Juin ou juillet? C'est la question qui divise les économistes et les investisseurs sur les marchés monétaires et obligataires.

Rudy Le Cours LA PRESSE

Personne ne doute que la Banque du Canada reconduira demain son taux directeur à son niveau plancher de 0,25% en place depuis le 21 avril 2009.Il y en a de plus en plus, cependant, qui se demandent si les autorités monétaires répéteront que le taux cible de financement à un jour restera à 0,25% jusqu'à la fin du trimestre «sous réserve des perspectives actuelles concernant l'inflation».

La croissance économique et les pressions inflationnistes sont beaucoup plus fortes que ne le prévoyaient la Banque et l'ensemble des prévisionnistes en janvier, où remontent leurs dernières prévisions.

Voilà pourquoi les marchés accordent une probabilité de 42% à un premier tour de vis dès le 1er juin. Une hausse le 20 juillet est perçue comme une certitude et 62% des parieurs misent sur un taux déjà hissé à 0,75% à cette date.

Le mouvement à la hausse ne devrait pas s'arrêter là, si on prête foi aux délibérations du comité fantôme de politique monétaire qu'anime l'Institut C.D. Howe de Toronto.

Le plus prudent de ses 10 membres s'attend à ce que le taux cible soit rendu à 1,5% dans 12 mois, le plus audacieux à 3,25%, la médiane étant à 2,5%.

Les experts s'attendent tous, par ailleurs, à ce que la Réserve fédérale américaine reste en touche au moins jusqu'à tard à l'automne, voire jusqu'en 2011.

Huard dopé

Dans tous les cas de figure, le huard s'en trouve dopé, ce qui devrait en principe contenir les pressions inflationnistes et permettre à la Banque du Canada de gagner un peu de temps.

Par un curieux concours de circonstances, son Conseil de direction doit rendre sa décision trois jours avant que Statistique Canada ne dévoile les variations de l'Indice des prix à la consommation (IPC), en mars. En février, le rythme annuel d'inflation s'établissait à 1,6%, mais à 2,1% quand on exclut les éléments les plus volatiles de l'IPC comme l'essence ou les fruits et les légumes.

Si les experts s'attendent à un léger repli en mars, compte tenu de facteurs exceptionnels qui ont poussé l'IPC de référence en février, ils s'étonnent aussi de sa relative robustesse, en considérant l'écart de production qui subsiste en principe dans l'économie. Cet écart, très difficile à quantifier avec précision, est censé mesurer la différence entre la croissance réelle et potentielle de l'économie à un taux d'inflation de 2,0%.

La Banque jugeait en janvier que cet écart serait comblé durant l'été 2011. Cependant, la solide performance de l'économie pendant l'automne - et sans doute aussi durant l'hiver - expliquerait, aux yeux de plusieurs, la résistance de l'inflation qu'on n'observe pas au sud de la frontière.

Si tel est le cas, la Banque devra augmenter le taux directeur avec assiduité pour contenir les pressions sur les prix qui ne pourront qu'amplifier. Voilà pourquoi l'hypothèse du 1er juin trouve de plus en plus d'adeptes.

La Banque pourrait néanmoins choisir de cacher son jeu jusqu'au 1er juin. Elle aura alors pu prendre connaissance des données de l'inflation de mars et d'avril ainsi que de la croissance du premier trimestre.

Avec toutes ces données en main, elle aurait toute l'argumentation nécessaire pour expliquer qu'une hausse hâtive est nécessaire, si les perspectives d'inflation ont vraiment changé. Elle ne les a pas encore.