La Banque du Canada a clairement sifflé la fin de la récréation pour les emprunteurs, en annonçant « non pas une seule hausse de taux, mais plusieurs » à venir dans les prochains mois.

Mis à jour le 26 janvier
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Contrairement aux attentes de beaucoup d’économistes, qui prévoyaient une hausse immédiate, la banque centrale a décidé d’attendre et elle maintient son taux directeur à son niveau historiquement bas de 0,25 %.

Une hausse des taux est toutefois imminente, a prévenu le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, en conférence de presse. « Les Canadiens doivent s’attendre à une suite de hausses de taux », a-t-il dit. Ce ne sera pas une seule hausse, mais plusieurs, a-t-il insisté.

La remontée des taux pourrait commencer le 2 mars, date de la prochaine décision de la Banque du Canada. « Le message est très clair », a commenté mercredi Benoit Durocher, économiste chez Desjardins.

La banque centrale n’a pas précisé le moment et le nombre de hausses de taux envisagés, mais elle estime que le taux neutre visé se situe entre 1,75 % et 2,75 %.

Selon Desjardins, il y aura trois hausses de 25 points de base d’ici la fin de l’année, et il en faudra trois autres pour ramener le taux à son niveau d’avant la pandémie, soit 1,75 %.

« Ce sera très graduel, estime Benoit Durocher. Le but n’est pas de freiner l’économie, mais de mettre moins de gaz dans le moteur. »

L’économiste en chef de la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie, est de ceux qui s’attendaient à une hausse immédiate du taux directeur. Il prend note que la Banque du Canada a décidé de procéder par étapes, soit mettre fin aux mesures exceptionnelles prises depuis le début de la pandémie avant de hausser les taux.

« La Banque du Canada a tout fait sauf relever les taux », constatent les économistes de la Banque Nationale, qui s’attendaient eux aussi à une hausse immédiate. « On peut se poser la question pourquoi elle n’a pas commencé à relever les taux aujourd’hui », écrivent-ils dans leur analyse de la décision.

La Banque Nationale prévoit maintenant deux hausses successives, en mars et en avril, et trois autres avant la fin de 2022.

Conditions remplies

La Banque du Canada estime que l’économie canadienne s’est remise de la pandémie et que le marché du travail a retrouvé le terrain perdu. « Vu la croissance plus rapide que prévu et les solides gains au chapitre de l’emploi, la Banque estime que les capacités excédentaires se sont pour ainsi dire résorbées », peut-on lire dans son Rapport sur la politique monétaire publié mercredi en même temps que la décision sur les taux.

Le retour de l’économie canadienne à son potentiel était la condition posée par la banque centrale pour entamer la remontée des taux. Pourquoi alors reporter le combat contre l’inflation qui, à 4,8 %, est à un sommet depuis 30 ans ?

Le gouverneur et la première sous-gouverneure, Carolyn Rogers, ont dû expliquer longuement les raisons qui ont poussé la banque centrale à attendre. L’impact du variant Omicron a joué un rôle, ont-ils indiqué. Même si le variant semble avoir un impact moins grave, il réduira la croissance au premier trimestre, prévoient-ils.

M. Macklem a reconnu qu’à 4,8 %, le taux d’inflation est « inconfortablement élevé » et que les Canadiens sont inquiets. Il affirme que la Banque du Canada combattra l’inflation, et que ce combat est en quelque sorte déjà commencé.

Le taux directeur ne change pas, mais la politique monétaire entame un virage majeur, a-t-il souligné. « Nous avons été très clairs pour la suite. On a mis fin aux mesures exceptionnelles de soutien de l’économie et on dit aux Canadiens qu’ils peuvent anticiper des hausses de taux d’intérêt », a-t-il fait valoir.

La Banque du Canada estime maintenant que le niveau de l’inflation restera élevé pendant la première moitié de l’année, à plus de 5 %. Selon le gouverneur, il est impossible de prévoir combien de temps il faudra pour voir baisser le niveau de l’inflation.

« C’est compliqué de rouvrir l’économie après une pandémie, a-t-il dit. Puisque nous n’avons jamais connu ça, il y a de l’incertitude quant à la vitesse à laquelle l’inflation va baisser. Cela dit, les Canadiens peuvent être assurés que nous ferons appel à nos outils de politique monétaire pour maîtriser l’inflation. »

La banque centrale a indiqué qu’elle n’avait pas l’intention de vendre une partie des obligations du gouvernement qu’elle a engrangées depuis le début de la pandémie. « Nous allons garder notre portefeuille d’obligations du gouvernement du Canada assez stable au moins jusqu’à ce que nous commencions à relever le taux directeur, a indiqué le gouverneur. À ce moment-là, nous évaluerons la possibilité de mettre fin à la phase de réinvestissement et de réduire la taille du bilan de la Banque en ne remplaçant pas les obligations du gouvernement du Canada qui arrivent à échéance. »