Les taux d’intérêt vont demeurer plus élevés pendant plusieurs années encore aux États-Unis, a dit l’économiste en chef d’un important gestionnaire d’actifs new-yorkais de passage à Montréal jeudi soir pour participer à un évènement très couru du secteur financier.

Il y a encore plusieurs trimestres d’expansion économique devant, sinon une ou deux autres années encore, a dit Torsten Slok, associé chez Apollo Global Management. Il est donc clair à son avis qu’il n’y aura pas de récession de sitôt aux États-Unis.

Ce spécialiste des marchés s’exprimait jeudi à l’occasion de la Soirée des prévisions, l’évènement annuel le plus populaire présenté par l’organisme CFA Montréal.

Torsten Slok était l’un des deux invités de marque à ce souper organisé au Palais des congrès de Montréal qui a attiré quelque 850 personnes, pour l’essentiel des professionnels du monde du placement.

La prédiction de Torsten Slok s’appuie notamment sur quatre principaux facteurs considérés comme inflationnistes. La montée de la démondialisation appuyée par l’onshoring (relocalisation de la fabrication en Amérique du Nord), la transition énergétique, les restrictions sur l’immigration et la hausse des dépenses en matière de défense sont tous des éléments, dit-il, qui exercent une pression à la hausse sur l’inflation.

Les taux sont donc appelés à demeurer élevés aux États-Unis non seulement cette année, mais aussi pour les prochaines années.

Torsten Slok précise néanmoins qu’il n’est pas impossible que la Réserve fédérale américaine (Fed) annonce une baisse de taux cette année. Mais ce serait en décembre et pas avant, d’après lui. Il serait très difficile pour la Fed de le faire avant les élections présidentielles de novembre, croit-il.

Torsten Slok tient ce discours alors que la Banque du Canada a abaissé la semaine dernière son taux directeur, un geste imité dès le lendemain par la Banque centrale européenne (BCE).

Tempérer les attentes

L’autre panéliste invitée à la Soirée des prévisions, Karen Karniol-Tambour, a souligné que les banques centrales suivaient leur propre voie et faisaient leurs propres choix avec les répercussions que cela peut avoir sur les devises notamment.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Torsten Slok, économiste en chef et associé chez Apollo Global Management, et Karen Karniol-Tambour, cocheffe des placements chez Bridgewater, étaient les invités vedettes de la Soirée des prévisions jeudi au Palais des congrès de Montréal.

Cocheffe des placements chez Bridgewater, un important fonds spéculatif (hedge fund) américain fondé par l’investisseur vedette Ray Dalio, Karen Karniol-Tambour rappelle que nous venons de traverser une très longue période au cours de laquelle il n’y avait pratiquement aucune divergence entre les pays. « Tout le monde avait des taux à zéro. Les conditions changent », a-t-elle dit.

Karen Karniol-Tambour prévient par ailleurs les investisseurs de tempérer leurs attentes de rendement sur les marchés.

Si un portefeuille traditionnel (70 % en actions et 30 % en obligations) a généré un rendement annuel moyen de 8,5 % entre 2010 et 2020, dit-elle, il est peu probable qu’une performance du genre se répète pour la décennie 2020-2030.

La décennie actuelle a débuté avec des évaluations dispendieuses après la conclusion de la meilleure décennie de l’histoire au chapitre des rendements, a-t-elle dit.

Elle ajoute que si la croissance économique est forte depuis 2020, l’inflation est élevée, la politique monétaire est stricte et les risques géopolitiques sont élevés.