L’indice des prix à la consommation (IPC) a poursuivi sa remontée en septembre à un rythme supérieur aux prévisions, mais il pourrait être sur le point d’atteindre un sommet avant de se mettre à redescendre.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Poussé par le prix de l’essence et des aliments, l’IPC est en hausse à 4,4 % en septembre à rythme annualisé, a fait savoir mercredi Statistique Canada. C’est son plus haut niveau en 18 ans.

Les économistes de Desjardins sont de ceux qui estiment que cette ascension des prix tire à sa fin. « Ça ne veut pas dire qu’on reviendra à 2 % rapidement, précise Benoit Durocher, économiste principal. Il n’y aura pas de baisse rapide, mais un ralentissement, parce qu’il y a encore des pressions à la hausse, notamment du côté des salaires. »

Dominique Lapointe, économiste de la Banque Laurentienne, est du même avis. Il ne serait pas surpris si le taux d’inflation grimpe encore jusqu’à 5 % dans les prochains mois, mais il croit lui aussi que cette remontée tire à sa fin.

Certains des facteurs qui alimentent actuellement l’inflation devraient disparaître, à mesure que l’économie reprend une croissance normale. C’est le cas de l’essence et des problèmes liés aux chaînes d’approvisionnement bouleversées par les mesures sanitaires. En excluant l’essence, dont le prix actuel est en hausse de 33 % depuis un an, la hausse des prix à la consommation est de 3,5 % en septembre.

Avec un bond de 5,1 %, le taux d’inflation au Québec est supérieur à la moyenne nationale, comme c’est le cas depuis plusieurs mois. Le Québec est en quelque sorte victime de la bonne tenue de son économie, explique Benoit Durocher. « Le Québec va connaître la croissance économique la plus forte au Canada cette année. Le marché du travail a récupéré les emplois perdus pendant la crise et la demande de biens et de service est forte », précise-t-il.

La remontée plus forte de l’inflation reflète cette demande vigoureuse au Québec.

Vivre avec

Plusieurs économistes sont d’avis qu’il faudra vivre avec un taux élevé d’inflation encore longtemps. L’économiste en chef de la Banque de Montréal, Doug Porter, croit que l’IPC restera au-dessus des 4 % dans les prochains mois pour redescendre à 3,3 % en 2022.

« Nous pensons toujours que l’inflation pourrait continuer à surprendre la banque centrale à la hausse », estiment pour leur part Mathieu Arseneau et Alexandra Ducharme, de la Banque Nationale.

Selon eux, les perturbations des chaînes d’approvisionnement auront un impact pendant plusieurs mois encore sur le prix des aliments, et les pénuries de main-d’œuvre feront grimper les salaires dans les mois à venir, ce qui continuera d’alimenter l’inflation.

À part l’essence, c’est surtout le prix des aliments qui est responsable de la hausse de l’IPC en septembre. Le prix de la viande a augmenté, en particulier le prix du bacon, qui est en hausse de 20 % à cause de la fermeture de plusieurs usines de transformation du porc. Le prix des crevettes et de plusieurs autres produits de la mer a aussi augmenté en raison des problèmes de congestion dans les ports.

Sixième mois de suite

Septembre est le sixième mois de suite où le taux d’inflation dépasse la cible de 2 % de la Banque du Canada. Le gouverneur Tiff Macklem reconnaît maintenant que l’inflation pourrait rester élevée pour un certain temps, mais ses dernières prévisions pour l’IPC étaient de 3,5 % à la fin de l’année.

Dans une semaine, la Banque du Canada publiera une mise à jour de ses prévisions dans son Rapport sur la politique monétaire, en même temps que sa décision sur le taux directeur.

La plupart des économistes s’attendent à ce que les taux d’intérêt restent inchangés, mais que la banque centrale réduise encore ses interventions de soutien sur le marché.

Plusieurs prévoient que les taux d’intérêt augmenteront plus tôt que prévu, parce que l’économie se porte mieux. C’est le cas de Desjardins, qui vient de ramener d’octobre à juillet la date probable du début de la remontée du taux directeur.