À quelques mois des élections générales, le ministre des Finances, Eric Girard, dépose le dernier budget de son mandat. Face à une poussée de l’inflation et pour contrer ses effets, il envoie un chèque de 500 $ à près de 6,4 millions de Québécois. Voici six choses à savoir sur un budget écrit à l’encre rouge, alors que le retour à l’équilibre budgétaire est maintenu d’ici 2027-2028.

Publié le 22 mars
Hugo Pilon-Larose
Hugo Pilon-Larose La Presse

Coût de la vie : le chèque du ministre Girard

Il s’agit de la mesure la plus frappante du budget. Avec un taux d’inflation qui devrait s’élever à 4,65 % pour l’ensemble de l’année 2022, le ministre des Finances, Eric Girard, affirme qu’il s’inquiète de l’impact économique sur les ménages. Le gouvernement accorde dans ce contexte une somme ponctuelle de 500 $ à tous les Québécois dont le revenu annuel après déductions a été de 100 000 $ ou moins l’an dernier. Ce chèque prendra la forme d’un crédit d’impôt remboursable automatiquement versé lorsque la déclaration de revenus de 2021 sera produite. La mesure représente une dépense de 3,2 milliards de dollars et touche 6,4 millions de personnes. Les prisonniers et les personnes qui ont déménagé à l’extérieur du Québec avant le 1er janvier dernier n’y auront pas droit.

Ce chèque, envoyé à quelques mois des élections, n’est pas électoraliste, se défend Québec. Le ministre des Finances explique dans son budget qu’une « partie de la hausse du coût de la vie est compensée par l’indexation du régime fiscal des particuliers de 2,64 % en 2022. [Mais] l’inflation prévue pour 2022 est de 4,65 %. […] Le montant ponctuel vient aider les Québécois à compenser cet écart. »

« Refondation » du système de santé : l’argent avant le plan

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a promis une « refondation » du système de santé, meurtri par la pandémie de COVID-19. Son collègue aux Finances, Eric Girard, délimite désormais les sommes dont il disposera pour le faire. Québec investit 8,9 milliards de dollars sur cinq ans, dont « 5,2 milliards de dollars pour rétablir le système de santé et de services sociaux et 3,7 milliards de dollars pour rehausser les soins et les services à la population ». De cette enveloppe, 1,3 milliard est prévu au budget 2022-2023. Le reste de l’investissement est ventilé jusqu’en 2026-2027.

Le plan de « refondation » du ministre Dubé, qui sera déposé prochainement, se déploiera sur quatre axes. Le gouvernement souhaite améliorer l’accès aux données, moderniser les technologies de l’information (alors que le réseau peine à partager entre les établissements les données de santé des patients), s’attarder aux ressources humaines dans un contexte de rareté de main-d’œuvre et maintenir la qualité des infrastructures.

Sur ce dernier point, « le Plan québécois des infrastructures (PQI) 2022-2032 prévoit des investissements de 22,8 milliards de dollars pour le secteur de la santé et des services sociaux » alors que « la portion des investissements destinés à maintenir en bon état les infrastructures actuelles représente 47 % de [ces investissements], et celle consacrée à de nouvelles infrastructures en soutien au développement en représente 53 % ».

Éducation : priorité à la persévérance

Après le déploiement des mesures sanitaires dans les écoles et la fermeture des classes lors d’éclosions de COVID-19, la persévérance scolaire est à nouveau soulignée comme une priorité. Le gouvernement procède à des investissements additionnels de 1,6 milliard sur cinq ans – 275 millions pour l’année financière 2022-2023 – pour garder les jeunes (et les profs) à l’école, maintenir le programme de tutorat et rénover les écoles, alors que certaines présentent un niveau de vétusté avancé.

Pour les étudiants universitaires, le gouvernement prévoit 1,2 milliard sur cinq ans (246,7 millions en 2022-2023) pour améliorer l’accès aux études et la diplomation. Le programme d’aide financière aux études, qui prend en considération le revenu des parents ou du conjoint, sera également revu dans le contexte où « certains étudiants voient leur aide financière réduite considérablement ».

« Afin d’aider financièrement davantage d’étudiants à poursuivre leurs études, le gouvernement souhaite rehausser, à compter de 2022-2023, le seuil à partir duquel le revenu des parents ou du conjoint est considéré, soit de 55 000 $ à 75 000 $ pour des parents vivant ensemble, de 50 000 $ à 65 000 $ pour un parent vivant seul ou pour une personne répondante, et de 48 000 $ à 63 000 $ pour un conjoint », précise le budget.

