(Montréal) Une consultation auprès d’entreprises manufacturières du Québec au sujet de la rareté de la main-d’œuvre indique que la moitié des postes à pourvoir affichent un salaire de 20 $ à 29 $ l’heure.

Lia Lévesque La Presse Canadienne

On est donc loin du salaire minimum, qui est de 13,50 $ au Québec depuis le 1er mai.

De plus, 11 % des postes à pourvoir commandent un salaire de 30 $ à 40 $ l’heure et 6 % un salaire d’au moins 40 $ l’heure. Ce sont 34 % des postes à pourvoir qui affichent un salaire de moins de 20 $ l’heure.

La consultation a été réalisée par Manufacturiers et exportateurs du Québec auprès de 401 entreprises, en mai et juin. Le regroupement a aussi fait une tournée et rencontré les représentants de 110 entreprises.

On y apprend aussi que les postes les plus difficiles à combler sont ceux de journaliers, assembleurs, opérateurs, soudeurs, mécaniciens, machinistes, manœuvres, techniciens et ingénieurs.

Seuils d’immigration

Des huit solutions proposées par Manufacturiers et exportateurs pour alléger le problème de rareté de la main-d’œuvre, c’est la hausse des seuils d’immigration qui recueille le plus d’adhésion.

Quelque 45 % croient que cela aiderait beaucoup ; 30 % que cela aiderait moyennement et 24,5 % que ça aiderait peu.

« L’immigration, c’est incontournable, si on veut répondre aux besoins dans le secteur manufacturier. Alors on demande au gouvernement d’avoir plus de bras, d’avoir plus de talents. C’est la seule façon qu’on va s’en sortir », a lancé Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et exportateurs, en conférence pour présenter les résultats de la consultation.

Hausser les salaires ?

Interrogés sur une autre de ces solutions, soit l’augmentation du salaire des postes à pourvoir, les représentants des entreprises ont estimé dans une proportion de 23,4 % que cela aiderait beaucoup ; 48 % ont jugé que cela aiderait moyennement et 28,6 % que cela aiderait peu.

Quand on a demandé à Mme Proulx si ce n’était pas là la solution pour combler bon nombre de ces postes vacants, elle a répondu : « Partout à travers le Québec, la pression sur les salaires se fait à la hausse. On a plusieurs entreprises qui ont haussé les salaires, mais fondamentalement, le problème, c’est que le bassin de travailleurs n’est pas assez grand. »

La pandémie a pourtant causé des pertes d’emplois dans plusieurs secteurs, comme l’hôtellerie, la restauration et le commerce de détail. Plusieurs observateurs ont déjà noté le problème d’adéquation entre les postes affichés et la main-d’œuvre disponible.

Autres

Parmi les autres solutions proposées par Manufacturiers et exportateurs, on note l’automatisation et la robotisation, l’attraction de jeunes, l’attraction de femmes, un crédit d’impôt sur les salaires et des investissements dans la formation.

Mme Proulx affirme que ses membres ont évalué à 18 milliards les pertes dans le secteur manufacturier dues au manque de main-d’œuvre et aux contrats qui ont été refusés ou reportés. « C’est 18 milliards qu’on a laissés sur la table dans le secteur manufacturier depuis deux ans. »

Elle rapporte que des entreprises ont par exemple fermé des quarts de soir, de nuit, de fin de semaine, pour faire face à la situation.