Le constructeur allemand Daimler a choqué les marchés après avoir annoncé jeudi une lourde perte en 2009, année «exceptionnellement mauvaise» pour les ventes de voitures haut de gamme Mercedes et de camions.

Mis à jour le 18 févr. 2010
François Becker AGENCE FRANCE-PRESSE

Daimler espère se reprendre en 2010, et son patron Dieter Zetsche a annoncé qu'il tablait, malgré «un environnement difficile», sur un bénéfice Ebit de plus de 2,3 milliards d'euros (contre une perte Ebit d'1,5 milliard en 2009).

Cela n'a pas suffi à rassurer les investisseurs, très déçus par les résultats financiers du groupe, qui ont aussi sanctionné l'absence de dividende en 2009. Vers 10h40, l'action Daimler chutait de 6,3% à 30,95 euros, dans un indice Dax en hausse de 0,35%.

L'année 2009 a été «une année exceptionnellement mauvaise pour l'économie, pour l'automobile et pour Daimler», s'est justifié M. Zetsche. Le chiffre d'affaires du groupe a reculé de 20% et il a inscrit une perte nette de 2,6 milliards d'euros, contre un bénéfice net de 1,4 milliard l'année précédente.

«Le recul du résultat est avant tout à relier aux baisses des ventes, mais aussi à la concurrence renforcée et à la baisse des prix sur le marché», a-t-il résumé.

«Daimler a déçu, car il fait moins bien que les autres constructeurs automobiles», estime pour sa part Frank Schwope, de NordLB.

Dans les voitures haut de gamme, Daimler recule plus que le numéro un BMW, qui a limité la baisse de son chiffre d'affaires à 4,7% en 2009, et fera «certainement moins bien» qu'Audi, qui n'a pas encore annoncé ses chiffres, mais l'a délogé de la deuxième marche du podium en janvier, indique l'expert à l'AFP.

Les ventes de voitures particulières se sont reprises chez Daimler au deuxième semestre, mais n'ont pas pu effacer le recul enregistré au pire de la crise. La branche accuse une perte Ebit de 500 millions d'euros.

Les camions, dont Daimler est le premier constructeur mondial, ont pour leur part battu en retraite: ventes en baisse de 36% sur l'année, et un milliard d'euros de déficit d'exploitation.

Là aussi, «Daimler fait moins bien que son concurrent MAN», juge M. Schwope.

Les bus (-12%) et les petits utilitaires (-34%) n'ont pas non plus brillé.

Tous les marchés ont souffert, à l'exception de la Chine. Las, le premier marché automobile mondial ne représente que 6% des ventes de Daimler, bien plus dépendant des États-Unis, encore convalescents, que ses concurrents.

Le constructeur de Stuttgart a également dû compter avec des éléments exceptionnels: 340 millions pour finir de restructurer ses activités de camions au Japon (Fuso Trucks) et aux États-Unis, et 294 millions pour achever sa séparation d'avec Chrysler, notamment.

Daimler s'en remet désormais au «succès des nouveaux modèles sur le marché» avec notamment la montée en puissance de la nouvelle génération de la limousine Classe E, et à «une reprise modérée des principaux marchés».

Mais les prévisions sont «optimistes», selon M. Schwope. «Le groupe a un problème de modèles. Les voitures du numéro un BMW sont moins polluantes, et celles d'Audi sont considérées comme supérieures pour le design», juge-t-il.

Daimler, trop petit, ne peut pas non plus compter sur les économies d'échelle d'Audi, qui s'appuie sur sa maison-mère Volkswagen.

M. Zetsche a répété qu'il comptait conclure une coopération sur certains modèles au premier semestre, et discute notamment avec Renault.

Il pourrait aussi intensifier sa restructuration, après avoir économisé 5,3 milliards d'euros en 2009. Il a récemment fait rappeler au directoire Wolfgang Bernhard, un spécialiste des réductions de coûts.