L'effet cumulé des accords de libre-échange conclus récemment par le Canada sur le secteur agricole est « préoccupant », estime Pierre Marc Johnson.

Jean-Sébastien Gagnon LA PRESSE

« Le régime de gestion de l'offre, pour autant qu'on s'en tienne à 10 % ou moins du marché qui est accessible aux autres, le système tient le coup », dit-il.

« Au-delà de 10 %, c'est un peu plus fatigant. »

Celui qui a représenté le Québec durant les négociations de libre-échange avec l'Union européenne rappelle que cette dernière a doublé à 7 % son accès au marché du fromage canadien. L'Accord de partenariat transpacifique, puis la renégociation de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ont par la suite accordé une autre part de 6,75 % aux producteurs étrangers.

« On est rendu à presque 14 % du marché qui ne sera pas sujet à la gestion de l'offre et que vont pénétrer les Européens, les Néo-Zélandais, les Australiens et les Américains », dit-il.

« Il faut que le gouvernement canadien accorde au monde agricole, surtout du Québec et de l'Ontario, une compensation qui tient compte de cette fragilité. »

Pierre Marc Johnson a tenu ces propos hier dans le cadre d'un débat sur le commerce extérieur avec le délégué du Québec à la renégociation de l'ALENA, Raymond Bachand, organisé par la Chambre de commerce et d'industrie française au Canada.

La question du lait était la véritable préoccupation du président Donald Trump envers le Canada, dit Raymond Bachand, alors que le Canada tenait à protéger le système de gestion de l'offre.

« En négociation, il faut toujours écouter les silences, a dit Raymond Bachand. Vers la fin des négociations, le président ne parlait plus des autres chapitres de l'ALENA, il ne parlait que du lait. On a compris qu'il n'y aurait jamais d'entente s'il n'y avait pas eu un peu de lait. »

« Économiquement, c'est un peu absurde, poursuit-il. Cent pour cent de la production laitière canadienne, c'est 8 % du marché américain. Vous donneriez 10 % du marché canadien, ça leur ferait moins de 1 % de marché de plus. »

Le Québec exporte toutefois pour 6 milliards de dollars de produits agricoles aux États-Unis, alors qu'il n'en importe que pour 1 milliard, rappelle M. Bachand. Il juge donc qu'il était primordial de maintenir l'accès à ce marché.

« Les producteurs laitiers et les transformateurs sont affectés, reconnaît-il. Mais ce n'est pas tant l'Accord États-Unis - Mexique - Canada [l'AEUMC, qui remplace l'ALENA] que le cumul des trois traités qui commence à être beaucoup.

« Comme nous serons en année électorale à Ottawa, je pense qu'on peut s'attendre à un programme de compensation "correct" de la part du gouvernement. »

Négocié durant huit ans, l'Accord économique et commercial global (AECG) signifie que 99 % des biens et services échangés entre le Canada et l'Europe sont maintenant libres de droits de douane. S'il est déjà appliqué depuis plus d'un an, l'accord doit toujours être ratifié par les parlements de nations importantes comme la France, l'Allemagne et l'Italie.

L'AEUMC doit quant à lui être ratifié le 30 novembre par le Congrès des États-Unis.

« On verra toutefois ce que les élections de mardi aux États-Unis vont apporter, dit Raymond Bachand. Beaucoup d'éléments dans le projet de loi plaisent aux démocrates parce qu'au chapitre du travail, de l'environnement, de l'automobile, c'est assez costaud.

« Mais prédire la politique américaine, c'est devenu un métier impossible. »