Non seulement les fabricants canadiens ne souffrent pas du mal hollandais, mais il n'est même pas certain que ce syndrome existe.

Mis à jour le 17 janv. 2013
Rudy Le Cours LA PRESSE

«La plupart des difficultés dans la fabrication [canadienne] avant la récession mondiale étaient concentrées dans trois secteurs, soit l'automobile, le vêtement et les industries liées à la foresterie, rappelle Philip Cross, coordonnateur de la recherche à l'institut Macdonald-Laurier.

Ces industries ont toutes enregistré des baisses aux États-Unis durant la même période, ce qui montre que leur mauvaise fortune s'explique plutôt par des changements structurels dans ces marchés précis que par le taux de change.»

On entend en général par mal hollandais le fait qu'une poussée du secteur des ressources dans un pays entraîne une forte appréciation de sa monnaie suffisante pour réduire sa production en usine.

Fait troublant pour les tenants ce cette thèse, la découverte et l'exploitation de gaz naturel en 1959 aux Pays-Bas n'a pas entraîné de chute de la production manufacturière: elle a augmenté de 41% de 1959 à 1964!

«La raison est simple, les fabricants s'ajustent et s'adaptent à une appréciation du taux de change», précise M. Cross dans sa lumineuse étudeDutch Disease, Canadian Cure, parue hier.

C'est aussi ce qu'ont fait et font encore les fabricants canadiens. La valeur de leurs ventes était plus élevée en 2008 qu'en 2002, même si la récession américaine a commencé à la fin de 2007.

Les volumes des ventes ont progressé plus lentement cependant et se sont même effondrés durant la récession.

Pour tirer au clair cette contradiction apparente, M. Cross souligne que le secteur manufacturier n'est pas homogène. En fait, 10 de ses 19 segments (représentant un peu plus de la moitié de la valeur des ventes en 2002) ont pris de l'expansion jusqu'en 2007.

Toutes ont sombré durant la dernière récession, comme au cours des précédentes, avant d'amorcer leur reprise.

L'explication ne réside donc pas dans le taux de change. Certains segments ont tiré profit du boom des ressources, comme l'affinage des métaux, la pétrochimie et les fabricants d'équipement de forage.

À l'opposé, les segments de l'automobile, des produits forestiers, du papier et de l'imprimé ont connu de forts replis. Les deux premiers sont attribuables à la crise des ventes d'autos et du marché de l'habitation aux États-Unis, les deux derniers à la part grandissante de l'Internet dans les communications.

L'effondrement de l'industrie du vêtement s'explique pour sa part dans l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce, à la fin de 2001. Les mêmes segments ont subi aussi des reculs importants, aux États-Unis.

Dans l'ensemble, les fabricants se sont bien adaptés à une monnaie plus forte. Depuis la récession, leur production s'est accrue de 12,2%. Seuls la construction et le commerce de gros ont obtenu de meilleurs résultats.

L'adaptation a passé par l'augmentation d'intrants importés et moins chers dans leurs produits et par l'exploitation accrue du marché intérieur.

«Les fabricants retrouvent leur leadership dans la croissance, observe M. Cross. Ils sont en position pour dominer le Canada dans un proche avenir, à mesure que se rétabliront les marchés américains clés de l'auto et de l'habitation.»