Le Québec fait face à une pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs, mais il ne devrait pas manquer d’ingénieurs. Le nombre prévu de nouveaux diplômés devrait correspondre à peu de choses près aux besoins d’ici 2030, établit une étude réalisée pour l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ).

Publié le 26 avr. 2021
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Les résultats de ce portrait exhaustif de la profession publié ce lundi réjouissent la présidente de l’Ordre des ingénieurs, Kathy Baig. « C’est super intéressant de constater qu’on est une profession attrayante. Le nombre d’étudiants est à la hausse dans les universités, ce qui est bon pour la relève », reconnaît-elle lors d’un entretien avec La Presse.

Entre 2015 et 2019, le nombre de diplômés en génie a augmenté de 27 %. Un des attraits du métier est le salaire qui, à plus de 100 000 $ en moyenne, est deux fois plus élevé que le salaire moyen. La profession attire de plus en plus d’immigrants et un nombre croissant de femmes, mais le Québec en a moins qu’ailleurs au Canada. Tant les immigrants que les femmes sont moins bien payés que la moyenne de la profession. Le salaire moyen des femmes est inférieur de 17 % à celui des hommes. Il y a du travail à faire pour réduire ces inégalités, selon la présidente de l’Ordre des ingénieurs.

Un équilibre fragile

Au cours des dix prochaines années, le Québec aura besoin de 51 304 nouveaux ingénieurs et professionnels en génie. Il devrait en arriver 50 503, soit un léger déficit de 1,6 %, a estimé l’étude.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Kathy Baig, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec

C’est vrai qu’au niveau global, on n’est pas les pires au Québec. Il y aura autant d’offre que de demande pour les ingénieurs. Mais si on y va de manière granulaire, on voit qu’il va en manquer dans certaines régions et dans certaines disciplines.

Kathy Baig, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec

Partout au Québec, les ingénieurs spécialisés dans la conception de logiciels et dans le transport électrique ne seront pas assez nombreux pour combler les besoins. L’étude estime par exemple que le nombre d’emplois dans ces nouveaux secteurs d’activité augmentera de 50 % d’ici 2030. Le stockage d’énergie, secteur dans lequel Hydro-Québec voudrait se tailler une part de 10 % du marché mondial, est un exemple d’un secteur d’activité qui aura besoin d’ingénieurs électriques, mécaniques et chimiques.

La concentration des projets d’investissement dans la région de Montréal fait en sorte que la main-d’œuvre y sera plus recherchée qu’ailleurs au Québec, souligne l’étude. En Outaouais et en Gaspésie, la pénurie guette.

Comme la plupart des professionnels, les ingénieurs n’ont pas trop souffert de l’impact de la crise du coronavirus, à l’exception de ceux spécialisés dans l’aérospatiale. Dans ce secteur encore très affecté par la crise sanitaire, le surplus d’ingénieurs pourrait forcer un certain nombre d’entre eux à changer de spécialité.

Des solutions

Pour s’assurer que l’offre d’ingénieurs pourra continuer de répondre à la demande et aux besoins, l’étude suggère entre autres de bonifier le financement des universités pour leur permettre d’offrir plus de formation. Selon Kathy Baig, l’idée est de faciliter l’acquisition de connaissances pour passer d’une spécialité à une autre. « On pense à des microprogrammes ou des passerelles, énumère-t-elle. Les universités font déjà beaucoup pour adapter leur formation à la réalité du travail, mais il reste du travail à faire. »

Selon elle, les ingénieurs sont des professionnels qui n’auraient pas de problème à se recycler.

De par leur formation, [les ingénieurs] sont des gens qui aiment le changement. Ils ont choisi le métier parce qu’ils veulent changer le monde. Si des programmes existent, il va y avoir de l’intérêt.

Kathy Baig, présidente de l’Ordre des ingénieurs du Québec

L’augmentation du nombre de femmes dans la profession est aussi au programme. Les femmes ne comptent actuellement que pour 15 % des ingénieurs au Québec. L’OIQ participe à une initiative pancanadienne qui veut faire doubler cette proportion d’ici 2030.

La présidente de l’OIQ estime que la rétention des étudiants étrangers est une autre avenue à explorer. « Nos universités ont une forte proportion d’étudiants en génie qui viennent de l’étranger, mais beaucoup retournent dans leurs pays à la fin de leurs études. On doit pouvoir en convaincre un plus grand nombre de rester. »