Le président des Industries Lassonde, qui fabrique les jus Oasis, Rougemont et Del Monte, craint que la population souffre de carences nutritionnelles advenant une baisse significative de la consommation de jus.

Marie-Eve Fournier LA PRESSE

Le jus de fruits n'a jamais eu si mauvaise presse.

Ces derniers mois, sur diverses tribunes, il a été accusé d'être aussi sucré que le Pepsi et le 7Up, et de provoquer l'obésité des enfants. Des experts en nutrition et d'autres professionnels de la santé suggèrent donc de réduire considérablement sa consommation.

Ces propos inquiètent-ils Jean Gattuso, président et chef de l'exploitation de Lassonde, dont 80 % des revenus (de 1,45 milliard) proviennent des jus de fruits ?

« On est le plus grand fournisseur de vitamine C et de potassium au Canada, a-t-il répondu à La Presse, après avoir donné une conférence aux membres du Cercle finance et placement du Québec (CFPQ).

« Quand je presse des fruits, je presse des fruits. Le débat c'est ça, la consommation de sucre. Nous, nos produits viennent de la nature. Le sucre dans le fruit est naturel. Ce que les gens ont tendance à oublier, ce sont toutes les valeurs nutritives dans les jus [...] Il faut regarder ce qu'il y a dans le jus au complet. »

OTTAWA « N'IRAIT PAS DANS LE BON SENS »

Reste qu'une baisse généralisée de la consommation est possible. Surtout si Ottawa retire les jus de fruits de son prochain Guide alimentaire canadien, ce qu'il envisage sérieusement.

« Ça va avoir un impact sur la nutrition, ça peut créer une carence », croit Jean Gattuso, évitant habilement de parler des impacts sur les affaires de l'entreprise qu'il dirige. Cela dit, il croit que le gouvernement fédéral « n'irait pas dans le bon sens » en ne recommandant plus le jus.

Le gouvernement américain, rappelle-t-il, a laissé le jus dans son guide alimentaire. « Ils se sont dit, si on l'enlève, il va y avoir une carence de consommation de fruits, parce qu'une grosse portion des gens ne mange pas de fruits du tout. »

Le dirigeant a insisté sur l'importance de « donner la bonne information aux consommateurs ». Il n'a pas voulu dire s'il trouvait les propos des nutritionnistes exagérés, mais il a affirmé ne pas s'opposer à la tenue d'un débat public. « Il faut voir clair dans toute cette information qui est donnée. »