Nouvel épisode de la rivalité entre Montréal et Toronto : les deux plus grandes villes du pays veulent toutes deux accueillir la nouvelle banque fédérale d'infrastructures.

Mis à jour le 24 janv. 2017
Vincent Brousseau-Pouliot LA PRESSE

En entrevue à La Presse, le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins Guy Cormier dit « entendre » qu'Ottawa songe à installer la Banque de l'infrastructure du Canada à Toronto, capitale financière du pays, plutôt qu'à Montréal. « J'entends ça aussi, et nous avons été très actifs avec Michel Leblanc, de la Chambre de commerce, raconte-t-il. Je suis au conseil de Finance Montréal, et on essaie de travailler actuellement pour mousser la présence de Montréal. On l'a exprimé, mais j'entends ça aussi, j'ai ces préoccupations-là aussi. »

Le gouvernement Trudeau n'a pas pris de décision définitive dans ce dossier, qui est à l'ordre du jour de la réunion du Conseil des ministres, hier et aujourd'hui à Calgary. Selon nos informations, Toronto et Montréal sont au sommet des options évaluées par le gouvernement, mais elles ne sont pas les seules prétendantes. Le Globe and Mail rapporte que Calgary veut aussi obtenir la nouvelle banque fédérale d'infrastructures, qui aura un budget total de 35 milliards et qui sollicitera le secteur privé pour participer au financement de grands projets d'infrastructures au pays. Son maire Naheed Nenshi rencontrera aujourd'hui le Conseil des ministres. Selon nos sources, la Banque de l'infrastructure du Canada créerait au moins 200 emplois.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) « a confiance » de convaincre Ottawa que « les intérêts de la banque seraient bien mieux servis si elle était localisée à Montréal ». « Il y a énormément d'arguments en faveur de Montréal. Ce n'est pas une banque traditionnelle, elle repose sur une expertise différente et cette réalité-là est bien comprise au gouvernement fédéral. Un argument majeur, c'est la localisation des talents, et Montréal a déjà une expertise en financement d'infrastructures, en analyse de risques avec ses firmes d'ingénierie [et ses caisses de retraite comme] la Caisse de dépôt et le Fonds PSP. [...] Il y a des expertises différentes à travers le pays. Je ne pense pas que c'est gagné, mais il y a beaucoup d'intérêt à localiser cette banque dans la région de Montréal », dit Michel Leblanc, président et chef de la direction de la CCMM.

DÉCISION « IMMINENTE »

La CCMM pense que la décision d'Ottawa est « imminente », probablement dans le prochain budget fédéral qui doit être déposé d'ici quelques semaines. En novembre dernier, lors de sa mise à jour économique, le ministre des Finances Bill Morneau avait annoncé la création de la banque. Montréal a dès lors tenté de convaincre le gouvernement Trudeau.

« Ce que je comprends, c'est qu'au fil des semaines, Toronto - et ce n'est pas surprenant - s'est mobilisé, dit Michel Leblanc. Toronto s'était préparé à l'accueillir parce qu'ils tiennent ça pour acquis et nous, on s'est préparés à l'obtenir parce qu'on pense que c'est ici que ce serait préférable, d'abord pour la banque et ensuite pour Montréal. »

Le gouvernement du Québec dit « être très actif dans le dossier ». « Nous savons que plusieurs acteurs économiques importants, tels que la Ville de Montréal et la Chambre de commerce, ont fait connaître leur grand intérêt au fédéral d'accueillir le siège social [...]. Montréal possède déjà une grande expertise et un écosystème propice en matière d'infrastructures, notamment pour le développement de modèles innovants comme celui mis en place pour le Réseau électrique métropolitain », a indiqué le cabinet du ministre québécois des Finances Carlos Leitão dans une déclaration écrite.

« Nous souhaitons la venue de la Banque de l'infrastructure du Canada à Montréal. Le milieu financier montréalais, en raison de son expertise et de ses talents, fera en sorte qu'elle sera opérationnelle rapidement », a indiqué Catherine Maurice,  directrice des communications du maire de Montréal Denis Coderre.

Le cabinet du ministre Morneau n'a pas commenté le dossier, hier. Le gouvernement de l'Ontario ne l'a pas commenté non plus, sauf pour préciser « ne pas avoir eu de discussions » avec Ottawa à ce sujet. Le maire de Toronto n'a pas rappelé La Presse.

- Avec Richard Dufour, La Presse