General Motors (GM) s'est choisi une nouvelle patronne, Mary Barra, première femme à diriger numéro un américain de l'auto et, plus généralement, un grand nom du secteur dans le monde.

Mis à jour le 10 déc. 2013
Veronique DUPONT AGENCE FRANCE-PRESSE

«C'est un jour historique pour General Motors et pour l'automobile», a commenté Michelle Krebs, analyste du site spécialisé Edmunds.com.

Mme Barra, 51 ans et 33 ans de maison, est actuellement vice-présidente du développement mondial des produits et de l'approvisionnement. Elle succédera à Dan Akerson, 65 ans, à partir du 15 janvier.

M. Akerson a indiqué lors d'une conférence de presse téléphonique qu'il comptait initialement partir au deuxième semestre 2014, mais qu'il avait avancé son départ pour être aux côtés de sa femme, atteinte d'un cancer.

Il était directeur général de GM depuis septembre 2010 et PDG depuis le 1er janvier 2011.

Il était entré au conseil d'administration (CA) en juillet 2009 comme représentant du Trésor américain, au moment du dépôt de bilan du constructeur et de sa restructuration sous l'égide de l'Etat, qui a injecté près de 50 milliards de dollars d'aides pour l'aider à surmonter une grave crise du secteur automobile.

M. Akerson a notamment supervisé le retour en Bourse réussi du groupe en novembre 2010. L'action GM a longtemps coté sous son prix de retour en Bourse de 38,00 dollars mais elle valait mardi 40,56 dollars vers 12 h 40 (-0,83%), proche de son sommet depuis cinq ans.

Après avoir accumulé des pertes abyssales les années précédentes, GM est revenu aux bénéfices en 2010, tiré par l'Amérique du Nord même si l'Europe, son talon d'Achille, reste largement dans le rouge.

Signe de son redressement, GM a également tourné la page douloureuse de la tutelle de l'État, qui lui avait valu le surnom de «Government Motors»: lundi, le Trésor a annoncé qu'il avait vendu le restant de sa part dans le constructeur, soldant un investissement qui a coûté 10 milliards de dollars au contribuable américain.

«Je vais partir avec une grande satisfaction pour ce que nous avons accompli, beaucoup d'optimisme sur ce qui attend (la société) et une grande fierté d'avoir permis à General Motors de retrouver sa place de porte-drapeau de l'Amérique sur le marché automobile mondial», a commenté M. Akerson.

L'expérience qu'il faut

«Avec un portefeuille de voitures et de véhicules lourds superbe et l'une des meilleures performances financières de notre histoire récente, c'est un moment excitant chez GM», a renchéri Mary Barra.

Contrairement à M. Akerson, venu du fonds d'investissement Carlyle après la crise financière, Mme Barra est issue du sérail.

«Elle fait partie de ceux et celles qui ont mené le redressement du groupe, la revitalisation de ses produits», précise le communiqué de GM.

Cette brune auburn aux longs cheveux et au large sourire, mariée et mère de deux enfants, a grimpé les tous les échelons: «elle a travaillé en usine, dirigé des usines puis la partie la plus complexe de notre activité, le développement de produits et la gestion de l'approvisionnement dans le monde», a énuméré M. Akerson.

Ingénieure de formation, elle est titulaire d'un MBA de la prestigieuse université californienne de Stanford.

«Elle a l'expérience qu'il faut» pour prendre la tête de GM, estime Michelle Krebs, pour qui Mme Barra était la candidate la mieux placée pour succéder à M. Akerson.

Ce dernier a affirmé lors de la conférence téléphonique que la vision de GM comme un «boys' club» était «datée»: «25% de nos usines sont gérées par des femmes, nous avons 4 femmes à notre CA» et des femmes «au comité de direction».

«Mary Barra n'a pas été choisie pour faire 'politiquement correct'« mais parce qu'elle est «probablement l'un des dirigeants les plus talentueux que j'ai jamais rencontrés», a-t-il insisté.

«Elle est très appréciée» et son choix a été décidé «à l'unanimité» par le CA, a-t-il affirmé.

Il a justifié la nomination d'un président du conseil d'administration alors que lui-même occupait les fonctions de directeur général et de président du CA par le fait que le groupe avait souhaité «enlever un peu du poids» de la tâche qui incombera à Mme Barra.

Elle devra notamment finir le redressement en Europe et réduire encore les coûts.