Au terme d'un lock-out de 12 jours à Postes Canada, la livraison du courrier reprendra graduellement demain dans tout le pays. La loi d'exception des conservateurs a été adoptée par la Chambre des communes, samedi soir, au grand dam de l'opposition et du syndicat.

Catherine Handfield et Pierre-André Normandin

La loi spéciale est officiellement entrée en vigueur hier soir après avoir reçu la sanction royale, mettant officiellement un terme au conflit de travail dans lequel Postes Canada estime avoir perdu 220 millions.

Les Canadiens peuvent ainsi s'attendre à recevoir la visite de leur facteur à partir de demain, a confirmé hier soir la société d'État. Les scellés sur les boîtes aux lettres seront peu à peu retirés à partir de ce soir tandis que les bureaux de poste rouvriront à partir de demain.

La livraison de tout le courrier, dont le tri débute ce soir, pourrait toutefois être longue. Postes Canada est à mettre en place un plan pour livrer l'énorme quantité de lettres et colis qui attendent dans ses entrepôts. «Les consommateurs devront être patients», a souligné une porte-parole, Anick Losier.

Le syndicat a confirmé que ses membres reprendront du service ce soir pour commencer le tri du courrier. «En vertu de la loi, les employés sont tenus de se présenter au travail 24 heures après l'adoption au Sénat», a expliqué Jacques Valiquette, directeur national du STTP pour la région du Grand Montréal.

D'ici là, le syndicat a invité ses membres, hier, à maintenir les lignes de piquetage, précisant dans un message que «la lutte continue». Une manifestation est d'ailleurs toujours prévue ce matin à Vancouver.

La loi d'exception prévoit des hausses salariales inférieures à celles que proposait la société d'État à ses employés dans sa dernière offre. Les autres clauses seront déterminées par un arbitre, qui devra choisir dans son intégralité l'offre de l'employeur ou celle du syndicat.

L'adoption de la loi spéciale a suscité une «énorme déception» au STTP, selon Jacques Valiquette.

Le syndicat s'attend à ce que l'arbitre choisisse l'offre de l'employeur, comme c'est souvent le cas dans le cadre d'un arbitrage sur la meilleure offre.

Harper se réjouit, l'opposition se désole

Le projet de loi a été adopté samedi soir au terme d'un débat marathon de 58 heures. Les partis de l'opposition, qui ont voté contre, ont présenté sans succès des amendements au projet de loi, samedi, pour revoir les hausses salariales et le rôle de l'arbitre.

Les députés néo-démocrates ont utilisé tout le temps de parole à leur disposition pour retarder l'adoption de la loi spéciale. Comme les conservateurs sont majoritaires, l'issue du vote était toutefois prévisible.

Malgré les «délais inutiles», le premier ministre Stephen Harper s'est dit satisfait de l'adoption du projet de loi, samedi soir. Les conservateurs soutenaient que la loi spéciale était nécessaire parce que le conflit de travail faisait du tort à l'économie canadienne.

«Je suis heureux que les Canadiens puissent avoir de nouveau accès à leur service postal, tout particulièrement les petites entreprises et les organismes caritatifs.»

L'opposition a pour sa part critiqué l'apparent parti pris des conservateurs pour la partie patronale.

«C'est un indice de ce qui attend les autres travailleurs syndiqués du secteur public», a dit le leader adjoint du chef néo-démocrate, Thomas Mulcair.