Économie et logement : cap sur la productivité

Le gouvernement Legault revient à la charge avec son objectif mainte fois répété de combler l’écart de richesse entre le Québec et l’Ontario. « Cet écart, mesuré par le PIB par habitant, est passé de 16,4 % en 2018 à 13,6 % en 2022. Et nous avons l’objectif de le réduire à 10 % d’ici 2026 et de l’éliminer complètement d’ici 2036 », écrit le ministre des Finances, Eric Girard, dans le discours du budget.

Pour y arriver, Québec affirme que « l’accroissement de la productivité constitue le principal levier pour augmenter la richesse du Québec ». M. Girard prévoit donc des investissements de 4,2 milliards de dollars sur six ans pour « accroître la productivité de l’économie, renforcer l’intégration en emploi des personnes immigrantes, appuyer le développement économique des régions, et soutenir la relance ».

« Sommairement, 20 % de la hausse de richesse nécessaire pour éliminer l’écart du niveau de vie avec l’Ontario devra être comblée par une augmentation du bassin de travailleurs et du taux d’emploi de la population active, et 80 % par un accroissement de la productivité », précise le budget.

Pour aider les familles et les travailleurs à se loger dans un contexte parfois qualifié de crise du logement, le gouvernement Legault investit 634 millions sur six ans afin de « compléter la livraison de près de 3500 logements AccèsLogis, de construire 1000 unités additionnelles dans le cadre du Programme d’habitation abordable Québec, d’accorder des suppléments au loyer et d’aider les municipalités ».

Environnement et communautaire : 1 milliard de plus au Plan pour une économie verte

Le gouvernement a reconnu lui-même que l’environnement avait été un point faible de sa dernière campagne électorale. À quelques mois des élections générales, il annonce qu’il ajoute 1 milliard de dollars pour la mise en œuvre de son Plan pour une économie verte 2030, qui disposera d’une enveloppe totale de « 7,6 milliards de dollars sur cinq ans pour lutter contre les changements climatiques ».

De cette somme, « 5,8 milliards de dollars sont prévus pour permettre de réduire les émissions de GES, dont 3,5 milliards de dollars pour le secteur des transports (717 millions en 2022-2023), 1,3 milliard de dollars pour le secteur industriel (197,1 millions en 2022-2023) ; et 758 millions de dollars pour le secteur du bâtiment (85,2 millions en 2022-2023) ». Québec prolonge également le programme Roulez vert, qui « permet d’octroyer des rabais pour l’acquisition de plusieurs types de véhicules électriques, mais également pour l’achat et l’installation de bornes de recharge à domicile, au travail et dans les bâtiments à logements multiples ».

Aux organismes communautaires, dont certains ont été extrêmement sollicités depuis le début de la pandémie, Québec prévoit des investissements de 1,1 milliard sur cinq ans pour déployer le Plan d’action gouvernemental en matière d’action communautaire 2022-2027. Le gouvernement estime que cette somme « offrira un rehaussement sans précédent du soutien financier aux organismes » et « leur donnera les moyens d’améliorer leurs services et de renforcer leur action par l’embauche de personnel ».

Portrait des finances : croissance des dépenses

Les principales missions de l’État connaissent en 2022-2023 une croissance soutenue des dépenses. Elles atteindront 6,3 % de croissance en santé et en services sociaux, alors qu’elles seront de 5,4 % en éducation (13,1 % en enseignement supérieur).

« Le solde budgétaire au sens des comptes publics affiche un déficit de 3,0 milliards de dollars en 2022-2023 et un surplus à compter de 2023-2024. En considérant les exigences de la Loi sur l’équilibre budgétaire, le solde budgétaire présente un déficit de 6,5 milliards de dollars en 2022-2023 et un déficit structurel de 2,8 milliards de dollars en 2026-2027 », précise le budget.

Le gouvernement anticipe toujours un retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2027-2028. « Grâce à la forte reprise économique, le poids de la dette brute atteindra 43,1 % du PIB au 31 mars 2022, ce qui est en deçà de l’objectif de 45 % établi dans la Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations. Il s’agit d’une amélioration de 6,1 points de pourcentage par rapport à la prévision du budget de mars 2021 », précise-t-on. En 2022-2023, Québec prévoit une provision pour des risques économiques et des mesures de relance de 2,5 milliards de dollars en 2022-2023.

Le Plan québécois des infrastructures (PQI) 2022-2032 est bonifié de 7,5 milliards. « Au cours des quatre dernières années, le PQI a été augmenté chaque année, passant de 100,4 milliards de dollars en mars 2018 à 142,5 milliards de dollars en mars 2022 », rappelle-t-on dans le budget.