Les travailleurs canadiens de l'automobile devront faire d'autres concessions importantes pour assurer la survie à long terme de General Motors Canada et de Chrysler Canada, estime le ministre de l'Industrie, Tony Clement.

Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

M. Clement a lancé cet avertissement hier après avoir confirmé que les gouvernements canadien et ontarien avaient rejeté les plans de restructuration soumis récemment par les filiales canadiennes des deux sociétés afin d'obtenir une aide gouvernementale totalisant 4 milliards de dollars.

 

Ce faisant, Ottawa et l'Ontario ont emboîté le pas à l'administration de Barack Obama qui a aussi jugé insuffisants les plans de restructuration que lui ont remis les constructeurs américains GM et Chrysler pour recevoir l'aide du gouvernement des États-Unis.

En conférence de presse à Ottawa, hier, le ministre Clement a aussi affirmé que les gouvernements canadien et ontarien imposaient les mêmes conditions aux constructeurs de l'automobile que les autorités américaines.

Ainsi, Ottawa et Washington exigent des deux constructeurs en difficulté des nouveaux plans de restructuration avant d'obtenir toute aide gouvernementale.

Chrysler se voit donc ordonner de conclure d'ici 30 jours une entente avec Fiat permettant au groupe italien de prendre le contrôle de 35% de Chrysler.

Au Canada, Chrysler doit aussi négocier une nouvelle entente avec le Syndicat canadien des travailleurs automobiles (SCTA) afin de réduire ses coûts de production. Les négociations entre les deux parties sont au point mort depuis quelques jours.

Quant à GM, l'entreprise dispose d'un délai de 60 jours pour mettre la dernière touche à un plan de restructuration convenable aux autorités canadiennes et américaines.

«De concert avec nos homologues américains, nous avons établi que les deux sociétés devaient apporter d'autres changements fondamentaux. Les sociétés doivent démontrer qu'elles pourront être concurrentielles dans les années à venir et que tous les intervenants contribueront de façon appropriée à l'amélioration de la structure générale de leurs coûts», a dit le ministre Clement.

Le rejet des plans de restructuration a provoqué une chute des marchés boursiers nord-américains hier. Et tout indique que l'industrie automobile n'est pas au bout de ses peines. Une étude publiée hier par la Banque Scotia prévoit une diminution de 16% des ventes de véhicules au pays en 2009.

Flanqué du ministre des Finances, Jim Flaherty, et du ministre de du Développement économique de l'Ontario, Michael Bryant, Tony Clement a soutenu que les gouvernements canadien et ontarien sont toujours prêts à accorder une aide financière remboursable aux deux constructeurs à hauteur de 4 milliards de dollars en tout.

Cette aide gouvernementale avait été annoncée en décembre dernier par le premier ministre, Stephen Harper, et son homologue ontarien, Dalton McGuinty, mais les deux sociétés n'ont toujours pas mis sur la table des plans de restructuration acceptables pour le gouvernement fédéral et la province de l'Ontario. La somme promise n'a donc toujours pas été versée.

En vertu de ce plan, GM, qui emploie 15 000 personnes au Canada, pourra obtenir 3 milliards de dollars et Chrysler 1 milliard. Toutefois, Chrysler, qui emploie 9400 personnes au pays, a obtenu hier une tranche de 250 millions afin de pouvoir payer ses travailleurs. Sans cette aide immédiate, Chrysler aurait été contrainte de déclarer faillite d'une manière «désordonnée», a soutenu le ministre Clement en conférence de presse.

Le ministre a tenu à rappeler que GM ou Chrysler ne pourront utiliser l'argent des contribuables pour rembourser des dettes, pour payer leurs impôts ou offrir des primes alléchantes aux dirigeants. En outre, les deux constructeurs doivent produire des rapports détaillés sur leurs transactions qui dépassent 125 millions de dollars.

«Il est évident que les constructeurs d'automobiles seront des entreprises complètement différentes une fois que la restructuration sera terminée, a affirmé Tony Clement. Mais en même temps, cette crise représente une excellente occasion de produire des véhicules du XXIe siècle qui vont répondre aux besoins du marché».

Le président du SCTA, Ken Lewenza, a répliqué à ces nouveaux rebondissements en affirmant que le syndicat qu'il dirige n'a pas l'intention de renégocier l'entente avec GM malgré les pressions du gouvernement canadien. Il s'est toutefois dit prêt à reprendre le dialogue avec Chrysler.

Il a aussi affirmé que les 250 millions obtenus par Chrysler hier ne serviront pas seulement à payer les salaires des travailleurs, mais à payer aussi des fournisseurs. Selon lui, la faillite d'un des constructeurs pourrait transformer «une récession en une dépression».