À moins d'accueillir plus d'immigrés, d'investir massivement dans les infrastructures pour augmenter la productivité et d'attirer une proportion accrue des investissements étrangers, le Canada est condamné à la stagnation économique au cours des prochaines décennies en raison du vieillissement de sa population. C'est le constat alarmant que fait le Conseil consultatif en matière de croissance économique, présidé par Dominic Barton, dans un rapport remis hier au ministre des Finances Bill Morneau. Le ministre pourrait intégrer certaines des « mesures audacieuses » dans son prochain budget.

Publié le 21 oct. 2016
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

LE CONSTAT

Le vieillissement de la population limitera grandement la croissance de l'économie canadienne, étant donné qu'on assistera à une réduction du nombre de travailleurs qui contribuent à la production économique au moment même où les besoins en matière de soins de santé ou de prestations de retraite augmenteront. Selon le Conseil consultatif en matière de croissance économique, la croissance annuelle du produit intérieur brut chutera de plus de la moitié au cours des 50 prochaines années si aucune mesure n'est adoptée pour contrer ce phénomène, passant de 3,1 % en moyenne de 1954 à 2014 à seulement 1,5 % au cours des cinq prochaines décennies. « Outre ce défi démographique, les entreprises canadiennes peinent à trouver le talent d'expérience et spécialisé dont elles affirment avoir besoin pour accroître le volume de leurs activités rapidement et de manière concurrentielle », note aussi le Conseil.

L'IMMIGRATION, GAGE DE CROISSANCE

L'une des principales recommandations du Conseil consultatif est d'augmenter de 50 % le nombre d'immigrés qu'accueille chaque année le Canada sur une période de cinq ans pour assurer une croissance de la population active et contrer les effets du vieillissement de la population. Ainsi, on propose de faire passer le nombre de nouveaux arrivants de 300 000 actuellement à 450 000 d'ici 2021, et ce, avec le concours des provinces et des municipalités afin d'assurer leur intégration. On devrait aussi privilégier les immigrés qui sont instruits et qui possèdent des compétences spécialisées où il y a pénurie au Canada. L'augmentation de 150 000 immigrés « économiques » aurait pour effet de réduire le ratio de dépendance à la sécurité de vieillesse de 1,6 point de pourcentage d'ici 2030, ce qui atténuerait, selon le Conseil, les pressions budgétaires sur le régime de pensions et le besoin d'augmenter les impôts ou de réduire les prestations.

RETENIR LES ÉTUDIANTS ÉTRANGERS

Le gouvernement fédéral devrait faciliter l'obtention de la résidence permanente pour un plus grand nombre d'étudiants étrangers. 

« Les étudiants étrangers répondent aux conditions préalables générales pour une intégration économique réussie et éprouvée - la jeunesse, la compétence linguistique et les études. Ils constituent une source prête de talent qualifié et exigent généralement des services d'établissement moindres ou moins intensifs. »

- Extrait du rapport du Conseil consultatif en matière de croissance économique

En 2015, on comptait environ 218 000 étudiants étrangers inscrits dans des universités et collèges canadiens. Mais près de la moitié (49 %) des étudiants étrangers n'entendent pas présenter une demande de résidence permanente. Et ceux qui le font n'obtiennent pas tous les notes suffisantes prévues dans le système de cotation actuel du ministère de l'Immigration dans le cadre du programme Entrée express. Le gouvernement fédéral aurait tout intérêt à modifier ce programme pour faciliter leur demande de résidence permanente.

CRÉER UNE BANQUE DE DÉVELOPPEMENT DE L'INFRASTRUCTURE

Le gouvernement fédéral doit accélérer les investissements dans les infrastructures pour augmenter la productivité. Ces infrastructures sont d'autant plus importantes si le Canada veut maximiser les retombées économiques des traités de libre-échange avec les États-Unis ou l'Union européenne et établir des relations commerciales plus étroites avec des pays de l'Asie. Le Canada, faut-il le rappeler, compte certaines des villes les plus congestionnées parmi les pays membres de l'OCDE. Quatre des villes les plus congestionnées en Amérique du Nord se trouvent au Canada (Montréal, Vancouver, Toronto et Halifax). 

« Le Canada a une occasion réellement historique de devenir le carrefour commercial de choix en Amérique du Nord, non seulement pour le commerce de biens, mais également pour le commerce de services. Pour concrétiser cette ambition, il faudra toutefois investir dans l'infrastructure de transport intermodal. »

- Extrait du rapport du Conseil consultatif en matière de croissance économique

Une Banque canadienne de développement de l'infrastructure devrait être mise sur pied pour réaliser des projets d'une valeur de 200 milliards de dollars sur 10 ans, dont 160 milliards proviendraient des institutions telles que les caisses de retraite ou les banques.

LES INVESTISSEMENTS DIRECTS ÉTRANGERS

La concurrence mondiale est féroce pour attirer des investissements directs étrangers et le Canada a fait preuve de mollesse à ce chapitre en comparaison d'autres pays comme les États-Unis ou l'Australie. La valeur de l'investissement étranger au Canada a augmenté de 2 % seulement par année depuis 2005, une hausse bien inférieure à la moyenne de 7 % pour tous les pays de l'OCDE ou de 8 % pour l'Australie. Des règles plus restrictives pourraient expliquer ce manque à gagner. Pis encore, les investissements étrangers au Canada ont été concentrés dans quelques secteurs seulement comme l'industrie minière et les industries manufacturières. Le Conseil consultatif propose d'élaborer une stratégie nationale sur l'investissement direct étranger et de créer une agence de calibre mondial pour attirer de nouveaux investissements.

LE MINISTRE DES FINANCES PRUDENT

Le ministre des Finances Bill Morneau, qui présentera une mise à jour économique et financière le 1er novembre, s'est félicité du boulot accompli par les 14 membres du Conseil consultatif en matière de croissance économique. Mais il n'a pas voulu dire s'il retiendrait certaines des recommandations dans son prochain budget. M. Morneau a toutefois convenu que le Canada a des défis colossaux à relever pour soutenir la croissance de l'économie et que des mesures audacieuses seraient nécessaires pour éviter une stagnation. De son côté, le Parti conservateur a affirmé que le gouvernement Trudeau devait reprendre le contrôle des finances publiques pour assurer une croissance plus vigoureuse de l'économie.