La Stratégie maritime du Québec est un des volets importants de la stratégie du gouvernement Couillard pour favoriser le développement économique. Québec devra néanmoins travailler de concert avec le gouvernement fédéral, puisque les ports sont sous son autorité. La Presse Affaires fait le point avec le ministre des Transports du Canada, Marc Garneau.

Publié le 25 mars 2016
Emilie Laperrière, collaboration spéciale LA PRESSE

Que pensez-vous de la Stratégie maritime du Québec ?

C'est une excellente initiative parce que le Québec reconnaît clairement l'importance des infrastructures de transport, incluant des ports et des voies maritimes, et que ça aide l'économie quand ces voies de transport sont efficaces.

Quels sont les enjeux liés au transport maritime en 2016 et comment est-ce que le plan du Québec y répond ?

Nous sommes un pays de commerçants. Le Canada exporte énormément de matières premières et de produits finis à travers le monde. Quand ces produits quittent le Canada, s'ils ne vont pas aux États-Unis par route ou chemin de terre, ils sont transportés par navire. C'est important d'avoir un système efficace pour l'exportation par bateau vers l'Europe, l'Asie et d'autres coins de la planète.

C'est également important pour le transport intérieur. Par exemple, du minerai de fer peut partir du Québec, emprunter la voie maritime du Saint-Laurent et ensuite se rendre à une destination sur les Grands Lacs. Le Québec doit développer et maximiser ses infrastructures de transport. Je pense que le Plan Nord se jumelle très bien avec la Stratégie maritime, parce qu'il est axé sur les ressources naturelles, qu'on devra ensuite transporter.

Une des actions prioritaires de la Stratégie maritime est de « travailler de concert avec le gouvernement fédéral afin d'optimiser sa participation dans les sites portuaires du Québec, notamment dans le cadre du nouveau Plan Chantiers Canada 2014-2024 ». Quel sera le rôle du fédéral ?

Notre mandat est de s'assurer que le transport soit sécuritaire. On va travailler de près avec le Québec sur ce côté-là. On a aussi des normes environnementales et on va s'assurer que le transport au sein de la Stratégie maritime respecte ces normes. On est également ouverts à la désinvestiture de certains ports qui sont en ce moment sous contrôle fédéral. Il y a possiblement des ports qui pourraient intéresser le Québec comme des ajouts à sa Stratégie maritime.

Il y a aussi le fait qu'on appuie le traité de libre-échange avec l'Union européenne. On espère que ce sera ratifié. À long terme, ça pourrait contribuer à un accroissement du transport entre les pays de l'Union européenne et le Canada. Avec l'Atlantique, il y a bien sûr de bonnes chances pour que le transport maritime passe par le Québec. Il aura un rôle à jouer.

Quelles sont les priorités du gouvernement fédéral dans le secteur maritime ?

La première, c'est la sécurité de nos modes de transport. Mais, presque au même niveau, arrive ensuite l'efficacité de nos corridors de transport au Canada, que ce soit vers l'est, vers l'ouest ou même éventuellement vers le nord. Ce sont des enjeux économiques extrêmement importants, parce que ce n'est pas suffisant que le Canada ait des produits à vendre ou des traités de libre-échange avec d'autres pays. À moins qu'on puisse transporter de façon efficace ces produits vers de nouvelles destinations et optimiser ce transport, on va se nuire du point de vue économique. C'est très compétitif.

Comment la Stratégie maritime du Québec se positionne-t-elle comparativement aux autres projets du genre au Canada ?

Toutes les provinces veulent optimiser leur système de transport. En Colombie-Britannique, par exemple, on mise beaucoup sur les ports de Vancouver et de Prince Rupert comme points de sortie et d'entrée pour le commerce vers l'Asie, les États-Unis ou l'Amérique du Sud. La province veut que ces ports soient le plus efficaces possible pour optimiser la fluidité du commerce. On peut faire un parallèle avec le Québec, qui a des objectifs semblables. C'est la même chose pour les autres provinces bordées par l'océan.

Est-ce que des investissements fédéraux sont prévus dans les infrastructures maritimes ?

Comme je le disais, une de nos priorités est d'optimiser les infrastructures de transport. Dans certains cas, il y aura du financement. Ça pourrait entre autres contribuer à la Stratégie maritime du Québec, même si c'est poussé par un objectif national. Ça fait seulement quelques mois que nous sommes au pouvoir, on est en train d'examiner ça de près. C'est prématuré de donner des exemples concrets, mais à l'automne, on aura fait plus de progrès.