(Moscou) La Banque centrale russe a ramené vendredi à 14 % son principal taux directeur, une baisse plus forte qu’anticipée par les analystes et qui pourrait en annoncer d’autres d’ici la fin de l’année si l’inflation le permet.

Publié le 29 avril
Agence France-Presse

La Banque a abaissé son taux directeur de 17 % à 14 %, estimant que « les risques pour les prix et la stabilité financière ont cessé d’augmenter, créant les conditions d’une réduction du taux directeur ».

Il s’agit de la deuxième baisse en moins d’un mois. La Banque centrale, après avoir drastiquement augmenté son taux à 20 % dans la foulée des premières sanctions après l’entrée des troupes russes en Ukraine fin février, l’avait déjà abaissé une première fois par surprise le 8 avril, le ramenant à 17 %.  

Les analystes s’attendaient à cette baisse de taux ce vendredi, mais tablaient sur un geste de moindre ampleur.

Liam Peach, de Capital Economics, prévoit que l’institution « va continuer à alléger sa politique à mesure que les pressions inflationnistes s’apaisent afin de faciliter la restructuration de l’économie face aux sanctions. Il semble désormais probable que les taux vont tomber autour de 10 % d’ici la fin de l’année », écrit-il dans une note.

« Il est clair que la banque centrale pense à comment l’économie va s’adapter à un nouveau modèle de croissance et qu’elle ne devrait pas maintenir des taux d’intérêt trop restrictifs » afin de faciliter cette transition, ajoute-t-il.  

La banque centrale elle-même, dont la prochaine réunion est prévue le 10 juin, estime qu’il existe « de l’espace pour une baisse de taux directeur en 2022 si la situation évolue conformément au pronostic central ».

Pour l’heure, « bien que toujours élevés, les taux actuels de hausse des prix à la consommation ont nettement ralenti après avoir atteint un pic durant la première quinzaine de mars. Le ralentissement de l’inflation est en grande partie à attribuer au renforcement du rouble et au recul de la consommation », note la banque dans son communiqué.

Sur l’ensemble de l’année 2022, l’inflation annuelle pourrait atteindre 23 % avant de ralentir l’année prochaine et de revenir à l’objectif de 4 % en 2024, estime la banque centrale.

En attendant, « l’environnement extérieur demeure difficile pour l’économie russe et pèse lourdement sur l’activité économique », relève-t-elle, notant que « les entreprises font face à des difficultés considérables en termes de production et de logistique ».

« Nous sommes dans une zone d’immense incertitude », a admis la gouverneure de la Banque centrale, Elvira Nabioullina, lors d’un point presse.

Le PIB russe devrait chuter de 8 à 10 % cette année, mais devrait recommencer à « croître rapidement en 2023 grâce à une transformation structurelle » de l’économie, selon les projections de la banque. En raison des effets de base, la hausse du PIB devrait toutefois demeurer dans la fourchette de -3 % à 0 % en 2023, avant une hausse de 2,5-3,5 % attendue en 2024.

Le président Vladimir Poutine a admis à maintes reprises que les sanctions imposées depuis deux mois par les Occidentaux créaient des difficultés importantes dans le pays, mais il a également jugé que le « blitzkrieg » économique occidental avait échoué et que la Russie avait l’opportunité de refonder et diversifier son économie, très dépendante des exportations d’hydrocarbures.