Trois ans après le naufrage du projet de terminal portuaire Laurentia, l’idée de la manutention de conteneurs refait surface au Port de Québec. QSL souhaite y manipuler des boîtes métalliques – un chantier qui serait bien différent de celui qui avait été bloqué par Ottawa.

Sans empiétement sur le fleuve, l’entreprise maritime québécoise souhaite réaménager ses installations existantes dans la baie de Beauport. Il y a encore plusieurs étapes à franchir avant d’officialiser le chantier, qui devrait représenter un investissement de 60 millions.

Pour le président et chef de la direction de QSL, Robert Bellisle, ce terminal serait complémentaire aux activités du Port de Montréal, où le tirant d’eau est inférieur à celui – 15 m – des installations portuaires de la Vieille Capitale.

« Si l’on peut alléger les navires à Québec, ils pourront se rendre jusqu’à Montréal et faire la route depuis l’Europe au maximum de leur capacité, explique le gestionnaire, en entrevue. Ce n’est pas le cas pour les porte-conteneurs qui naviguent vers Montréal aujourd’hui. »

M. Bellisle croit que 200 000 conteneurs « équivalents vingt pieds » pourraient chaque année transiter sur ses quais de la baie de Beauport. On est loin du modèle d’affaires du projet Laurentia, qui était mené par le Port de Québec, et de son volume annuel maximal de 700 000 boîtes métalliques.

Plus grand opérateur de terminaux portuaires du Saint-Laurent et des Grands Lacs, QSL est surtout spécialisée dans la manutention de marchandises en vrac, comme le sel et le sucre, ainsi que les marchandises non transportées en conteneurs. Son acquisition de la compagnie montréalaise Arrimage Empire, en 2021, lui a ouvert les portes du marché des porte-conteneurs. Cette transaction a accéléré la réflexion chez QSL vis-à-vis de ses installations de Québec.

Le projet Laurentia visait un autre axe de marché. Ce que l’on vise, c’est de travailler avec les contraintes qui existent quand on va de Québec vers Montréal, et vice versa.

Robert Bellisle, président et chef de la direction de QSL

Oublier Laurentia

En juin 2021, le gouvernement Trudeau avait torpillé Laurentia, qui était dans les cartons du Port de Québec depuis 2015. Ce chantier de 775 millions prévoyait l’ajout d’une ligne de quai en eau profonde de 610 m. Elle aurait empiété sur le site de reproduction du bar rayé, un poisson dont la population a été mise en péril à plus d’une reprise. Les mesures d’atténuation proposées par les promoteurs à l’époque en matière de qualité de l’air et de bruit dans les quartiers résidentiels situés à proximité avaient été jugées insuffisantes par l’Agence d’évaluation d’impact du Canada.

Le président de QSL estime que la conversion d’installations existantes devrait rassurer les autorités fédérales sur la question du bar rayé.

Expert en transport et professeur de gestion des opérations et de la logistique à HEC Montréal, Jacques Roy voit le projet d’un bon œil. Il croit cependant que certains enjeux qui nuisaient à Laurentia risquent de s’inviter à nouveau dans le débat.

« Je comprends que l’ampleur n’est pas la même, mais le trafic de camions pourrait augmenter dans les environs, dit-il. Le bruit et la circulation, c’est là qu’il pourrait y avoir des enjeux. »

Professeur du département de l’administration des entreprises maritimes de l’Université Texas A&M, Jean-Paul Rodrigue estime que QSL vient de trouver une niche intéressante.

« Les compagnies maritimes qui traversent l’Atlantique auraient une plus grande marge d’erreur sur la quantité de conteneurs qu’elles peuvent mettre sur un navire, affirme l’expert. Il peut y avoir un effet de ruissellement local. Quand il y a de nouveaux arrêts offerts, cela peut intéresser des compagnies, par exemple, à songer à un centre de distribution dans les environs. »

Autorisation essentielle

Dans le milieu des affaires, la réflexion de QSL a été accueillie favorablement. Même le Port de Montréal, qui avait exprimé des inquiétudes à l’égard du projet Laurentia, a salué un projet qui « viendra optimiser la complémentarité et la résilience de la chaîne logistique ». L’organisation n’a pas évoqué de répercussions potentielles sur son volume actuel.

En attendant le dépôt d’un avis de projet en bonne et due forme, QSL souhaite voir le gouvernement Trudeau répondre favorablement à sa demande visant à élargir les activités douanières au Port de Québec afin de permettre l’importation et l’exportation de conteneurs.

« Il y a déjà des douaniers, alors on parle ici de rajouter un peu d’effectifs », affirme M. Bellisle, en ajoutant que son entreprise était prête à mettre la main à la pâte pour aménager l’espace nécessaire pour permettre à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) d’effectuer ce travail.

QSL, qui compte la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) parmi ses actionnaires, estime que les signaux en provenance d’Ottawa sont positifs. Vendredi, l’ASFC n’avait pas répondu aux questions de La Presse.

QSL en bref 

Année de fondation : 1978

Siège social : Québec

Président et chef de la direction : Robert Bellisle

Secteurs d’activité : Arrimage, logistique, transport

Effectif : Plus de 2000 employés

Présence géographique : 66 terminaux portuaires au Canada et aux États-Unis

En savoir plus
  • 11,3 m
    Profondeur maximale des navires qui peuvent généralement être accueillis par le Port de Montréal
    Source : administration portuaire de montréal
    1,5 million
    Conteneurs « équivalents vingt pieds » manutentionnés en 2023 à Montréal
    Source : administration portuaire de montréal