Le «dépeçage» forcé d'actifs se poursuit chez Intrawest, qui tente de calmer ses créanciers qui la menacent de saisie et de vente aux enchères d'ici un mois.

Martin Vallières
Martin Vallières LA PRESSE

Pour la deuxième fois en quelques semaines, l'entreprise, qui gère notamment les stations Tremblant, au Québec, et Whistler-Blackcomb près de Vancouver, hôtesse olympique le mois prochain, revend une station de ski dans le but de se renflouer financièrement.

En novembre dernier, Intrawest a vendu la station Copper Mountain, au Colorado, malgré les propos contraires de son président quelques semaines auparavant.

Cette fois, Intrawest se départ de Panorama Mountain, station d'envergure moyenne située dans les Rocheuses, près de la frontière entre la Colombie-Britannique et l'Alberta.

Cette transaction intervenue avec des investisseurs régionaux à Panorama a été confirmée en après-midi hier par Intrawest, sans qu'en soit divulgué le montant.

Menace de recours

Mais surtout, cette revente survient une semaine après que les principaux créanciers d'Intrawest et de son propriétaire, la société américaine Fortress Investments, l'eurent menacée de recours qui pourraient mener à une vente aux enchères d'Intrawest, dès le 19 février prochain à New York.

Parmi l'actif ciblé par la menace des créanciers, on compte une quinzaine de propriétés de villégiature aux États-Unis et au Canada, dont les stations de ski Tremblant et Whistler-Blackcomb.

Dans ce dernier cas, une vente aux enchères d'Intrawest, propriétaire exploitant de la station, aurait lieu en plein durant les épreuves olympiques du mois prochain.

La menace des créanciers d'Intrawest et de Fortress avait d'ailleurs semé l'émoi la semaine dernière à Vancouver, lors des derniers préparatifs d'accueil des Jeux.

Les dirigeants du comité organisateur des Jeux ont dû vite se faire rassurants en affirmant que la tenue des épreuves de descente à Whistler n'était pas compromise par la dispute entre Intrawest et ses créanciers, en raison des protocoles de prise en charge complète de la station déjà établis pour la durée des Jeux.

N'empêche. La deuxième revente d'une station de ski annoncée hier par Intrawest ne manquera pas d'alimenter les doutes sur le sort des autres stations de son actif. En particulier à Mont-Tremblant, le moteur touristique des Laurentides dans le nord de Montréal, où la récession a déjà ralenti considérablement les prochaines étapes de croissance.

Et ce, en dépit de l'ouverture en juin dernier d'un casino aménagé au coût d'une soixantaine de millions par Loto-Québec.

D'ailleurs, La Presse Affaires a révélé il y a quelques jours qu'une autre société d'État, Investissement Québec, a bloqué une subvention de 32 millions offerte à Intrawest depuis deux ans, pour ses prochains projets à Mont-Tremblant.

Aussi, Investissement Québec a dû inscrire à ses livres comptables des pertes de 19 millions sur les prêts de 21 millions en tout consentis à Intrawest au cours des années 90.

Ces prêts sont échus depuis trois ans, et toujours sans remboursement de la part d'Intrawest.

Défaut de paiement

La situation de crise financière entre Intrawest, son propriétaire Fortress et leurs créanciers découle d'un défaut de paiement de 524 millions US survenu en décembre dernier.

Ce paiement devait être le règlement final de prêts totalisant 1,5 milliard US qui avaient été consentis lors du rachat par endettement d'Intrawest par Fortress Investments en 2006, pour la somme de 2,8 milliards US.

Depuis, la crise financière de 2008 et la récession qui a suivi ont frappé fort chez Intrawest et Fortress, tant au niveau des revenus des propriétés de villégiature que des coûts de refinancement.

D'ailleurs, Fortress Investments a été forcée de déprécier considérablement la valeur attribuée à son actif en capital-actions d'Intrawest.

Selon l'agence Bloomberg, cette valeur serait maintenant presque nulle. Dans un tel cas, Fortress pourrait décider de pousser Intrawest en protection de faillite par le tribunal, de façon à retarder sinon bloquer tout autre recours par ses créanciers.