(Francfort) La Banque centrale européenne a maintenu jeudi toutes ses mesures de soutien à l’économie malgré la forte poussée de l’inflation en zone euro, ce qui renvoie à décembre la décision concernant une normalisation progressive de sa politique monétaire.

Jean-Philippe LACOUR Agence France-Presse

Les vingt-cinq membres du conseil des gouverneurs de la BCE ont, comme attendu, confirmé l’arsenal monétaire en place, pour permettre aux États, ménages et entreprises, de se financer dans de bonnes conditions.

Sous pression pour justifier la nécessité de ces soutiens, en pleine flambée des prix, la présidente de l’institution Christine Lagarde est restée droite dans ses bottes.

« Nous continuons à prévoir que l’inflation à moyen terme restera inférieure à nos objectifs de 2 % », a martelé Mme Lagarde.

« Nous sommes absolument déterminés à atteindre cet objectif […]. Nous devons être patients », a ajouté Mme Lagarde qui a tenté de calmer les attentes des marchés européens. Ces derniers jugent probable une hausse des taux directeurs au troisième trimestre de 2022, un véritable tournant après une décennie de baisse continue.

Pour l’instant, la banque s’attend à que l’inflation n’atteigne que 1,5 % en 2023, encore loin de sa cible de 2 %.

« Les conditions de relèvement des taux d’intérêt sont assez bien définies […]. Selon l’analyse actuelle, elles ne sont pas satisfaites », a résumé Mme Lagarde.

Lors de la réunion de jeudi, les taux directeurs ont été maintenus à leur plus bas niveau, notamment celui, négatif, de -0,5 % qui taxe les dépôts en excès des banques, lorsqu’ils ne sont pas distribués dans l’économie.  

Quand réagir ? -

Les rachats de dette dans le cadre du programme « PEPP », pour lutter contre les effets de la pandémie, vont également se poursuivre.

« J’ai toutes les raisons de penser » que le programme « prendra fin en mars 2022 », a déclaré Mme Lagarde, ce qui a surpris les observateurs, tant elle avait jusqu’ici entretenu le flou sur cette question.

Cet engagement à en finir avec un dispositif d’aide exceptionnel pourrait résonner comme une « concession aux faucons », partisans d’une politique monétaire plus restrictive, note Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

L’enveloppe de 1850  milliards d’euros affectée à ce programme a été dépensée à près de 80 %.  

Mme Lagarde s’est gardée de dévoiler les intentions de la BCE sur l’après-PEPP, autre sujet qui titille les marchés : « Ce qui suivra sera débattu en décembre », lors de la dernière réunion de l’année, a-t-elle répété.

Essence, services, matériaux… les prix s’envolent, faute d’offre suffisante, et les opinions publiques en Europe sont chauffées à blanc, accentuant les attentes vis-à-vis des gardiens de l’euro pour qu’ils réagissent.

En zone euro, le taux d’inflation a atteint 3,4 % en septembre, sur un an.

La hausse s’annonce encore plus marquée en octobre, alors qu’en Allemagne, le taux d’inflation a grimpé à 4,5 % en glissement annuel, selon une première estimation communiquée jeudi.

« Nous avons parlé inflation, inflation, inflation », a souligné Mme Lagarde à propos de la réunion de jeudi.

Certes « l’actuelle hausse de l’inflation va durer plus longtemps que prévu », a-t-elle reconnu, mais « nous nous attendons à ce qu’elle ralentisse » en 2022, à la faveur d’une amélioration sur le front des chaînes logistiques et des prix de l’énergie.

La BCE justifie son solo

Les banques centrales sont prises en étau entre retour de l’inflation et menaces sur la croissance, en raison de la crise mondiale des circuits d’approvisionnement.

L’élan de la reprise « ralentit », a ainsi mis en garde jeudi la BCE.

Mais d’autres grands argentiers ont déjà choisi de passer à l’action pour dompter l’inflation.  

La Fed a préparé le terrain pour une annonce de réduction de ses achats d’actifs. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre Andrew Bailey, a affirmé que la banque centrale britannique « devrait agir » sur l’inflation à l’avenir, ce qui a déclenché des spéculations sur une hausse prochaine des taux.

« Nous ne parlons pas des mêmes économies. Les perspectives sont différentes », a là encore expliqué Mme Lagarde.  

« Certaines d’entre elles ont déjà atteint ou dépassé l’objectif [d’inflation], ce qui justifie pleinement qu’elles adoptent des approches différentes ».

La BCE n’a elle pas suggéré « un véritable changement des perspectives d’inflation et donc un resserrement rapide de la politique monétaire », commente Dirk Schumacher, économiste chez Natixis.