Le dépôt de bilan de General Motors (gm) signifie la fin d'un rêve pour les ouvriers américains, celui d'un emploi à vie et d'un accès garanti au confort de la classe moyenne.

«GM, c'était la belle vie», résume Gary Chaison, professeur de relations du travail à l'Université Clark. «Il y a avait une sorte de contrat social: on travaillait dur et on était récompensé par la sécurité de l'emploi et un bon salaire».

Un job en or pour l'ouvrier américain, qui avait en plus toutes les chances d'en faire profiter ses enfants. L'emploi chez GM «se transmettait par héritage», observe M. Chaison.

A Detroit, berceau de l'automobile américaine, comme dans tout le Middle West, la réussite de GM, premier constructeur mondial pendant 77 ans, a diffusé la prospérité via une multitude d'usines, de sous-traitants, de garages et concessionnaires.

Au passage, le syndicat United Auto Workers Union (UAW) parvenait à négocier une grille de salaires suffisamment élevés pour permettre aux salariés de devenir propriétaires, de s'offrir une maison de campagne ou un bateau et de partir en vacances au volant d'une voiture achetée à prix réduit.

Point crucial aux États-Unis: l'assurance maladie était prise en charge par l'employeur et la pension de retraite garantie.

Mais le rêve s'est fissuré à partir des années 1980, lorsque GM a commencé à délocaliser ses usines vers le Mexique et l'Asie. Des villes entières, comme Flint, non loin de Detroit, ont dépéri, alignant les maisons abandonnées et les commerces vides.

De 440 000 salariés aux États-Unis en 1981, les effectifs tombaient à 62 000 employés syndiqués en 2008. Le dernier plan de restructuration en préparation annonce une nouvelle réduction à 38 000 postes en 2011.

Mais même alors que les usines fermaient leurs portes, les ouvriers ont pu conserver leurs salaires et leurs avantages jusqu'en 2005, lorsque le syndicat a accepté de réduire de moitié les salaires d'embauche, de voir baisser les retraites et même d'abandonner le droit de grève jusqu'en 2015.

«Ca aurait pu être pire», confie Doug Bowman, président de la section de l'UAW à Pontiac, près de Detroit. Employé depuis 30 ans, ce syndicaliste a vu les effectifs de son usine de poids lourds passer de 14 000 à la fin des années 1970 à un millier actuellement.

Doug s'inquiète de savoir si son usine va figurer sur la liste des 14 sites promis à la fermeture dans le cadre du plan de redressement. Mais il s'est résigné aux concessions que les salariés ont dû consentir.

«Ce que je regrette, c'est qu'on n'ait pas pu protéger les retraités», reconnaît-il.

«On n'a pas le choix», ajoute Jim Hall, un de ses collègues. «Nous sommes obligés d'accepter ces concessions pour aider l'entreprise à survivre», dit-il, espérant que GM renoue un jour avec les bénéfices et avec une politique sociale plus généreuse.

Mais même si un nouveau GM plus dynamique voit le jour, le syndicat automobile, qui devrait détenir une part non négligeable du nouvel ensemble, n'aura plus la faculté d'influencer le paysage social du pays comme il l'a fait pendant des décennies.

«Une époque s'achève», observe Harley Shaiken, expert en questions sociales à l'Université de Californie à Berkeley. «Nous avançons en terre inconnue.»