Les négociations se corsent à Postes Canada, même si la menace d'une grève est écartée pour cette semaine. La société fédérale a rejeté les dernières demandes de son syndicat, hier, affirmant qu'elles l'obligeraient à augmenter ses tarifs de 15%.

Mis à jour le 25 mai 2011
LA PRESSE CANADIENNE

Le syndicat, qui représente 45 000 employés de la société fédérale, a déposé une proposition de règlement, dimanche, quelques jours après que l'employeur lui eut transmis une offre qualifiée de «finale». Mais cette proposition reprend les demandes formulées au début des négociations, il y a huit mois, dénonce Postes Canada. La direction calcule que ces demandes coûteraient chaque année 1,4 milliard.

Postes Canada n'a tout simplement pas les moyens de payer de telles demandes, affirme sa porte-parole, Anick Losier, d'autant plus que le volume de courrier diminue sans cesse à mesure que le fax, le courriel et le transfert électronique gagnent en popularité. Selon elle, la dernière proposition syndicale constitue un «recul» dans les pourparlers.

«On a été un peu surpris et très déçus de la réponse du syndicat, a-t-elle dit. Leur réponse au fait qu'on a une perte de revenus en termes de volume et un déficit de 3 milliards dans le régime de pension a été d'augmenter nos coûts de 1,4 milliard.»

Mais les négociations ne sont pas rompues pour autant. En fait, les deux parties ont passé l'après-midi d'hier en rencontre.

«On prend ça avec un grain de sel, a dit Denis Lemelin, président du Syndicat des travailleurs des postes du Canada. Ce sont les tactiques habituelles de Postes Canada de chiffrer nos demandes et dire que ça coûte les yeux de la tête, que ça va coûter très cher aux contribuables.»

Le syndicat réclame des augmentations de salaire de 3,5% par année sur trois ans et demi. Il souhaite aussi bonifier les services de livraison à domicile, et confier davantage de tâches d'entretien à des employés syndiqués.

La direction propose des augmentations qui varient de 1,75% à 2% par année. Et elle souhaite que ses futurs employés gagnent un salaire de 18$ l'heure, alors que les nouveaux employés gagnent actuellement 24$ l'heure. Cette demande, qui s'apparente à une clause discriminatoire, a été vivement rejetée par le syndicat.

Mandat de grève

Les travailleurs disposent d'un mandat de grève qui sera effectif à partir de minuit, ce soir. Mais le code fédéral du travail prévoit qu'il faut donner un préavis de 72 heures avant de débrayer. Comme le syndicat n'a pas donné un tel avertissement, aucune grève n'est possible avant la semaine prochaine.

Denis Lemelin a indiqué hier qu'il n'avait pas déposé le préavis en question, malgré le rejet des dernières propositions de son syndicat.

«On continue à négocier, a-t-il affirmé. Pour nous, c'est ça qui est important.»

«Il reste encore beaucoup de temps, a affirmé Anick Losier. On veut essayer de négocier une entente qui va nous permettre de faire face aux conditions actuelles.»

La convention collective est échue depuis le 31 janvier dernier. En cas d'arrêt de travail, Postes Canada pourrait avoir recours à des bénévoles pour livrer leurs chèques aux retraités et aux assistés sociaux.

Les entreprises sur le qui-vive

La ministre fédérale du Travail, Lisa Raitt, a pressé les deux parties de s'entendre afin d'éviter les perturbations dans le service postal. Entre-temps, plusieurs entreprises s'activent en prévision d'un débrayage. C'est notamment le cas des banques, qui expédient et reçoivent chaque jour des milliers de factures, relevés bancaires et autres paiements.

Sur leurs sites web, la Banque Royale et la Banque Nationale incitent déjà leurs clients à s'inscrire aux services en ligne pour ne pas être perturbés par un éventuel débrayage. On rappelle en outre qu'une éventuelle grève des postes ne peut servir d'excuse pour le non-paiement d'une facture.

«La loi prévoit que le client a toujours l'obligation de respecter ses obligations financières même s'il n'a pas reçu son relevé de compte parce qu'il y a grève», souligne la porte-parole de la Banque Nationale, Joan Beauchamp.

- Avec La Presse Canadienne

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Des salaires généreux, selon une étude

Les employés de Postes Canada menacent de débrayer s'ils n'obtiennent pas une hausse de 3,5% par année sur les prochaines trois années et demie. Mais ils jouissent déjà de conditions de travail particulièrement généreuses, selon une étude réalisée pour le compte de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI).

L'organisme a repris les données du recensement de 2006, et comparé la rémunération de différents travailleurs de Postes Canada et du secteur privé.

Résultat: les surveillants, messagers, expéditeurs, camionneurs, commis de bureau et autres répartiteurs radio gagnent 40% de plus lorsqu'il sont à l'emploi de Postes Canada que lorsqu'ils travaillent dans le secteur privé. Leur salaire brut moyen s'établit à 50 593$ dans la société d'État, soit 16,9% de plus que dans des entreprises.

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EMPLOYÉS DE POSTES CANADA

50593 $

Salaire moyen

23,3 %

Avantages en proportion du salaire

34,4 heures

Semaine de travail moyenne

EMPLOYÉS ÉQUIVALENTS DANS LE SECTEUR PRIVÉ*

43 285$

Salaire moyen

20,5 %

Avantages en proportion du salaire

40,4 heures

Semaine de travail moyenne

40% Écart des conditions de rémunération, incluant salaires et bénéfices

*Incluent les surveillants des services postaux, les messagers, les expéditeurs, camionneurs, commis de bureau, etc.

Source: Regard sur les salaires, étude menée par la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.