Le Québec a conclu l’année 2021 avec le taux de chômage le plus bas au Canada, à 4,6 %, en hausse de 0,1 % par rapport au mois précédent. À l’échelle du pays, le taux de chômage a fléchi de 0,1 % en décembre, à 5,9 %, tout près de son niveau d’avant la pandémie, a rapporté vendredi Statistique Canada.

Mis à jour le 7 janvier
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

La bonne performance du marché de l’emploi en 2021 risque de ne pas se poursuivre en ce début d’année, marqué par de nouvelles restrictions sanitaires. L’enquête de Statistique Canada a été réalisée dans la semaine du 5 au 11 décembre, soit avant que l’impact du variant Omicron oblige les autorités à décréter la fermeture des écoles et des commerces non essentiels.

Au Québec, le marché du travail a récupéré le terrain perdu en raison de la pandémie, constate Mia Homsy, présidente-directrice générale de l’Institut du Québec. « On est en pandémie, mais on a le même taux de chômage et le même nombre de chômeurs qu’avant la crise sanitaire, dit-elle. La différence, c’est que le nombre de postes vacants est beaucoup plus important. »

Cette augmentation du nombre de postes vacants n’est pas due à un exode du marché du travail, ce qu’on appelle aux États-Unis la « grande démission ». La pandémie aurait poussé un nombre sans précédent d’Américains à quitter leur emploi sans en chercher un autre, pour retourner aux études ou s’occuper de leurs enfants.

Il n’y a rien de comparable de ce côté-ci de la frontière, selon Mia Homsy. Les travailleurs qui ont quitté les secteurs qui peinent à recruter, comme le commerce ou la restauration, se sont trouvé un emploi ailleurs, explique-t-elle. « On ne voit pas cet exode-là ici. Les taux de participation au marché du travail [qui mesurent le nombre de personnes en emploi par rapport à la population en âge de travailler] sont à un sommet dans tous les groupes d’âge. »

Les nouvelles fermetures de commerces non essentiels pourraient accroître les problèmes des entreprises les plus touchées, estime Mia Homsy. Dans le secteur de l’hébergement et de la restauration, le niveau d’emploi restait inférieur à celui d’avant la pandémie, avant la plus récente vague de fermetures.

Il faut s’attendre à ce que bien des entreprises ne survivent pas à ce nouvel arrêt de leurs activités, pas par manque de clients, mais par manque d’employés, qui se seront replacés ailleurs.

Le reste de l’économie devrait moins souffrir que lors de la première vague de la pandémie, croit Mia Homsy, parce que les entreprises et les travailleurs sont mieux adaptés au télétravail et aux mesures de distanciation.

Une année faste

L’économie canadienne a ajouté 55 000 emplois en décembre pour un total de 890 000 pour l’année 2021. La plus grande partie de ces emplois, soit 78 %, sont dans le secteur privé.

C’est en Ontario qu’il s’est créé le plus d’emplois le mois dernier. Au Québec, l’emploi est resté stable. Les hausses dans le travail à temps plein ont été contrebalancées par les baisses observées dans le travail à temps partiel, rapporte Statistique Canada. À 4,6 %, le taux de chômage au Québec reste près de son niveau d’avant la pandémie.

La région métropolitaine de Québec enregistre le plus faible taux de chômage au Canada, à 2,6 %. À Montréal, le taux de chômage est passé de 5,8 % en novembre à 5,3 % en décembre.

Au Québec, c’est surtout dans le secteur de la construction que des emplois ont été créés. À l’échelle nationale, les hausses ont été principalement attribuables aux secteurs de la construction et des services d’enseignement.

Pour les 12 derniers mois, la croissance de l’emploi s’établit à 158 000 au Québec (+ 3,8 %), et à 413 000 (+ 5,7) en Ontario.

Fait à souligner, le taux de chômage ajusté – qui comprend les personnes qui voulaient un emploi, mais qui n’en ont pas cherché un – s’est établi à 7,6 %, et cet indicateur est revenu pour la première fois au niveau observé avant la pandémie. Le chômage de longue durée, c’est-à-dire qui dure depuis 27 semaines ou plus, a diminué pour le deuxième mois d’affilée en décembre.

Malgré la bonne tenue du marché du travail, l’impact de la nouvelle vague de la pandémie pourrait inciter la Banque du Canada à repenser son plan d’action et à retarder la remontée des taux d’intérêt. « L’évolution du marché du travail risque de se détériorer au début de 2022, note l’économiste de Desjardins Benoit Durocher. Cela devrait inciter la Banque du Canada à la patience. »

Le taux de chômage à 3,9 % aux États-Unis

Malgré une création d’emplois inférieure aux attentes, le taux de chômage est passé sous la barre des 4 % aux États-Unis en décembre. Le taux de chômage est passé de 4,2 % en novembre à 3,9 % en décembre. Pour l’ensemble de l’année 2021, il s’établit à 5,4 %. L’économie américaine a ajouté 199 000 emplois en décembre, soit la moitié de ce qui était attendu par les analystes. Contrairement à l’économie canadienne, celle des États-Unis n’a pas réussi à retrouver tous les emplois perdus en raison de la pandémie, alors que le variant Omicron pourrait déclencher une remontée du chômage en raison des fermetures de lieux publics comme les écoles et les restaurants. Le nombre d’emplois aux États-Unis reste inférieur de 3,5 millions par rapport à février 2020. La baisse constante du taux de chômage pourrait toutefois conforter la Réserve fédérale américaine dans son intention de réduire son soutien à l’économie et de relever son taux directeur dans les prochains mois, estiment les analystes.

Hélène Baril, La Presse