Pour ou contre le bitcoin ? La popularité croissante des cryptomonnaies et la hausse récente de la valeur du bitcoin alimentent un débat qui ne fait que commencer. Si un Elon Musk en fait vigoureusement la promotion, il y a aussi des économistes célèbres, comme Nouriel Roubini, qui en pensent beaucoup de mal.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Le bitcoin est-il la monnaie du futur ou une « balloune » qui pourrait faire beaucoup de dégâts lorsqu’elle éclatera ? Le temps nous le dira. Le minage de la plus populaire des cryptomonnaies est-il un gaspillage total d’énergie et en fait-il un pollueur de la planète ? Voyons voir.

C’est un fait, l’industrie du bitcoin est très énergivore. Elle nécessite des ordinateurs puissants tournant jour et nuit et sans répit pour confirmer des transactions. Avec le temps, la consommation d’électricité des mineurs de bitcoins dans le monde a augmenté au point d’être équivalente à celle d’un pays entier comme l’Ukraine ou l’Argentine.

En fait, si le bitcoin était un pays, il arriverait au 28e rang sur 196 dans le monde pour sa consommation d’électricité, selon l’Université de Cambridge, qui traque la consommation d’énergie des cryptomonnaies en temps réel.

Cette énergie, on s’en doute, ne provient pas uniquement de sources renouvelables. Globalement, 40 % de l’énergie consommée par le secteur des cryptomonnaies provient de sources renouvelables, notamment l’hydroélectricité. Mais cette proportion recouvre une réalité différente selon les régions du monde. En Asie, par exemple, c’est le charbon qui génère l’électricité qui alimente les mineurs de bitcoins. En Amérique du Nord, le gaz naturel occupe une place importante dans le « mix » énergétique du secteur des cryptomonnaies.

C’est en Chine que l’activité de recherche de bitcoins est la plus intense. Le Canada est parmi les dix premiers pays où se concentrent les mineurs.

La recherche des bitcoins consomme beaucoup d’énergie, et 60 % de cette énergie provient de sources polluantes. Doit-on s’en scandaliser ? Peut-être pas.

En quête d’énergie propre

D’une part, l’industrie du bitcoin est toujours à la recherche de sources d’énergie renouvelable pour réduire son empreinte environnementale. On l’a vu au Québec, où l’hydroélectricité pas chère a provoqué une ruée des mineurs de cryptomonnaies qui a dépassé les capacités disponibles d’Hydro-Québec. D’autre part, toute activité économique est une source plus ou moins grande de pollution. Cette pollution est plus ou moins acceptée selon la valeur qu’on accorde à cette activité.

Le système monétaire actuel a aussi besoin d’énergie pour fonctionner. L’impression des billets de banque, la fabrication des pièces de monnaie, leur transport et leur distribution sont aussi des sources d’émissions de gaz à effet de serre.

Il faudrait peut-être aussi considérer la production d’or, qui sert de valeur de réserve aux banques centrales et de refuge pour les investisseurs. La valeur de l’or n’est pas remise en question parce que les mines bouleversent l’environnement.

L’industrie du bitcoin nuit-elle à l’environnement parce qu’elle consomme trop d’énergie ? La réponse dépend de ce qu’on pense des cryptomonnaies. C’est oui, du vrai gaspillage, si on croit que le bitcoin est une bulle spéculative qui se dégonflera un jour ou l’autre. Et c’est non, ça en vaut le coup, si on pense que ça révolutionnera le système monétaire.

En fait, le débat sur l’empreinte environnementale du bitcoin ne durera peut-être pas longtemps. Depuis plusieurs années, les banques centrales des pays industrialisés réfléchissent à la possibilité d’émettre une monnaie numérique officielle. La pandémie, qui a fait bondir les transactions par internet et transformé les habitudes de paiement, accélère cette réflexion, au Canada, aux États-Unis et en Europe. La Chine a même déjà commencé cette année à émettre des yuans numériques.

Les cryptomonnaies sont actuellement utilisées par un groupe restreint de personnes et ne sont soumises à aucune réglementation, ce qui comporte des risques et soulève des inquiétudes légitimes sur les activités qu’elles servent à financer. Si les monnaies numériques deviennent la norme, il y a des chances que personne ne s’interroge plus sur leur empreinte environnementale. Pas plus qu’on ne le fait actuellement pour les billets dans nos poches.