(Ottawa) Tous les partis d’opposition s’entendent pour critiquer vertement le budget fédéral déposé par la ministre des Finances lundi, mais, ils ne disent pas tous aussi clairement ce qu’ils feront quand viendra le temps de voter sur le document.

Lina Dib
La Presse Canadienne

La survie du gouvernement minoritaire de Justin Trudeau dépend de l’adoption de ce budget fédéral. Une chute du gouvernement signifierait un déclenchement d’élections générales ce printemps.

Les chefs de trois des quatre partis d’opposition ont défilé au même micro, sur la colline parlementaire, après le dépôt du budget.

Le chef du Bloc québécois s’est insurgé de voir un budget où « il n’y a rien » de ce que réclament les provinces en augmentation des transferts pour les soins de santé.

« C’est une crise de santé et il n’y a rien », a lancé Yves-François Blanchet après le dépôt du document qui compte 840 pages, incluant les annexes.

M. Blanchet tentera un sous-amendement au moment du vote.

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Yves-François Blanchet

Si les libéraux ne rajustent pas leur tir, s’ils n’ajoutent pas les milliards réclamés par les provinces et s’ils n’accordent pas l’augmentation des prestations de la Sécurité de la vieillesse dès l’âge de 65 ans, plutôt qu’à 75 ans comme le réitère le budget, « nous sommes prêts à voter contre le budget ».

« Comment peut-on avoir un budget de sortie de pandémie sans rien en santé, rien pour les aînés ? » s’est étonné le chef bloquiste.

Les néo-démocrates, eux, ne disent pas qu’ils voteront « pour ». Ils pourraient toujours choisir la voie de l’abstention, bien que ce serait un calcul risqué étant donné les forces en présence ; les votes de cinq députés indépendants et de trois députés verts pourraient alors sceller le sort du gouvernement.

Jagmeet Singh se contente donc de marteler qu’il ne fera rien pour provoquer une campagne électorale en pleine pandémie.

« Je ne vais pas être irresponsable et déclencher une élection », a-t-il répété encore et encore.

Et puis, il a dressé sa liste de reproches.

« Aucune mesure dans ce budget ne dit que les ultra-riches devraient payer […] pour cette pandémie », s’est-il désolé.

Du côté conservateur, on affirme que les Canadiens attendaient des baisses d’impôts et que le gouvernement n’a pas livré la marchandise.

Le chef Erin O’Toole estime que le secteur des ressources naturelles a été « abandonné », qu’il n’y a pas de « vrai plan » d’aide pour les petites entreprises.

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Erin O’Toole

Les conservateurs présenteront des amendements au moment du vote sur le budget. Pour l’instant, M. O’Toole refuse de dire s’il votera pour ou contre le document dans sa forme actuelle.

En fin d’après-midi, la cheffe du Parti vert a réagi en déplorant notamment que la ministre des Finances n’ait pas annoncé la création d’un revenu minimum garanti.

Annamie Paul aurait également aimé que Chrystia Freeland promette de créer des prestations pour les personnes à risque d’être évincées de leur logement en raison de la pandémie.

La cheffe du Parti vert voit dans ce budget, « beaucoup d’indications que le gouvernement se positionne pour des élections »

« Mais si le gouvernement veut créer une coalition pour soutenir plusieurs de ces projets ambitieux, nous sommes là pour coopérer, surtout pour s’assurer que les gens soient protégés pendant la pandémie », a précisé Annamie Paul.

Et le programme national de garderies

Le chef bloquiste est intraitable sur le sujet. Ottawa doit donner à Québec, sans conditions, sa part des presque 30 milliards en cinq ans pour un programme national de services de garde.

« L’élève ne dira pas au maître comment corriger sa copie », a raillé M. Blanchet, en rappelant que Québec a pareil système depuis des décennies.

« À partir du moment où une somme d’argent est due à Québec, elle doit être versée à Québec. Et il n’est pas légitime d’accrocher des conditions à de l’argent qui est dû », selon lui.

« Le Québec a droit de retrait avec pleine compensation », a rappelé, pour sa part, le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), en se permettant cependant de douter de la suite des choses.

« L’assurance-médicaments était une promesse sur laquelle (Justin Trudeau) a fait campagne et voilà que dans ce budget, il l’a complètement abandonnée. Qu’est-ce qui nous garantit qu’il ne fera pas la même chose avec le programme de garderies ? » a supposé M. Singh.

Le chef conservateur, lui, a refusé de dire ce qu’il ferait d’un programme national de garderie s’il devait prendre le pouvoir.

En 2006, Stephen Harper a jeté aux poubelles le programme que venait tout juste de mettre au point le gouvernement libéral de Paul Martin, pour le remplacer par des allocations directes aux familles.

« Selon moi, c’est important d’appuyer les parents directement », a offert M. O’Toole, lundi, rappelant ainsi les préférences conservatrices.