Les dirigeants de Toyota ont fait un mea-culpa officiel, hier, en affrontant les critiques et les questions des parlementaires américains à l'orée de deux jours d'auditions sur les défaillances techniques des voitures du constructeur japonais. L'exercice s'annonce particulièrement difficile pour le PDG, Akio Toyoda, un homme discret et timide qui a été propulsé à la tête du conglomérat fondé par son grand-père.

Mis à jour le 24 févr. 2010
Richard Hétu, collaboration spéciale
Richard Hétu, collaboration spéciale LA PRESSE

Au moment même où le PDG de Toyota diffusait le texte du mea-culpa qu'il doit prononcer aujourd'hui devant une commission du Congrès, la conductrice d'une Lexus racontait aux membres d'une autre commission son expérience horrifiante au volant de son véhicule dont elle n'aura réussi à arrêter la course folle qu'au bout de 9 km parcourus à 160 km/h.

«Honte à vous, Toyota, pour avoir été si avare et honte à la NHTSA pour ne pas avoir fait votre travail», a lancé Rhonda Smith en utilisant le sigle de l'agence de sécurité routière américaine.

La déclaration d'Akio Toyoda, qui attribue à la croissance trop rapide de son groupe les problèmes de sécurité auxquels celui-ci fait face, et le témoignage de Rhonda Smith ont représenté deux des faits marquants de la première des deux journées d'auditions du Congrès américain sur les rappels massifs de Toyota.

Les audiences d'hier ont également permis aux parlementaires américains de critiquer la façon dont Toyota a géré la crise ainsi que d'exprimer leur scepticisme face aux explications du constructeur sur la cause des problèmes d'accélération soudaine à l'origine de la majorité des rappels.

Quant au directeur de l'exploitation de Toyota aux États-Unis, Jim Lentz, il a reconnu lors de son audition que tous les rappels de son groupe - plus de 8 millions de véhicules dans le monde et plus de 6 millions aux États-Unis - pourraient ne pas avoir réglé une fois pour toutes le problème des accélérations involontaires.

«Nous sommes vigilants et nous continuons à examiner toutes les causes possibles», a-t-il déclaré devant la commission de l'Énergie et du Commerce de la Chambre des représentants.

Audition très attendue

Le mea-culpa d'Akio Toyoda doit intervenir au début de son audition très attendue devant la commission de la Surveillance et de la Réforme gouvernementale de la Chambre des représentants.

«Je crains que le rythme auquel nous avons grandi ait été trop rapide, affirme-t-il dans le texte du discours qu'il doit prononcer aujourd'hui. Nos priorités se sont embrouillées et nous n'avons pas pris le temps de réfléchir afin d'apporter les améliorations voulues comme nous le faisions par le passé.»

«Je déplore que cela ait débouché sur les problèmes de sécurité décrits dans les rappels auxquels nous faisons face aujourd'hui et je suis profondément désolé pour tout accident qu'auraient subi des conducteurs de Toyota», ajoute le petit-fils du fondateur du constructeur japonais, qui présentera ses condoléances à la famille Saylor, impliquée dans un accident de la route ayant coûté la vie à quatre de ses membres l'automne dernier à San Diego.

Le PDG de Toyota poursuit son mea-culpa en assurant qu'il a redonné la priorité à la qualité des véhicules plutôt qu'aux volumes de production depuis son accession à la tête du groupe en juin dernier.

Il reste à savoir si son discours amadouera les parlementaires américains. Hier, le président de la commission de l'Énergie et du Commerce de la Chambre des représentants, Henry Waxman, s'est dit «déçu par la réaction de Toyota aux problèmes d'accélérations involontaires», précisant que «les plaintes des consommateurs doivent être prises au sérieux». Il a également déploré le fait que «ni Toyota ni le gouvernement ne se soient penchés sérieusement sur le fait que des dysfonctionnements électroniques pourraient être à l'origine» des accélérations soudaines.

«La NHTSA n'a même pas d'ingénieur en électronique» dans ses effectifs, a-t-il dénoncé.

Malgré les témoignages de deux experts en électronique contredisant Toyota, Jim Lentz, directeur de l'exploitation du groupe aux États-Unis, a répété que des problèmes de tapis de sol ou de pédales se coinçant étaient la cause des accélérations involontaires.

Il a précisé que le constructeur préparait l'installation d'un nouveau système de freinage qui permettra aux conducteurs de presque tous les véhicules Toyota de surmonter tout problème lié à la pédale d'accélérateur.

Dans le texte qu'il a lu au début de son audition, Jim Lentz a présenté des excuses au public.

«Pour le dire simplement, nous avons mis trop de temps à prendre en compte un rare mais sérieux ensemble de problèmes de sécurité, malgré tous les efforts que nous avons déployés de bonne foi», a-t-il déclaré.

«Nous reconnaissons ces erreurs, nous nous en excusons et nous avons appris de ces erreurs», a-t-il ajouté.