Le ministre des Finances Jim Flaherty ne s'efforçait pas seulement de juguler les dépenses du gouvernement fédéral l'automne dernier pour venir à bout d'un déficit de 26 milliards de dollars d'ici 2015. Il a aussi tenté de jouer aux arbitres dans le conflit opposant les propriétaires des équipes de la LNH et les joueurs.

Joel-Denis Bellavance LA PRESSE

Visiblement inquiet des conséquences qu'aurait un long conflit de travail dans la Ligue nationale de hockey (LNH) sur l'économie canadienne, le ministre Flaherty a profité d'une visite à New York pour rencontrer le commissaire de la Ligue, Gary Bettman, le 16 novembre dernier, a appris La Presse.

L'objectif principal de cette visite dans la capitale financière des États-Unis était de vanter la bonne performance de l'économie canadienne et la gestion prudente des finances publiques par le gouvernement Harper.

M. Flaherty voulait aussi rencontrer les bonzes de la finance à New York, comme il le fait toujours après avoir fait la mise à jour économique et financière du gouvernement fédéral.

Mais des documents obtenus par La Presse en vertu de la Loi sur l'accès à l'information démontrent qu'il a tenu à insérer une rencontre avec le grand patron de la Ligue nationale de hockey alors que le lock-out battait son plein.

Cette rencontre de 45 minutes a eu lieu au bureau de M. Bettman, situé au 15e étage du 1185, Avenue of the Americas.

Le directeur des communications de M. Flaherty, Chisolm Pothier, a confirmé à La Presse la tenue de cette rencontre entre le ministre des Finances et Gary Bettman et que l'un des sujets abordés était le litige opposant les propriétaires des équipes à l'Association des joueurs de la LHN.

«Le ministre rencontre régulièrement des représentants des secteurs économiques qui sont importants pour le Canada, comme le hockey professionnel. Le ministre a rencontré M. Bettman à d'autres occasions aussi dans le passé et a abordé avec lui certains enjeux importants», a indiqué M. Pothier.

Mais M. Flaherty a tenu à rencontrer également le dirigeant de l'Association des joueurs. "Étant donné que la rencontre [avec M. Bettman] a eu lieu durant le lock-out, le ministre a aussi rencontré Donald Fehr, de l'Association des joueurs», a précisé M. Pothier.

Dans les documents obtenus par La Presse, les fonctionnaires du ministère des Finances ont suggéré au ministre de poser certaines questions au commissaire Bettman dans le contexte du conflit de travail de la LNH, le troisième lock-out en 19 ans. Mais cette partie du document a été censurée. M. Pothier a pour sa part refusé de préciser la nature des propos tenus par le ministre.

- Avec William Leclerc

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Le lock-out en trois points

> Le lock-out a été imposé par les propriétaires le 15 septembre 2012 et a entraîné l'annulation de la moitié de la saison 2012-2013. La cause du conflit avait trait au partage des revenus entre les propriétaires et les joueurs dans le cadre du renouvellement de la convention collective. Une saison écourtée de 48 matchs a été entamée le 19 janvier après une entente.

> La LNH compte sept équipes canadiennes dans les grandes villes du pays - Montréal, Ottawa, Toronto, Winnipeg, Calgary, Edmonton et Vancouver. Plusieurs commerçants de ces villes se sont plaints des pertes causées par le conflit de travail dans la LNH. De grandes entreprises comme le diffuseur américain NBC ou le brasseur Molson Coors ont aussi été touchées. Aux États-Unis, le conflit de travail a causé un tel dommage que certaines entreprises ont sollicité une aide financière du gouvernement pour rester à flot.

> Selon l'économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter, le lock-out de la LNH a privé l'économie canadienne d'un peu plus de 700 millions de dollars. La perte aurait été plus du double - 1,8 milliard de dollars ou l'équivalent d'une réduction de 0,1% du produit intérieur brut - si toute la saison avait été annulée.