Source ID:480208; App Source:cedromItem

Les services bancaires, planche de salut pour Postes Canada?

Pour survivre, Postes Canada doit-elle aller au-delà de... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

Pour survivre, Postes Canada doit-elle aller au-delà de la livraison de courrier et se lancer dans les services financiers ? Les avis sont partagés. Ailleurs, certaines sociétés postales ont vu leurs bénéfices s'accroître en augmentant leur offre de servicesfinanciers (France, Italie, Nouvelle-Zélande), tandis que d'autres ont dû se départir de leurs banques postales (Allemagne et Norvège).

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Sylvain Larocque
La Presse

Depuis des années, les syndiqués de Postes Canada pressent la société d'État de se lancer à fond dans les services bancaires pour redorer sa situation financière et contrer la chute des volumes de courrier. Y a-t-il vraiment là une manne à saisir? La réponse n'est pas claire.

D'un côté, les administrations postales de l'Italie, de la France et de la Nouvelle-Zélande ont vu leurs profits bondir après avoir élargi leur offre de services financiers. De l'autre, des pays comme l'Allemagne et la Norvège se sont départis de leurs banques postales au cours des dernières années. La recette magique pour sortir du marasme actuel n'existe donc pas.

«Dans les pays développés, les postes les plus rentables sont dans la plupart des cas des postes qui offrent des comptes d'épargne», fait tout de même remarquer Alexandre Berthaud, expert en inclusion financière à l'Union postale universelle (UPU), une institution des Nations unies établie à Berne, en Suisse.

«À l'heure de l'internet, aucune poste au monde ne peut faire l'économie du débat de la diversification vers d'autres services, de l'intégration de ses services physiques avec les services financiers ou électroniques», ajoute Jose Anson, économiste à l'UPU.

Dans une étude récente financée par le Syndicat des travailleurs des postes (STTP), le Centre canadien de politiques alternatives soutient que l'entrée de Postes Canada dans les services bancaires permettrait non seulement d'améliorer la situation financière de la société d'État, mais aussi de mieux servir les Canadiens à faibles revenus et ceux qui habitent dans les régions éloignées.

Réseau étendu

Après tout, l'une des grandes forces de Postes Canada, c'est la taille de son réseau. L'entreprise compte près de 6400 bureaux de poste: 3900 qu'elle gère elle-même et 2500 qui sont confiés à des pharmacies et à d'autres commerces. Un moratoire en vigueur depuis 1994 interdit la fermeture des 3800 bureaux de poste situés dans les régions rurales.

Malgré la présence sur le marché canadien de huit grandes banques, des caisses populaires et des credit unions, qui exploitent ensemble plus de 9000 points de service, des centaines de milliers de Canadiens ne possèdent pas de compte bancaire ou sont «sous-bancarisés». Il y a bien peu de chiffres à ce sujet, mais dans un rapport publié en 1998 à la demande du gouvernement fédéral, on estimait à 3% la proportion d'adultes ne détenant pas de compte de banque. Chez les personnes à faible revenu, la proportion atteindrait 8%.

Jean Roy, professeur de finance à HEC Montréal, doute que Postes Canada puisse faire beaucoup d'argent en offrant des services bancaires aux moins nantis. Jose Anson rétorque que c'est possible en ciblant également les citoyens de la classe moyenne. Il cite l'exemple de la composante bancaire de la poste brésilienne, qui a permis l'ouverture de plus de 10 millions de comptes depuis 2002, notamment chez les pauvres, tout en générant de nouveaux revenus.

Investissements importants

Chose certaine, pour plonger dans les services bancaires, Postes Canada devrait investir massivement. Pour Michael Warren, qui a été PDG de Postes Canada de 1981 à 1985, la société d'État n'a carrément pas les moyens de se lancer dans une telle aventure. «Passer des mandats-poste à des services bancaires, même partiels, nécessiterait un bond technologique énorme», avance-t-il.

C'est exactement ce que pense Postes Canada, qui ne partage plus le point de vue de son ancienne PDG, Moya Greene, maintenant à la tête de la Royal Mail du Royaume-Uni. En 2010, Mme Greene avait déclaré devant un comité sénatorial qu'elle envisageait sérieusement d'étendre les services financiers offerts par Postes Canada.

«On a examiné cette question. Est-ce qu'on peut faire de l'argent en exploitant une banque? Bien sûr que oui. Est-ce que Postes Canada ferait de l'argent en exploitant une banque? C'est autre chose. On fait face à des pertes annuelles d'un milliard [d'ici 2020] donc pour penser que c'est la solution, il faudrait espérer générer un milliard de dollars par année dans les services financiers d'ici cinq ans. Ça voudrait dire qu'on deviendrait aussi gros que la Banque Nationale [qui a enregistré des profits nets de 1,5 milliard en 2013]. Est-ce réaliste? Et même si on était capables de le faire, est-ce que ce serait une permission pour perdre de l'argent dans les services postaux?», demande Jacques Côté, le grand patron du réseau de distribution physique de Postes Canada.

