la vie dans l'effondrement de l'immeuble de trois étages, situé dans le quartier Carrefour, à Port-au-Prince. Plusieurs personnes, surtout celles qui se trouvaient au dernier étage, ont pu s'échapper à temps. D'autres ont eu moins de chance.

La machine à rumeurs

Hier, dans les décombres, à côté d'une boîte frappée du logo de l'entreprise québécoise, on pouvait voir une femme dont seule la tête émergeait des gravats.

Chose fréquente à Port-au-Prince, plusieurs rumeurs circulaient à son sujet. Une femme a affirmé que son mari l'avait veillée pendant quatre jours et quatre nuits, cloué par la tragédie. Une autre a raconté que la femme s'apprêtait à sortir mais qu'un homme lui a agrippé le pied en lui disant: «Tu vas mourir avec moi.»

Le propriétaire de l'usine, Alain Villard, ne s'attarde pas à ces histoires. «Tout ce que je veux, c'est qu'on nous porte secours le plus rapidement possible pour nettoyer le site et rebâtir l'usine, pour pouvoir, je l'espère, refaire affaire avec Gildan.»

«Avec 1500 employés, dans ce quartier de Port-au-Prince qui est très pauvre, nous sommes le deuxième employeur et un réel moteur de l'économie locale.»

Six jours après le séisme, les Haïtiens, au même titre que les équipes de secours, passent progressivement à une autre étape: la reconstruction pour les uns, l'aide humanitaire pour les autres.

«C'est la plus grande mission de sauvetage que la communauté internationale ait vécue», a noté Nicholas Reader, porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, au cours d'un point de presse près de l'aéroport de Port-au-Prince, hier.