Agropur: le top 10 mondial dans la ligne de mire

Robert Coallier (à droite), qui est PDG d'Agropur depuis... (PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE)

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Robert Coallier (à droite), qui est PDG d'Agropur depuis février 2012, a occupé des postes de haute direction chez Molson de 2000 à 2005 et chez Dollarama de 2005 à 2009. Chez Molson, il a notamment eu la lourde tâche de diriger les activités brésiliennes, qui étaient si mal en point que le brasseur montréalais s'en est départi en 2006. À gauche, Serge Riendeau, président du conseil d'Agropur.

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Sylvain Larocque
La Presse

Au cours de l'assemblée annuelle d'Agropur, le mois dernier, Robert Coallier a confié son «ambition»: faire de la coopérative laitière québécoise l'un des 10 plus importants acteurs de la planète dans ce secteur. L'affirmation n'est pas passée inaperçue.

«Il y a une différence entre les objectifs et les ambitions, explique le PDG d'Agropur en entrevue avec La Presse Affaires. Les ambitions, ce sont des choses auxquelles il faut aspirer, c'est ce qui nous motive. Après ça, on va voir quels objectifs vont permettre de nous amener là et de combien de temps on va avoir besoin pour les atteindre.»

L'ambition d'Agropur est... ambitieuse! À l'heure actuelle, la coopérative se classe au 21e rang mondial des plus grands transformateurs laitiers du monde.

Son grand rival québécois, Saputo, fait partie du top10. Il ne sera pas facile de gravir les échelons alors que les concurrents grossissent eux aussi.

M. Coallier, qui est PDG d'Agropur depuis février 2012, a occupé des postes de haute direction chez Molson de 2000 à 2005 et chez Dollarama de 2005 à 2009. Chez Molson, il a notamment eu la lourde tâche de diriger les activités brésiliennes, qui étaient si mal en point que le brasseur montréalais s'en est départi en 2006.

Agropur veut accélérer sa croissance, mais une réalité est implacable: l'industrie des produits laitiers est de plus en plus concurrentielle, au Canada comme ailleurs. C'est pourquoi Robert Coallier a lancé, peu de temps après son arrivée, un vaste programme de réduction des coûts. En 2015, 75 millions de dollars devront avoir été retranchés aux dépenses annuelles. Jusqu'ici, près de la moitié de l'objectif a été atteint sans qu'il y ait d'impact notable sur la main-d'oeuvre.

Croître à l'étranger

Une fois sa position concurrentielle renforcée au Canada, Agropur cherchera à accroître sa présence à l'étranger. Le hic, c'est que la coopérative s'est cassé les dents en Argentine, où elle avait acquis en 2007 une participation de 50% dans le groupe régional La Lácteo pour 10 millions. L'an dernier, Agropur a cédé sa part (sans rétribution) à son partenaire Adecoagro, dont l'un des principaux actionnaires est le milliardaire George Soros.

«On s'est aperçus que La Lácteo n'était peut-être pas la bonne plate-forme pour se développer, admet M. Coallier. C'était trop local.»

L'investissement dans La Lácteo avait pourtant permis à Agropur de mettre les pieds dans un pays où le prix du lait est faible et qui peut facilement servir de plate-forme pour l'exportation. La plupart des grands acteurs mondiaux, dont Saputo, y sont d'ailleurs présents.

Pour dénicher de nouvelles occasions d'investissement à l'étranger, Agropur a récemment bonifié son équipe de prospection. La coopérative a aussi acquis, en décembre, la maison de commerce M. Larivée International (MLI), spécialisée dans l'exportation d'ingrédients laitiers. MLI possède une vaste connaissance des marchés internationaux qu'Agropur veut mettre à profit.

Pour les prochaines étapes de son expansion internationale, la coopérative se concentrera d'abord sur les États-Unis, où elle est présente depuis 2002. Les activités américaines comptent aujourd'hui pour 29% des revenus et 67% de la croissance d'Agropur. Le Brésil et l'Australie, où Saputo vient de faire une incursion après maintes tentatives infructueuses, pourraient un jour être dans la ligne de mire de la coopérative.

Le rêve d'une grande fusion

Agropur veut aussi prendre plus de place au Canada. L'an dernier, elle a réalisé une transaction importante en fusionnant avec Farmers Dairy, une coopérative présente en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador. Pour la première fois de son histoire, Agropur compte désormais un représentant de l'extérieur du Québec à son conseil d'administration.

Agropur rêve d'un regroupement semblable avec l'ontarienne Gay Lea, deuxième coopérative laitière en importance au pays. «Si une coopérative veut vendre ses actifs, on va les regarder, affirme Serge Riendeau, président du conseil d'Agropur et producteur laitier à Coaticook, dans les Cantons-de-l'Est. Mais le premier modèle qu'on privilégie, c'est une fusion. De cette façon, il y a plus de propriétaires pour faire grandir l'entreprise.»

Bien sûr, Agropur n'est pas seule sur les rangs. En janvier, Saputo lui a coupé l'herbe sous le pied en mettant la main sur les activités de lait de consommation de la coopérative néo-écossaise Scotsburn pour 61 millions. Agropur ne comprend toujours pas que Scotsburn ne l'ait même pas invitée à présenter une offre.

La transaction a rappelé de douloureux souvenirs aux dirigeants d'Agropur: en 2001, Saputo avait acquis la coopérative Dairyland pour 407 millions, ce qui lui avait permis d'accroître significativement sa présence dans l'Ouest canadien.

«En 2000, les producteurs étaient propriétaires de 50% des usines de transformation laitière, note M. Riendeau. Aujourd'hui, c'est 35%. La beauté des coopératives, c'est que l'argent qu'elles font est redistribué dans toutes les régions où il y a des membres.»

Chose certaine, Agropur continuera de croître par fusions et acquisitions. Au cours de ses 75 ans d'existence, la coopérative en a réalisé pas moins de 135. C'est dans cette perspective que la coopérative a annoncé en décembre la construction d'un nouveau siège social dans l'arrondissement de Saint-Hubert, à Longueuil. Le nouvel immeuble de 85 millions, qui doit être inauguré en 2016, permettra à 600 des 6200 salariés d'Agropur de mieux travailler ensemble, promet la direction.

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AGROPUR EN BREF

> Chiffre d'affaires en 2013: 3,84 milliards

> Excédents (profits) nets en 2013: 54 millions

> Volume de lait traité: 3,3 milliards de litres

> Producteurs membres: 3348

> Usines: 31

> Principales marques: Natrel, Québon, Oka, Iögo, Olympic, Farmers, Sealtest

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LES GÉANTS MONDIAUX DE LA TRANSFORMATION LAITIÈRE

1. Nestlé (société par actions) Suisse

2. Lactalis-Parmalat (société par actions) France

3. Fonterra (coopérative) Nouvelle-Zélande

4. Danone (société par actions) France

5. Friesland-Campina (coopérative) Pays-Bas

6. Dairy Farmers of America (coopérative) États-Unis

7. Dean Foods (société par actions) États-Unis

8. Arla (coopérative) Danemark

9. Kraft Foods (société par actions) États-Unis

10. Saputo (société par actions) Canada

Source: Babcock Institute for International Dairy Research and Development, février 2013




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