L'échance pour compléter sa déclaration de revenus approche à grand pas. Une période stressante pour les contribuables... et leurs comptables.

Louise Leduc LA PRESSE

«J'ai tout le temps peur que mon comptable me chicane, mais j'ai de la chance: il ne me juge jamais et il demeure stoïque en toutes circonstances.»

Y compris quand Nathalie, une professionnelle de haut vol, arrive avec tous ses papiers dans un sac de plastique. Ou qu'elle se rappelle à son bon souvenir, après une bonne crise d'angoisse fiscale et deux ans d'impôts impayés.

«Je m'en remets totalement à lui, dit Nathalie. Je veux ici rendre hommage à mon comptable. Il a beaucoup de mérite... et sans doute aussi d'excellents stagiaires!»

Les comptables savent bien que leurs clients se gardent un jardin secret mais il y a de ces choses qui ne se cachent pas. Josée – une comptable qui demande l'anonymat – signale que dès qu'elle ouvre les enveloppes (ou les boîtes de souliers), elle sait lesquels de ses clients sont des fumeurs invétérés. «L'odeur des papiers ne ment pas».

Elle sait aussi lesquels de ses clients entretiennent une relation de longue date avec leur psy et ceux, aussi, «qui pensent que le gouvernement est assez bon pour leur permettre de déduire leur épicerie, les livres d'école de leur enfant!»

Mais jamais Josée n'a-t-elle été aussi surprise que la fois où une cliente lui a remis deux T4: l'un confirmant un revenu de 200 000$, l'autre, de 400 000$. Il y avait clairement erreur, mais lequel des deux T4 était le bon? Quel était son vrai revenu? La cliente n'en avait pas la moindre idée et elle a dû contacter son employeur. «C'est sûr que ce n'est pas 200 000$ de plus ou de moins qui fait une différence dans un budget, n'est-ce pas?» ironise Josée.

À tous ceux qui se sentent coupables et démunis face à l'hydre fiscal – comme cet homme qui s'est pointé chez H&R Block après ne pas avoir payé d'impôt depuis 11 ans – voici de quoi vous consoler.

Josée, notre comptable 007, nous confie qu'à son bureau, au moins 15% de ses collègues produisent leur déclaration d'impôt bien après la date limite du 30 avril. «On est dans le jus en mars et en avril, alors on met de côté notre propre déclaration et celle de notre conjoint. Moi, ça fait au moins deux ans que je fais la mienne autour des mois de décembre, voire au mois de janvier de l'année suivante, et je ne suis pas la seule au bureau!»

Claude Morissette, consultant en comptabilité, offre un service plutôt personnalisé. Quand il n'a aucune nouvelle de ses clients – souvent les mêmes retardataires d'année en année – il se rappelle à leur bon souvenir une semaine avant l'échéance du 30 avril.

«J'en ai quelques-uns qui me disent d'année en année: Claude, je te le dis, là, cette année, c'est la dernière fois que je paye des pénalités!»

«Ce n'est jamais idéal d'attendre à la dernière minute, poursuit M. Morissette. Pour le comptable, c'est très stressant, d'autant qu'il a sa saison des impôts dans le corps. Mais surtout, quand on est trop à la dernière minute, on risque de ne pas réussir à envoyer électroniquement les rapports d'impôts. Dans les derniers jours, il arrive que les systèmes informatiques des gouvernements soient complètement embourbés.»

Dans la vie, il n'y a pas que des désordonnés qui envoient tout en quatre temps parce qu'ils ont toujours oublié quelque formulaire les trois premières fois. Il y a aussi leurs contraires: les ultra-ordonnés – ceux qui ne jurent que par les post-it, les broches et les trombones. Et ceux-là ne sont pas toujours plus reposants.

«Certains sont très pressés d'avoir leur remboursement d'impôt et ils veulent avoir tout complété dès le début mars, alors qu'ils n'ont même pas encore reçu tous leurs papiers», raconte M. Morissette.

Période stressante pour les contribuables, que la saison des impôts. Comme le disait l'écrivain français Frédéric Dard, «c'est au moment de payer ses impôts qu'on s'aperçoit qu'on n'a pas les moyens de s'offrir l'argent que l'on gagne».

Période stressante pour les comptables, aussi, assure Claude Morissette. «Moi, je dis qu'à chaque année, en mars et en avril, je réduis de deux mois mon espérance de vie.»