«On n'est pas capables de se convaincre qu'on va rentrer là-dedans et qu'on va obtenir un rendement financier correct, ajoute M. Côté. Si on le fait et qu'on perd des dizaines de millions de dollars, les gens vont dire «vous gaspillez des deniers publics».»

Aux yeux du président du STTP, Denis Lemelin, la société d'État est trop pessimiste. «Malheureusement, l'approche de Postes Canada est basée sur les compressions plutôt que sur l'expansion des services», dénonce-t-il.

Comme solution mitoyenne, Postes Canada pourrait imiter certains pays et offrir des services financiers en partenariat avec une banque. C'est la voie que privilégiait un rapport de la bibliothèque du Parlement fédéral publié en 2005.

«Ce serait beaucoup moins risqué parce qu'il y aurait beaucoup moins d'investissements à faire», note M. Roy.

Reste à voir si les banques se montreraient intéressées par une telle proposition d'affaires. En raison de la popularité des services en ligne, leurs clients sentent moins le besoin qu'auparavant de se rendre en succursale pour effectuer leurs transactions bancaires. Et de toute façon, est-il vraiment envisageable d'offrir des services bancaires dans des pharmacies?

«Ça serait quand même intéressant pour Postes Canada de passer à l'étape suivante et de faire faire une étude plus chiffrée qui tenterait d'évaluer les coûts et les revenus potentiels», dit Jean Roy, qui souligne que la combinaison des services postaux et bancaires pourrait donner un second souffle à plusieurs bureaux de poste.

----------------

AILLEURS DANS LE MONDE

On compte pas moins de 662 000 bureaux de poste dans le monde. C'est bien davantage que les 523 000 succursales bancaires répertoriées. Or, tout juste 51 des 192 pays membres de l'Union postale universelle offrent actuellement des services bancaires postaux qui vont au-delà des virements et des mandats-poste. Voici un bref panorama mondial.

Allemagne

Deutsche Post DHL s'est complètement départie de la Deutsche Postbank en 2012. La Deutsche Bank, la plus grande banque du pays, contrôle désormais la banque postale, dont les activités continuent d'être exercées dans les bureaux de poste. Notons que Deutsche Post n'est plus contrôlée par l'État depuis 2005.

Autres pays qui se sont départis de leur banque postale (ou en voie de le faire) : Autriche, Bulgarie, Croatie, Finlande, Grèce, Irlande, Norvège, Pays-Bas, Roumanie, Singapour et Suède.

Argentine

En novembre, des représentants de Correo Argentino se sont rendus au Brésil avec l'objectif de créer une banque postale sur le modèle de la Banco Postal du pays voisin. Un projet-pilote pourrait voir le jour cette année. La Russie songe aussi à se doter d'une banque postale.

Australie

Australia Post n'exploite pas de banque, mais les particuliers et les entreprises peuvent effectuer leurs transactions bancaires dans les 3200 bureaux du pays, et ce, sans frais additionnels. Australia Post offre aussi de l'assurance en collaboration avec des partenaires privés. Un système semblable existe également au Royaume-Uni.

Italie

En 2000, le gouvernement a réformé la Poste Italiane pour lui permettre d'offrir des services financiers. Le succès a été retentissant et a permis à la société d'État de redevenir rentable après 50 ans de déficits. Aujourd'hui, la poste est un acteur majeur dans les services bancaires et l'assurance.

Autres pays où l'assurance est une part importante des services financiers postaux : France et Japon.

Nouvelle-Zélande

Dès 1867, la Nouvelle-Zélande a eu sa banque postale, mais celle-ci a été privatisée en 1987, puis rachetée par une banque australienne en 1989. En 2002, toutefois, le gouvernement a décidé de recréer une banque postale, la Kiwibank. Celle-ci connaît beaucoup de succès en raison notamment du fait qu'elle constitue l'une des rares institutions financières de propriété néo-zélandaise.

Autres pays ayant une banque postale d'importance : Afrique du Sud, Chine, Égypte, Inde, Israël, Kazakhstan, Maroc, Namibie, Pakistan et Suisse.

Brésil

Depuis 2002, Correios offre des services financiers dans ses 6000 bureaux de poste en partenariat avec une banque du pays.

Autres pays offrant des services financiers en partenariat avec des banques : Algérie et Espagne.

Proportion des profits d'exploitation des postes provenant des services financiers (2012)

France : 34 %

Italie : 68 %

Japon : 69 %

Nouvelle-Zélande : 80 %

Suisse : 71 %




À découvrir sur LaPresse.ca

Les plus populaires : Affaires

Tous les plus populaires de la section Affaires
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer