Les répercussions financières des changements climatiques sont déjà sensibles et il est temps d’intégrer ces risques à la gestion des finances publiques du Québec.

Publié le 26 janvier
Marc Tison
Marc Tison La Presse

C’est le message, assorti d’un survol des meilleures pratiques et d’une feuille de route, que l’Institut du Québec (IDQ) a transmis dans son rapport remis en décembre au ministère des Finances du Québec et qu’il a rendu public le 26 janvier.

« Ça faisait quelque temps que ça me travaillait, que je me disais qu’il n’y a pas d’étude au Québec sur l’impact des risques climatiques et leur coût en termes d’adaptation », affirme Mia Homsy, coauteure du rapport Intégration des risques climatiques dans les finances publiques du Québec et présidente-directrice générale de l’IDQ, un organisme à but non lucratif qui publie des études sur les enjeux socioéconomiques du Québec.

L’IDQ avait soumis le projet au ministère des Finances du Québec (MFQ) en réponse à l’appel consultatif que celui-ci avait lancé aux économistes universitaires en 2021.

« Au début, je pensais bien candidement qu’on serait capables d’arriver avec quelque chose de chiffré, puis de réfléchir aux bons outils pour intégrer ces données dans le cadre budgétaire », poursuit la présidente.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Mia Homsy, coauteure du rapport Intégration des risques climatiques dans les finances publiques du Québec et présidente-directrice générale de l’IDQ

Il a fallu restreindre les ambitions. « On n’est pas du tout en mesure d’avoir une vue d’ensemble des risques et des coûts. On est beaucoup plus à l’étape de recommander au gouvernement, à l’instar de ce qui se fait ailleurs, d’amorcer une réflexion vraiment structurée [sur le plan] des principaux risques, de les qualifier, de les quantifier, pour ensuite les intégrer plus formellement dans son cadre budgétaire. »

Les effets des changements climatiques se font déjà sentir à plus d’un titre, et il est nécessaire de passer du mode réactif au mode préventif, avise Mia Homsy.

« Il y a de plus en plus de vagues de chaleur, donne-t-elle en exemple. Il faut s’assurer qu’on prévoit dans nos écoles et nos hôpitaux une climatisation adaptée. On doit s’attendre à ce qu’il y ait de l’érosion des berges, des routes qui n’existeront probablement plus dans 20 ans. Il faut faire ces réflexions-là. On ne peut pas être passif, il faut être proactif. »

Des risques de deux ordres

Les risques pour les finances publiques sont de deux ordres. Les risques de transition sont associés aux coûts du basculement vers une économie plus verte. Les risques d’impact renvoient aux effets et conséquences des changements climatiques.

Les inondations de 2017 et 2019 ont déjà eu des répercussions notables sur le portefeuille de la Sécurité publique – les aides financières ont totalisé 506 millions de dollars –, mais plusieurs autres ministères doivent eux aussi prévoir les impacts des bouleversements climatiques sur leurs dépenses et revenus, font valoir les auteurs.

Les indemnités d’assurance récolte dues à la sécheresse de l’été 2018 se sont élevées à 60 millions, un sommet historique. Les incendies de forêt affectent les redevances forestières.

« Ce sont des postes de revenus et de dépenses de l’État qui dépendent beaucoup de la situation climatique », souligne Luc Belzile, économiste principal à l’IDQ et coauteur de l’étude.

Les priorités

L’étude de l’IDQ passe en revue les mesures mises en place par divers pays qui ont déjà agi pour intégrer les risques climatiques dans leur processus budgétaire.

La Suisse, par exemple, a adopté une approche qualitative qui lui permet de rapporter, sans les chiffrer, les risques budgétaires dans ses documents budgétaires.

D’autres pays, comme l’Autriche, l’Allemagne et le Danemark, « vont un peu plus loin en modélisant les risques au niveau macroéconomique pour voir à quoi on peut s’attendre, de façon chiffrée et monétaire, comme impact sur les revenus et dépenses de l’État », souligne Luc Belzile.

À défaut d’inclure la gestion des risques climatiques dans tous les portefeuilles, le gouvernement du Québec devrait donner la priorité à ceux où les dépenses et revenus sont les plus exposés.

Ainsi, le rapport de l’IDQ relève que le Plan québécois des infrastructures (PQI) « ne considère pas de façon formelle les aléas climatiques du futur ».

À l’égard des coûts de la transition climatique, l’IDQ souligne que les étapes intermédiaires et les impacts par secteur du Plan pour une économie verte 2030 n’y sont pas déterminés, non plus que ses effets sur les finances publiques.

Une feuille de route

Le rapport propose une feuille de route en quatre étapes, « inspirée de l’ensemble des pratiques qu’on voyait ailleurs dans le monde », indique Luc Belzile.

En premier lieu, le gouvernement devra assurer une veille sur les développements rapides et incessants qui surviennent dans ce domaine.

Ensuite, dans une démarche qualitative, les ministères et organismes devront déterminer les risques les plus importants auxquels ils sont soumis.

« Dans l’étape subséquente, il s’agit de s’engager dans des analyses plus quantitatives où on serait capables de modéliser les différents impacts et les risques de transition », ajoute Luc Belzile.

Enfin, ces risques quantifiés et modélisés seront intégrés et pris en compte dans les finances publiques et le processus budgétaire.

« Le Québec n’a pas manqué le bateau, commente Mia Homsy, mais il faut commencer à agir maintenant pour qu’on puisse le faire de façon structurée et organisée. »