(Washington) Le Canada dépend de plus en plus de l’importation de pétrole américain, suggère un nouveau rapport du régulateur de l’énergie du pays.

James McCarten
La Presse Canadienne

Les États-Unis ont fourni au Canada près de quatre barils de brut importés sur cinq en 2020, une année où la demande mondiale de combustibles fossiles a été gravement affectée par la pandémie de COVID-19, selon les dernières données de la Régie de l’énergie du Canada.

Environ 77 % des importations canadiennes provenaient des États-Unis, contre 72 % en 2019 et seulement 6 % en 2010, avant une hausse spectaculaire de la production nationale de pétrole et de gaz aux États-Unis au cours de la dernière décennie.

Les observateurs attentifs des flux commerciaux entre le Canada et les États-Unis, en particulier ceux du secteur de l’énergie, ne seront peut-être pas trop surpris de la quantité de pétrole brut américain qui a voyagé vers le nord au cours des dernières années.

Les États-Unis ont absorbé un énorme 96 % des exportations canadiennes de pétrole l’an dernier, principalement du brut lourd, dont plus de la moitié a été transportée vers le Midwest américain, qui a été le point de départ des différends relatifs aux pipelines pendant une grande partie des 15 dernières années.

Mais une augmentation massive de la production de pétrole et de gaz aux États-Unis, alimentée en partie par de nouvelles technologies d’extraction telles que la fracturation hydraulique et le forage horizontal, en a fait une source pratique de matière première pour les raffineries des deux pays, a noté l’économiste en chef de la Régie de l’énergie, Darren Christie.

« Leur production de pétrole brut a plus que doublé au cours des 10 dernières années, ce qui est une augmentation assez remarquable », a-t-il déclaré.

Bien que le pétrole étranger fasse depuis longtemps partie du bouquet énergétique canadien, les derniers chiffres — ainsi que la proportion des importations en provenance des États-Unis — jettent une nouvelle lumière surprenante sur la controverse en cours sur les liens pipeliniers entre les deux pays.

Lors de sa première journée au bureau ovale, le président Joe Biden a annulé l’expansion du pipeline Keystone XL, qui aurait transporté 800 000 barils supplémentaires par jour de bitume des sables bitumineux de l’Alberta vers des raffineries de la côte américaine du golfe du Mexique.

Le Michigan est actuellement en cour contre Enbridge au sujet des efforts de la gouverneure Gretchen Whitmer pour fermer la ligne 5, un lien énergétique transfrontalier qui traverse les Grands Lacs sous le détroit de Mackinac.

Le pipeline est largement présenté par ses défenseurs comme un élément essentiel de l’infrastructure qui alimente les principales raffineries de Sarnia, en Ontario, et fournit plus de la moitié du propane nécessaire pour chauffer les maisons du Michigan seulement, sans parler des États voisins.

Le Canada s’est engagé à défendre vigoureusement la ligne 5, le ministre des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, insistant le mois dernier sur le fait que son exploitation est « non négociable ». Ottawa n’a pas encore dit s’il participera au procès en cours.

Des manifestants du Minnesota tentent de leur côté d’interrompre la modernisation en cours de 10 milliards de la ligne 3 d’Enbridge, un autre maillon clé de la chaîne transfrontalière qui se connecte à la ligne 5 dans une installation de Superior, dans le Wisconsin.

La dépendance envers le pétrole américain est particulièrement élevée au Canada atlantique, une région du pays où les pipelines ne sont souvent pas une option. Les importations vers les raffineries y ont été multipliées par dix au cours de la dernière décennie.

Alors que les exportations d’énergie du Canada vers les États-Unis représentent plus de six fois les importations, l’interdépendance entre les deux pays est importante, tant du point de vue de l’approvisionnement énergétique que de l’impact économique, a déclaré l’American Petroleum Institute (API) dans un rapport publié la semaine dernière.

Au cours des 10 dernières années, la valeur des liquides pétroliers échangés entre les deux pays a atteint jusqu’à 20 % de tous les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis. Jusqu’à 90 % du pétrole raffiné dans l’est du Canada a transité par les États-Unis ou venaient de ce pays, a indiqué l’API.

« Les volumes commerciaux dans les deux sens sont dominés par le pétrole brut », a noté l’institut.

« La croissance du commerce du pétrole brut a été principalement causée par le pétrole brut lourd expédié de l’ouest du Canada vers le Midwest américain et la côte du golfe, par pipeline et par chemin de fer, et par le pétrole brut léger du Dakota du Nord et du Texas expédié vers l’est du Canada par pipeline et navire. »