(Ottawa) Il est impératif que le Canada établisse une chaîne d’approvisionnement « résiliente » avec des « partenaires de confiance » dans des secteurs névralgiques, notamment la fabrication de vaccins et de produits de protection individuelle ainsi que la production de semi-conducteurs et de batteries pour les véhicules électriques.

Publié le 11 janvier
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

À terme, l’objectif d’une telle stratégie industrielle visant à rapatrier en Amérique du Nord ou en Europe une capacité de production dans des secteurs jugés critiques est de réduire la dépendance des pays industrialisés vis-à-vis de la Chine, fait valoir le ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne.

À maints égards, la pandémie de COVID-19 a illustré d’une manière sidérante la fragilité de la chaîne d’approvisionnement mondiale, selon le ministre Champagne, parce qu’une part importante de la production de biens essentiels se trouve en Chine, deuxième économie de la planète après les États-Unis.

Dans une entrevue accordée à La Presse, M. Champagne a indiqué avoir abordé récemment ce dossier avec ses homologues des États-Unis et de l’Europe. Il leur a proposé d’établir une sorte de liste de biens et de produits qui devraient être fabriqués soit sur le continent nord-américain, soit sur le continent européen. Cet appel à la consolidation des chaînes d’approvisionnement a été bien reçu, selon lui.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie

Douze mois après avoir pris la barre de ce ministère, M. Champagne affirme que la chaîne d’approvisionnement se porte un peu mieux en raison de sa « régionalisation ». « On veut mettre davantage l’accent sur la résilience. Il y a une prise de conscience collective que cela passe par la régionalisation des chaînes d’approvisionnement. […] C’est clair qu’on ne pourra pas faire tout chez nous. Par contre, ce que l’on peut faire, c’est d’avoir des chaînes d’approvisionnement plus résilientes avec des partenaires de confiance. C’est ce que nous sommes en train de développer », a-t-il expliqué.

« Globalement, il faut réduire le niveau de dépendance [envers la Chine]. […] On est en train de voir qu’on a tout avantage à ramener la production des équipements critiques chez nous, dans la mesure du possible, en ayant des partenaires de confiance et en sachant qu’on pourra compter les uns sur les autres parce qu’on aura fait des investissements stratégiques », a ajouté le ministre.

Après les difficultés d’approvisionnement des gouvernements en matière d’équipements de protection individuelle, voilà que les principaux constructeurs automobiles sont confrontés à une pénurie mondiale de semi-conducteurs, qui sont principalement fabriqués en Asie, notamment à Taiwan et en Corée du Sud. Une industrie importante de l’économie nord-américaine s’en trouve paralysée.

Des semi-conducteurs, on en retrouve aussi dans plusieurs produits comme des ordinateurs, des appareils ménagers. Au fil du temps, les géants des semi-conducteurs aux États-Unis ont sous-traité leur production à des fabricants asiatiques. C’est notamment le cas de la société américaine Intel.

Mais les difficultés d’approvisionnement, combinées à la hausse des coûts de transport par bateau et à la pénurie de conteneurs, forcent bon nombre d’entreprises à revoir leur stratégie.

Le rapatriement de la production de certains produits s’est d’ailleurs amorcé aux États-Unis. Le New York Times rapportait récemment que l’entreprise Micron Technology Inc. compte investir 150 milliards de dollars américains au cours de la prochaine décennie dans la recherche et la production de semi-conducteurs et qu’une part importante de ces investissements sera réalisée aux États-Unis. Pour sa part, le géant sud-coréen Samsung Electronics Co. Ltd. a annoncé son intention d’investir 17 milliards de dollars américains dans une usine de fabrication de semi-conducteurs au Texas.

Selon le ministre François-Philippe Champagne, le Canada et les États-Unis ont intérêt à conclure des alliances commerciales stratégiques. Le Canada compte plusieurs des métaux précieux nécessaires à la fabrication de semi-conducteurs et de batteries pour les véhicules électriques, par exemple. Si les États-Unis peuvent produire des semi-conducteurs à grand volume, le Canada pourrait produire des semi-conducteurs très spécialisés, selon lui.

« Ce que j’ai dit à mes collègues américain et européens, c’est pourquoi on ne se fait pas une sorte de schéma qui répertorie les éléments dont on aura besoin d’avoir chez nous au cours des 30 ou 50 prochaines années pour affronter toute autre crise ? […] Il est essentiel de se préparer plutôt que de réparer. On l’a vu avec les vaccins, avec les équipements de protection personnelle. Voilà qu’on le voit avec les semi-conducteurs. Et bientôt, ça va être les batteries. C’est pour ça que je mets autant d’énergie là-dedans. »

Depuis qu’il est à la barre de son ministère, M. Champagne a aussi mis beaucoup d’énergie afin de rebâtir l’industrie de la biofabrication au pays. Avec près de 1 milliard d’investissements du gouvernement fédéral, sans compter les investissements des entreprises et de certaines provinces, le ministre estime que le secteur est en voie de connaître une forte croissance.

« J’avais certains objectifs au départ. C’était d’abord rebâtir le secteur de la biofabrication. Je pense que je peux dire mission accomplie. Il y a encore des choses à faire. Mais quand je regarde les investissements qu’on a réussi à faire dans le cas de Novavax à Montréal, dans le cas de Moderna qui s’en vient au pays, ou Sanofi à Toronto, […] on a réussi à faire du Canada une destination de choix pour les investissements en quelques mois. Je pense que ça marque un tournant. »