Contrairement à ce que l'histoire politique fédérale nous a habitués, le budget que présentera le ministre des Finances Jim Flaherty aujourd'hui sera électoraliste, sans pourtant multiplier les mesures de saupoudrage.

Publié le 22 mars 2011
Rudy Le Cours LA PRESSE

Le gouvernement conservateur dispose d'un atout solide pour soutenir qu'il maîtrise les finances publiques, devant l'électorat plutôt que les parlementaires qui s'apprêtent à le renverser.

Le déficit pour l'exercice en cours, qui se termine la semaine prochaine, sera de l'ordre de 40 milliards. Il avait pourtant été revu à la baisse à 45,4 milliards, pas plus tard qu'en novembre.

C'est dire combien l'économie va mieux, ce qui se reflète dans les rentrées fiscales.

En 2009-2010, le déficit avait atteint la somme astronomique de 55,6 milliards, l'équivalent de 3,6% du produit intérieur brut réel (PIB). En étant ramené aux environs de 40 milliards, il ne représentera plus que 2,5% du PIB, en 2010-2011. Aux États-Unis, le déficit budgétaire de l'année en cours équivaut à 10,9% du PIB.

Ce n'est pas tout. Pour l'exercice qui commence le 1er avril, il est probable que le déficit soit plus près des 22 milliards que des 29,8 milliards projetés l'automne dernier, selon les calculs de la Banque TD.

De meilleures perspectives

«Les perspectives fiscales semblent beaucoup plus brillantes que celles présentées dans la mise à jour automnale, affirmaient les économistes Derek Burleton et Sonya Gulati, dans une récente analyse prébudgétaire. Cela est dû à un point de départ plus reluisant.»

La croissance économique s'est nettement redressée durant l'automne avec un gain annualisé de 3,3% du produit intérieur brut réel. Les économistes ont depuis révisé leur scénario. Ils s'attendent à une expansion robuste au cours du premier trimestre à partir duquel sera lancée la prochaine année financière.

Hier encore, Desjardins a annoncé porter sa prévision de croissance réelle de l'économie de 2,5% à 2,8% en 2011.

Croissance sous-évaluée

La croissance réelle est mesurée en dollars constants qui reflètent mieux les variations de volumes de production, mais l'assiette financière est évaluée en dollars courants ou nominaux.

Ottawa a beaucoup sous-évalué la croissance de son assiette fiscale, estiment les économistes. Ses projections de revenus sont basées sur un gain de 4,6% du PIB nominal, alors que TD le fixe plutôt à hauteur de 5,9%.

Selon les calculs des fonctionnaires fédéraux, une variation d'un point de pourcentage du PIB nominal entraîne une fluctuation de 1,3 milliard la première année et de 1 milliard la deuxième.

Pour l'année financière en cours, Ottawa a en outre bénéficié de deux postes extraordinaires qui gonflent ses coffres d'environ 1 milliard. L'inscription en Bourse de la nouvelle General Motors lui a rapporté environ 600 millions alors que le règlement d'un différend fiscal avec Daimler devrait lui assurer la différence.

Mesures ciblées

Bien sûr, du côté des dépenses, M. Flaherty aura le loisir d'annoncer quelques nouvelles mesures susceptibles de séduire des clientèles bien ciblées. Sa volonté maintes fois affirmée de limiter la croissance des dépenses de programmes (l'ensemble des dépenses à l'exception du service de la dette) à 1,1% d'ici au retour à l'équilibre budgétaire limite cependant sa marge de manoeuvre.

Cela sera assez facile en 2011 et 2012 avec l'épuisement des mesures adoptées dans le plan de relance de 2008-2009.

Ottawa pourrait aussi choisir de renoncer à sa baisse du taux d'imposition des sociétés, de 16,5% à 15% à compter du premier janvier 2012, comme l'en enjoignent la majorité des membres de l'Association des économistes du Québec. L'ASDEQ a rappelé la semaine dernière que le taux actuel est déjà parmi les plus faibles de l'OCDE.

Toutefois, le premier ministre Stephen Harper a réitéré à plusieurs reprises sa volonté d'aller de l'avant, ce qui l'assure d'un vote d'opposition au budget par la députation libérale.

Ottawa n'a pas non plus budgété la compensation de 2,2 milliards réclamée par Québec pour avoir harmonisé sa taxe de vente provinciale à la taxe fédérale sur les produits et les services.

Il ne l'avait d'ailleurs pas fait quand il a compensé l'Ontario et la Colombie-Britannique.

Fort impopulaire, cette harmonisation, qui entraîne la taxation des services et pas seulement des biens, est devenue un enjeu électoral dans la province pacifique. Y renoncer obligerait la Colombie-Britannique à remettre la compensation de 1,6 milliard reçue, de quoi financer en bonne partie celle du Québec avec qui une entente serait imminente.