De plus en plus d’Allemands traversent la frontière pour faire leurs courses en France, parce que c’est moins cher. C’est un des effets concrets de l’inflation, qui frappe davantage l’Allemagne.

Publié le 23 mai
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

La France a le taux d’inflation le plus bas des 19 pays de la zone euro. L’inflation en France a atteint 4,8 % en avril, son niveau le plus élevé depuis 31 ans. La hausse des prix, qui atteint 5,4 % selon l’indice harmonisé européen, est inférieure aussi à celle de la plupart des pays industrialisés, dont le Canada (6,8 %), les États-Unis (8,3 %) et la Grande-Bretagne, où l’inflation frise actuellement les 10 %.

Si le pays est relativement épargné, c’est parce qu’il dépend moins de l’énergie importée, gaz ou pétrole, que ses voisins européens. La France produit 70 % de l’énergie qu’elle consomme avec ses centrales nucléaires, à un coût qui reste stable alors que le prix des autres énergies a explosé. C’est l’augmentation des prix du pétrole et du gaz, depuis le début de la guerre en Ukraine, qui contribue le plus à la hausse de l’inflation.

Le gouvernement français a aussi introduit des mesures pour atténuer l’impact des hausses du prix de l’énergie, dont un gel des tarifs de gaz naturel, un plafonnement du prix de l’électricité et une remise de 18 centimes d’euro sur le coût du litre d’essence. Ces mesures, très coûteuses pour l’État, ont freiné la montée de l’inflation au pays.

Les autres pays de la zone euro ne sont pas dans la même situation. Le taux moyen d’inflation dans l’Union européenne est de 7,5 %, ce qui recouvre des réalités très différentes. Ça va de 5,4 % en France à 19 % en Estonie, un pays très dépendant des importations pour ses besoins en énergie.

Pas facile, dans ces conditions, d’exercer une politique monétaire commune comme doit le faire la Banque centrale européenne. Même si l’inflation atteint un niveau historique, la BCE tarde à suivre les autres banques centrales et à remonter son taux directeur.

Aux États-Unis et au Canada, une croissance économique forte laisse une certaine marge de manœuvre aux autorités monétaires. Au Canada, l’économie roule à plein régime, et le gouverneur de la banque centrale peut affirmer qu’elle peut supporter des hausses de taux.

Ce n’est pas le cas de l’économie européenne, qui a connu une croissance anémique de 0,2 % au premier trimestre et qui est au bord du gouffre.

Les principales économies d’Europe commencent toutes à souffrir de l’effet combiné de l’inflation et de la guerre en Ukraine. L’Italie est déjà en territoire négatif, tandis que la croissance ralentit en Espagne et fait du surplace en France. Quant au moteur allemand, il résiste encore mais donne des signes d’essoufflement.

On imagine qu’il y a eu des débats intéressants autour de la table de la BCE entre ceux qui veulent combattre l’inflation à tout prix et ceux qui tiennent à éviter la récession à tout prix aussi.

Finalement, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a tranché. Une hausse de taux est annoncée pour l’été. Ce serait une première hausse en 10 ans pour la BCE, qui a des taux négatifs depuis des années. Il faudrait deux autres hausses, à coup de 25 points de base, pour que le taux européen revienne en territoire positif.

Le gouverneur de la Banque du Canada et le président de Réserve fédérale américaine ont de lourdes responsabilités sur les épaules en ce moment, mais parions qu’ils ne changeraient pas de place avec Christine Lagarde.