L’inflation a continué de grimper en décembre et a fini l’année 2021 à un sommet depuis 30 ans, ce qui augmente la pression sur la Banque du Canada et incite plusieurs banques à prédire un redécollage des taux d’intérêt dès la semaine prochaine.

Publié le 20 janvier
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Certains économistes pensent même que la banque centrale pourrait augmenter son taux directeur six fois cette année pour apaiser l’inflation, ce qui serait du jamais vu.

À la Banque Nationale, les économistes prévoient cinq relèvements, ce qui porterait le taux directeur de 0,25 % actuellement à 1,5 % à la fin de 2022.

La banque centrale est en retard, explique Kyle Dahms, économiste de la Banque Nationale. « Les prix continuent d’augmenter, on est au plein emploi et le marché de l’habitation est en ébullition », illustre-t-il.

La première hausse pourrait survenir dès la semaine prochaine, le 26 janvier, quand la Banque du Canada publiera son premier rapport sur la politique monétaire de l’année, pensent un nombre croissant d’économistes. Certains avancent qu’elle pourrait être suivie de cinq autres.

Attention, dit Hendrix Vachon, économiste chez Desjardins. Il ne faut pas croire qu’une augmentation rapide et soutenue des taux d’intérêt pourrait faire des miracles pour combattre une inflation causée par une offre insuffisante.

La production de biens et services dans plusieurs pays demeure contrainte par les effets de la pandémie et des mesures sanitaires. Augmenter les taux d’intérêt dans ce contexte n’aiderait pas à régler les problèmes du côté de l’offre.

Hendrix Vachon, économiste chez Desjardins

« Le meilleur remède serait une évolution favorable de la pandémie avec le retrait des mesures sanitaires », selon lui. Desjardins prévoient trois hausses de taux cette année, la première en mars.

À la Banque Laurentienne, l’économiste en chef Sébastien Lavoie est de ceux qui prévoient une hausse du taux directeur de 25 points de base dès la semaine prochaine, suivie d’une autre en mars.

Le consommateur résiste

Tous les pays du monde éprouvent actuellement les effets de la pandémie sur les prix à la consommation. Les chaînes d’approvisionnement sont perturbées, les usines ferment ou tournent au ralenti, et des pénuries de main-d’œuvre apparaissent ou s’amplifient.

Stimulés par l’aide gouvernementale, les consommateurs ont continué de dépenser comme avant, et même davantage dans certaines catégories de produits, comme les voitures, les appareils ménagers et les produits électroniques.

Les prix sont en hausse de 4,8 % depuis un an, tandis que la hausse des salaires est de 2,6 % pendant la même période. « Les prix ont augmenté plus vite que les salaires et le pouvoir d’achat des Canadiens a diminué », souligne Statistique Canada.

Sur le plan comptable, il est vrai que le pouvoir d’achat des Canadiens a diminué, précise Kyle Dahms. En réalité, beaucoup de gens ont augmenté leur épargne pendant la pandémie et la valeur de leur maison et de leur portefeuille d’actions a aussi augmenté, ce qui fait que la hausse des prix fait moins mal, explique-t-il.

Tout le monde a toutefois remarqué la hausse des prix dans l’alimentation, qui touche davantage les ménages moins nantis.

Une accélération

L’inflation mesurée par l’Indice des prix à la consommation (IPC) s’est accélérée pendant la deuxième moitié de l’année 2021, relève Statistique Canada, atteignant le rythme de 4,8 % en décembre.

Pour l’année dans son ensemble, l’IPC est en hausse de 3,4 %. Ce sont les prix de l’énergie qui ont poussé les prix à la hausse en 2021, après avoir chuté abruptement en 2020. Sans l’énergie, la hausse moyenne est de 2,4 %.

Les autres augmentations notables sont le fait du logement (+ 3,9 %), des voitures (+ 5,1 %) et des meubles (+ 7,3 %). Les consommateurs qui ont magasiné les frigos ont pu constater que leur prix avait grimpé de 9,6 %, selon Statistique Canada.

Le coût du panier d’épicerie est supérieur de 2,2 %. C’est moins qu’en 2020, alors que la hausse était de 2,4 %. Les aliments qui composent le petit-déjeuner, œufs, lait, beurre, coûtent tous plus cher.

Il y a eu aussi quelques baisses de prix. Celui des vêtements et des chaussures a baissé pour la deuxième année de suite en 2021. Après avoir été très populaires au début de la pandémie, les équipements de sport et de conditionnement physique ont été moins demandés et leur prix a baissé.

Les prix ont augmenté partout au Canada en 2021, mais l’ouest du pays a été moins affecté. Le Québec enregistre une des hausses de l’IPC parmi les plus élevées au Canada, à 3,8 %, comparativement à 3,5 % pour l’Ontario.