L’assouplissement des mesures qui permettra d’accueillir plus de travailleurs étrangers dans les secteurs de la restauration, de l’hôtellerie, du commerce de détail et de la transformation alimentaire a été plutôt bien accueilli. Toutefois, alors que certaines entreprises craignent que le traitement des dossiers des candidats soit trop lent, d’autres estiment que le recrutement à l’étranger aidera davantage les grands que les petits commerces.

Nathaëlle Morissette
Nathaëlle Morissette La Presse

Selon l’annonce faite mardi par le ministre du Travail, Jean Boulet, les secteurs concernés pourront hausser de 10 % à 20 % le seuil de travailleurs étrangers temporaires, en vertu des changements apportés au Programme des travailleurs étrangers temporaires. « Les assouplissements négociés permettront à plusieurs entreprises d’obtenir du renfort en matière de main-d’œuvre dans le respect des droits des travailleuses et des travailleurs, peut-on lire dans le communiqué du ministère du Travail. Au cours des prochaines semaines, ces assouplissements temporaires seront mis en application par le gouvernement fédéral. » Ils seront en vigueur jusqu’en décembre 2023.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean Boulet, ministre du Travail

Or, selon Exceldor, entreprise spécialisée dans l’abattage et la transformation de volailles, ces assouplissements ne vont « rien changer à court terme ». « [Actuellement], on n’a même pas 10 % de travailleurs étrangers, affirme Jordan Ouellet, responsable des communications. Le gouvernement n’arrive pas à délivrer les permis assez rapidement. »

Présentement, 76 travailleurs étrangers temporaires sont au service de l’entreprise au Québec, et le dossier de 33 autres est toujours en attente. Dans la province, Exceldor compte trois usines et un centre de distribution.

Rappelons que la semaine dernière, l’Union des producteurs agricoles (UPA) a fait une sortie pour dénoncer la lenteur du traitement des demandes menant à l’arrivée des travailleurs étrangers agricoles. Les délais anormalement longs sont causés par des ratés du système informatique de Service Canada. « Il va clairement y avoir un afflux monstre, ajoute M. Ouellet. Tout le monde va faire ses demandes en même temps. Est-ce qu’il va y avoir des agents clés attitrés à notre dossier ? », se demande-t-il.

Du côté de l’industrie du porc, le porte-parole d’Olymel, Richard Vigneault, a indiqué que toute initiative était la bienvenue. « Le recrutement de la main-d’œuvre demeure une problématique cruciale. »

« Depuis deux ans, les membres de la direction ont fait de multiples représentations, tant auprès des autorités fédérales que provinciales, pour obtenir un relèvement du plafond de 10 % », affirme-t-il.

Les abattoirs sont forcément le prolongement de la ferme. Pourquoi on est limités dans le nombre de travailleurs étrangers temporaires, puisque le secteur agricole n’est pas limité ?

Richard Vigneault, porte-parole d’Olymel

Rappelons que l’entreprise a soulevé l’ire des producteurs de porcs du Québec, la semaine dernière, lorsqu’elle a annoncé qu’elle réduirait ses achats dans la province de 15 000 bêtes par semaine à partir du mois de mars. La pénurie de main-d’œuvre a notamment joué dans cette décision.

Pour maintenir une production de produits à valeur ajoutée qui demande des découpes particulières, Olymel a dû affecter plus d’employés à ce type de tâche. « Les deux principales raisons, elles étaient que le marché chinois n’est pas ce qu’il a été et que l’enjeu de la pénurie de main-d’œuvre nous force à établir une meilleure adéquation entre l’offre disponible et nos opérations de manière à pouvoir être rentables », a expliqué M. Vigneault.

L’entreprise a recours aux services de 575 travailleurs étrangers temporaires au Québec, répartis dans 12 usines. Ceux-ci viennent essentiellement de, l’Île Maurice, de Madagascar et de la Tunisie, notamment. L’entreprise tente de privilégier les candidats francophones.

Commerces de détail : avenue intéressante pour les grandes entreprises

À Détail Québec, comité sectoriel de main-d’œuvre du commerce de détail, le directeur général, Manuel Champagne, voit dans ces assouplissements « une avenue supplémentaire pour pallier les difficultés de pénurie de main-d’œuvre ».

Il croit toutefois que ce sont des entreprises « qui ont des moyens financiers plus importants qui vont pouvoir aller de l’avant avec ces solutions-là ».

« Il faut fournir l’hébergement et le transport aux employés, c’est quand même considérable, souligne-t-il. Il y a quand même des défis sociaux qui sont là par rapport aux travailleurs étrangers pour bien les accueillir ici au Québec, bien les accueillir dans l’entreprise. Ça ne se fait pas en improvisant. Il ne faut pas faire de faux pas. Pour faire du recrutement international, il faut quand même une expertise. »

Il rappelle en ce sens que 90 % des établissements que Détail Québec représente comptent moins de 20 employés. M. Champagne croit qu’il est donc plus difficile pour eux de se lancer dans de telles démarches.

On évalue à quelque 20 000 le nombre de postes vacants dans l’industrie. En vertu de ces assouplissements, les entreprises pourront recruter à l’étranger pour des postes de caissier, de préposé au service à la clientèle et de commis-vendeur, notamment. M. Champagne reconnaît que les candidats retenus, comme ils seront en contact direct avec le public, devront parler la langue de Molière. « Dans tout ce qui est service à la clientèle, le français devient incontournable. »