L’inflation atteint un sommet au pays depuis l’instauration de la TPS en 1991. De nouvelles actions de la part de la Banque du Canada sont à prévoir, selon les spécialistes.

Mis à jour le 20 avril
André Dubuc
André Dubuc La Presse

Le mois dernier, l’indice des prix à la consommation au Canada a augmenté de 6,7 % d’une année à l’autre. Il s’agit de la hausse la plus marquée depuis janvier 1991 (+ 6,9 %), indique Statistique Canada.

Dans un contexte marqué par la hausse des prix de l’immobilier, les goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement et la guerre en Ukraine, les prix ont augmenté dans chacune des huit composantes principales de l’indice (données non désaisonnalisées).

Dans ces circonstances, les économistes des institutions financières s’attendent à ce que la Banque du Canada poursuive la remontée de son taux directeur dans le but de freiner la locomotive de l’économie canadienne.

« L’inflation du premier trimestre a évolué comme le prévoyait la Banque du Canada dans le Rapport sur la politique monétaire d’avril. La Banque prévoit une plus grande pression à la hausse au deuxième trimestre. Les révisions à la hausse des perspectives d’inflation au Canada seront reflétées dans la mise à jour des prévisions de mai », dit dans une note Arlene Kish, directrice économie canadienne, chez S&P Global Market Intelligence.

Au Mouvement Desjardins, on s’attend, comme bien d’autres d’observateurs, à une hausse de 50 points de base du taux directeur de la Banque du Canada en juin.

L’économie devra faire face à des pressions inflationnistes mondiales pendant un certain temps, en plus des pressions nationales issues du resserrement du marché du travail. […] Cela dit, en tenant compte des effets de base, les données de mars devraient représenter le sommet de l’inflation, à moins d’une autre surprise majeure.

Royce Mendes, directeur général et chef de la stratégie macroéconomique, et Tiago Figueiredo, associé en stratégie macroéconomique chez Desjardins

« Dans un contexte où le marché du travail est extrêmement tendu, comme en témoigne le taux de chômage record du pays, les pressions salariales devraient se traduire par une inflation relativement élevée dans les services. Pour ces raisons, la Banque centrale doit poursuivre son processus de normalisation des taux d’intérêt, qui sont encore beaucoup trop accommodants pour la situation économique », écrivent pour leur part Matthieu Arseneau et Alexandra Ducharme, économistes à la Banque Nationale (BN).

« L’inflation demeurera élevée jusqu’en 2023, bien que nous prévoyions son ralentissement en raison des taux d’intérêt plus élevés et de l’amélioration du côté des chaînes d’approvisionnement. Les ménages canadiens doivent se préparer à une phase économique marquée par une hausse des taux d’intérêt et de l’inflation. Toutefois, il s’agit également de la phase du cycle économique qui exige des talents et de la précision de la part de la banque centrale, et un peu de chance, pour viser à orchestrer un atterrissage en douceur », commente Beata Caranci, première vice-présidente et économiste en chef, Groupe Banque TD.

« Sur une base mensuelle désaisonnalisée, l’IPC a augmenté de 0,9 % en mars, égalant la plus forte augmentation jamais enregistrée », constate Statistique Canada.

« Après avoir connu une hausse de 4,7 % en février, l’Indice des prix à la consommation (IPC) sans l’essence a augmenté de 5,5 % d’une année à l’autre en mars ; il s’agit du rythme de croissance le plus rapide depuis 1999 », souligne l’agence nationale chargée de recueillir les statistiques.

Les salaires à la traîne

Les salaires sont aussi poussés vers le haut, mais pas autant que les prix. Il en résulte une perte du pouvoir d’achat des consommateurs. En mars, le salaire horaire moyen des employés a augmenté de 3,4 % au Canada en un an et de 5,5 % au Québec.

En mars, les prix de l’essence ont augmenté de 11,8 % d’un mois à l’autre, après avoir progressé de 6,9 % en février. Sur une base annuelle, les automobilistes ont déboursé 39,8 % de plus d’une année à l’autre pour l’essence.

Les prix des biens durables ont augmenté de 7,3 % en un an. Tout coûte plus cher, à commencer par les voitures et les meubles. Les véhicules automobiles ont augmenté de 7 % en un an et les ménages ont payé 13,7 % plus cher pour meubler leur nid en mars, par rapport à mars 2021.

Quand vous passez à la caisse au supermarché, vous sursautez ? Il n’y a pas que vous. Le prix des aliments achetés en magasin a bondi de près de 9 % en mars en rythme annuel. Il s’agit de la hausse annuelle la plus marquée depuis mars 2009.

Ce n’est guère mieux du côté des services. Après deux ans de pandémie, les Canadiens ont la bougeotte. Voyages, hôtels, restos, tout coûte cher : aliments achetés au restaurant (+ 5,4 %) et hébergement des voyageurs (+ 24,4 %). Quant aux prix du transport aérien, ils ont augmenté de 8,3 % d’un mois à l’autre en mars.

Portrait régional

Le Québec enregistre la même inflation que le Canada dans son ensemble, soit 6,7 % en un an. La province la plus touchée le mois dernier est l’Île-du-Prince-Édouard à 8,9 %. « Les augmentations dans les provinces de l’Atlantique ont été principalement attribuables à la hausse des prix du mazout et autres combustibles – plus couramment utilisés pour le chauffage des domiciles dans cette région », explique l’organisme fédéral.

Liste des produits les plus touchés par la hausse des prix

Voici une liste de certains produits qui ont vu leurs prix bondir entre mars 2021 et mars 2022 à l’épicerie :

  • Margarine : 27,8 %
  • Oranges : 23,9 %
  • Sucre et sirop : 20,8 %
  • Bacon : 17,9 %
  • Bœuf : 14,1 %
  • Confiture et gelée : 13,9 %
  • Laitue : 12,4 %
  • Café : 10,6 %
  • Lait (entier et écrémé) : 7,7 %
  • Pommes : 6,2 %
  • Thon en conserve : 5,8 %
  • Aliments pour bébé : 4,5 %
  • Patates : - 1,2 %
  • Tomates : - 1,8 %

Ceux qui voudraient passer leur frustration en grignotant vont se rendre compte que le prix des collations a aussi grimpé, tout comme celui de l’alcool acheté en magasin. Voici les augmentations annuelles de certains de ces produits :

  • Biscuits et craquelins : 6,1 %
  • Crème glacée : 5,2 %
  • Croustilles : 3,2 %
  • Bière : 4,2 %
  • Vin : 2,0 %
  • Liqueur : 1,8 %

Les données publiées mercredi par Statistique Canada montrent en outre que certains prix, comme ceux du cannabis, ont en fait diminué d’une année à l’autre en mars, ou n’ont pas bougé de façon marquée. Par exemple, les prix des services financiers numériques n’ont avancé que de 0,2 % par rapport à l’an dernier.

  • Vêtements pour femmes : - 0,1 %
  • Services internet : - 0,9 %
  • Vêtements pour enfants : - 2,9 %
  • Services cellulaires : - 3,3 %
  • Coûts d’intérêt hypothécaires : - 5,4 %
  • Cannabis récréatif : - 8,3 %
  • Cannabis médicinal : - 10,2 %

La Presse Canadienne